fumée-fumer-cheminée: https://pixabay.com/fr/users/juergenpm-129615/

Chapitre 5 La croissance économique est-elle compatible avec la préservation de l’environnement ?

5.1 Objectifs d’apprentissage

Indications complémentaires

  • On évoquera, à l’aide d’exemples, les limites écologiques auxquelles se heurte la croissance économique (épuisement des ressources énergétiques et des réserves halieutiques, déforestation, augmentation de la concentration des gaz à effet de serre, etc.).
  • On expliquera pourquoi l’analyse économique du développement durable, qui se fonde sur la préservation des possibilités de développement pour les générations futures, s’intéresse au niveau et à l’évolution des stocks de chaque type de capital (accumulation et destruction) ainsi qu’à la question décisive du degré de substitution entre ces différents capitaux.
  • L’exemple de la politique climatique permettra d’analyser les instruments dont disposent les pouvoirs publics pour mener des politiques environnementales.
  • En lien avec les acquis de Première sur les marchés et leurs défaillances, on montrera la complémentarité des trois types d’instruments que sont la réglementation, la taxation, les marchés de quotas d’émission.

Acquis de Première et Notions

  • Acquis de Première : externalités, droits de propriété, offre, demande, défaillances du marché.
  • Notions : capital naturel, capital physique, capital humain, capital institutionnel, biens communs, soutenabilité, réglementation, taxation, marché de quotas d’émission.

5.2 Introduction

En 1980 eut lieu l’un des paris les plus célèbres de l’histoire des sciences. Paul Ehrlich, un biologiste, pensait que la croissance rapide de la population contribuerait à la raréfaction des ressources minérales.

réserves (ressources naturelles)
La quantité d’une ressource naturelle qu’il est économiquement possible d’extraire étant donné les technologies existantes. Voir également : ressources (naturelles).
ressources (naturelles)
La quantité totale estimée d’une substance dans la croûte terrestre. Voir également : réserves (ressources naturelles).

Julian Simon, un économiste, estimait en revanche que l’humanité ne manquerait jamais de minéraux, car des prix plus élevés stimuleraient la recherche de nouvelles réserves ou de nouvelles façons d’économiser l’utilisation des ressources. Lorsque le prix du cuivre augmente, les producteurs sont incités à investir dans de nouvelles technologies qui rendront l’extraction moins coûteuse. Les consommateurs substitueront au cuivre d’autres matières premières. Ces deux forces tendent à faire baisser les prix. Lorsque les prix du cuivre commencent à baisser, les entreprises limitent les nouveaux investissements en extraction et les consommateurs demandent davantage de cuivre. Cela fait repartir les prix à la hausse. L’existence de prix de marché pour les matières premières empêche ainsi que nous nous retrouvions à court de ressources, malgré une hausse de la population et du niveau de vie. Le rapport des réserves connues sur la production diminue peu.

Au cours des deux derniers siècles, les prix de nombreuses ressources minérales n’ont pas sensiblement changé, bien que l’extraction se soit énormément développée. Malgré la fluctuation des prix d’une année sur l’autre, la tendance générale est plate. Cela indique que la quantité de nombreuses matières premières dans la croûte terrestre – les ressources naturelles – est plutôt importante.

Révolution industrielle
Une vague d’avancées technologiques et de changements organisationnels qui a commencé en Grande-Bretagne au 18e siècle, et qui a transformé une économie basée sur l’agriculture et l’artisanat en une économie du commerce et de l’industrie.

L’évolution du niveau de vie depuis la Révolution industrielle a été rendue possible par l’ingéniosité de l’homme et la disponibilité de ressources sous forme d’air, d’eau, de terre, de métaux et d’hydrocarbures, telles que le charbon et le pétrole, les stocks de poissons, etc. Certaines de ces ressources, comme les hydrocarbures et les ressources minérales, sont toujours abondantes. D’autres, comme l’air pur, la biodiversité (dont les récifs coralliens et de nombreuses espèces maritimes et terrestres), les forêts (à cause de la déforestation et de la désertification) et l’eau non polluée, se raréfient.

Au Chapitre 1, les sources de la croissance économique ont été identifiées. Au Chapitre 2, on a expliqué son instabilité. Dans ce chapitre, on s’interrogera sur sa compatibilité avec la préservation de l’environnement. On évoquera d’abord, à l’aide d’exemples, les limites écologiques auxquelles se heurte la croissance économique. On expliquera également pourquoi l’analyse économique du développement durable, qui se fonde sur la préservation des possibilités de développement pour les générations futures, s’intéresse au niveau et à l’évolution du stock de chaque forme de capital ainsi qu’à la question décisive du degré de substitution entre ces différentes formes. L’exemple de la politique climatique permettra ensuite d’analyser les instruments dont disposent les pouvoirs publics pour mener des politiques environnementales. En lien avec les acquis de Première sur les marchés et leurs défaillances, on montrera enfin la complémentarité des trois types d’instruments que sont la réglementation, la taxation, les marchés de quotas d’émission.

Vidéo issue de Dessine-moi l’éco – vidéos produites par Sydo, société de conseil en pédagogie.

En quoi consiste la voie de la « décroissance » ? Quels sont les arguments de ceux qui la soutiennent ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans cette courte vidéo de la série Dessine-moi l’éco.

Exercice 5.1 La décroissance, une solution à la crise ?

Après avoir regardé la vidéo « La décroissance, une solution à la crise ? », répondez aux questions suivantes :

  1. Pourquoi, depuis les années 80, certains prônent-ils non plus la croissance, mais la « décroissance » ?
  2. Selon les partisans de la décroissance, serait-il envisageable d’exiger des pays en développement de stopper leur croissance ? Pour quelle raison ?
  3. Pourquoi la voie de la décroissance est-elle souvent qualifiée d’utopiste ?

Exercice 5.2 Épuisement des ressources énergétiques

Le pari entre Ehrlich et Simon était motivé par la question de l’épuisement possible des ressources naturelles de la planète. Plus d’un trillion de barils de pétrole ont été extraits et consommés entre 1981 et 2014. Nous disposons également de l’information selon laquelle les réserves mondiales ont plus que doublé pour atteindre 1,7 trillion de barils durant la même période.

  1. La prédiction de Paul Ehrlich, selon laquelle les hausses de la demande causées par la croissance démographique et un niveau de vie croissant dépasseraient celles de l’offre, était-elle correcte pour la période 1981-2014 ?
  2. La prédiction de Julian Simon selon laquelle la découverte de technologie permettant de trouver de nouvelles ressources et de les extraire plus efficacement dépasserait les hausses de la demande était-elle correcte pour la période 1981–2014 ?

5.3 Les limites écologiques auxquelles se heurte la croissance économique

Les hommes ont toujours utilisé leur environnement pour obtenir les ressources dont ils ont besoin pour vivre et produire leurs moyens de subsistance. Mais, à mesure que la production a augmenté (voir les Graphiques 1.1a et 1.1b), l’utilisation des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement ont également connu une augmentation. Des éléments du système écologique, comme l’air, l’eau, le sol et le climat ont été altérés par les hommes d’une manière plus radicale que par le passé.

L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre

Après être restées relativement inchangées pendant plusieurs siècles, les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère ont augmenté de 280 grammes par tonne en 1800 à 400 grammes par tonne, atteignant actuellement une augmentation annuelle de 2 à 3 grammes par tonne (Graphique 5.1a).

Boîte à outils 6 :

Comment lire et interpréter un taux de croissance moyen.

CO2 dans l’atmosphère (1010–2010) et émissions mondiales de CO2 par combustion d’énergies fossiles (1750–2010).

Graphique 5.1a CO2 dans l’atmosphère (1010–2010) et émissions mondiales de CO2 par combustion d’énergies fossiles (1750–2010).

Années 1010–1975 : David M. Etheridge, L. Paul Steele, Roger J. Francey, et Ray L. Langenfelds. 2012. ‘Historical Record from the Law Dome DE08, DE08-2, and DSS Ice Cores’. Division of Atmospheric Research, CSIRO, Aspendale, Victoria, Australia. Années 1976–2010 : données de l’observatoire du Mauna Loa. T. A. Boden, G. Marland, et Robert J. Andres. 2010. ‘Global, Regional and National Fossil-Fuel CO2 Emissions’. Données du Carbon Dioxide Information Analysis Center (CDIAC). Adapté de la Figure 1.6a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Ces derniers résultent pour la plupart d’émissions de CO2 provoquées par la combustion d’énergies fossiles. Le Graphique 5.1a montre également que les émissions de CO2 résultant de la consommation de carburants fossiles – comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel – ont augmenté de manière considérable depuis 1800.

stock
Une quantité mesurée à un instant T. Ses unités ne dépendent pas du temps. Voir également : flux.

L’Illustration 5.1 résume une information-clé de la climatologie : la hausse du CO2 dans l’atmosphère se produit parce que les nouvelles émissions que nous produisons chaque année sont bien plus élevées que les processus réduisant le stock (la décomposition naturelle du CO2 et l’absorption du CO2 par les forêts).

Le stock atmosphérique de CO2 : l’analogie de la baignoire.

Illustration 5.1 Le stock atmosphérique de CO2 : l’analogie de la baignoire.

Adapté de la Figure 20.7 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Le Graphique 5.1b révèle que les températures moyennes de la Terre varient d’une décennie à l’autre. Ces fluctuations sont tributaires de multiples facteurs, y compris les phénomènes volcaniques, tels que l’éruption du mont Tambora en Indonésie. Le mont Tambora expulsa tant de cendres volcaniques que la température de la Terre chuta en raison du refroidissement causé par ces fines particules dans l’atmosphère, et l’année 1816 fut surnommée « l’année sans été ».

La décomposition naturelle du CO2 est extraordinairement lente. Ainsi, les deux tiers du dioxyde de carbone que les hommes ont mis dans l’atmosphère depuis le début de la combustion du charbon lors de la Révolution industrielle seront toujours présents dans un siècle. Plus d’un tiers sera encore dans la « baignoire » dans 1 000 ans.

gaz à effet de serre
Gaz – principalement la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone, le méthane et l’ozone – relâchés dans l’atmosphère terrestre et qui conduisent à une augmentation de la température atmosphérique et au changement climatique.

L’effet le plus remarquable concerne le changement climatique. Le réchauffement climatique est l’effet de la quantité de CO2 et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Depuis 1900, les températures moyennes dans l’hémisphère nord ont augmenté à la suite d’une hausse de plus en plus marquée de la concentration de gaz à effet de serre (Graphique 5.1b).

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple et pondéré.

Températures dans l’hémisphère nord à long terme (1000–2006).

Graphique 5.1b Températures dans l’hémisphère nord à long terme (1000–2006).

Michael E. Mann, Zhihua Zhang, Malcolm K. Hughes, Raymond S. Bradley, Sonya K. Miller, Scott Rutherford, and Fenbiao Ni. 2008. ‘Proxy-based reconstructions of hemispheric and global surface temperature variations over the past two millennia’. Proceedings of the National Academy of Sciences 105 (36) : pp. 13252–13257. Voir ces données sur OWiD. Adapté de la Figure 1.6b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

flux
Une quantité mesurée par unité de temps, telle que le revenu annuel ou le salaire horaire.

Le CO2 permet aux rayons du soleil d’atteindre la Terre, mais enferme la chaleur réfléchie sur Terre, ce qui entraîne des augmentations de la température atmosphérique et des changements du climat. Le changement climatique est causé par le stock de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et non par le flux de nos émissions annuelles. Ce qui compte se trouve dans la « baignoire ».

La source, faisant autorité en la matière, pour la recherche et les données sur le sujet est le Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Les causes humaines et la réalité du changement climatique ne sont plus largement contestées dans la communauté scientifique. Les Graphiques 5.1a et 5.1b présentent des données suggérant que l’utilisation des carburants fossiles a profondément affecté l’environnement naturel. L’augmentation des émissions de CO2 dans l’air au cours du 20e siècle s’est traduite par des quantités mesurables plus importantes dans l’atmosphère terrestre et a conduit à des augmentations perceptibles des températures moyennes.

Boîte à outils 16 :

Comment lire et interpréter une corrélation et une causalité.

Les conséquences probables du réchauffement climatique sont profondes : fonte de la calotte glacière et élévation des niveaux de la mer qui pourraient faire disparaître sous l’eau de longues zones côtières, ainsi que des altérations possibles du climat et des saisons des pluies qui pourraient anéantir des zones de culture à travers le monde.

Une partie du CO2 est également absorbée dans les océans. D’où une montée de leur acidité, tuant la vie marine.

Le Graphique 5.2 montre que durant les 50 dernières années l’étendue de la banquise à la fin de l’été a diminué à une vitesse croissante.

Étendue de la banquise arctique (1935–2014).

Graphique 5.2 Étendue de la banquise arctique (1935–2014).

Miguel Ángel Cea Pirón et Juan Antonio Cano Pasalodos. 2016. ‘Nueva serie de extensión del hielo marino ártico en septiembre entre 1935 y 2014’. Revista de Climatología, Vol. 16 (2016) : pp. 1–19. Adapté de la Figure 20.22 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

L’épuisement des réserves halieutiques

dilemme social
Une situation dans laquelle les actions prises indépendamment par les individus afin de réaliser leurs propres objectifs privés génèrent un résultat qui est inférieur à d’autres résultats possibles qui auraient pu avoir lieu si les individus avaient agi collectivement, plutôt qu’individuellement.

Les zones de pêche ouvertes à tous en sont un exemple. Dans le nord-est du Brésil, les crevettes sont pêchées avec des pièges ressemblant à de larges seaux en plastique. Les pêcheurs trouent le fond des pièges pour permettre aux crevettes qui ne sont pas encore adultes de s’échapper, préservant ainsi le stock des futures pêches. Les pêcheurs sont confrontés à un réel dilemme social : le revenu espéré de chacun serait d’autant plus grand s’il coupait de petits trous dans ses pièges (augmentant ainsi sa propre prise) tandis que les autres découpent de plus gros trous (préservant les stocks futurs). Collectivement, les pêcheurs gagneraient à ne pas pêcher autant de crevettes, et les consommateurs gagneraient à ne pas trop en manger.

tragédie des biens communs
Un dilemme social dans lequel les individus mus par leurs seuls intérêts épuisent une ressource commune, réduisant ainsi les gains de tous. Voir également : dilemme social.
biens communs
Biens qui sont rivaux mais pas exclusifs.

En 1968, le biologiste Garrett Hardin a publié dans la revue Science un article portant sur les dilemmes sociaux, appelé « La tragédie des communs ». Il soutenait que les ressources qui sont rivales, mais non exclusives, appelées biens communs (que l’on désigne parfois comme « ressources communes » ou « biens d’usage commun ») – telles que les zones de pêche qui ne sont détenues par personne (ce qu’un pêcheur attrape ne peut plus être pêché, mais chacun est libre de pêcher dans cette zone) –, courent le risque d’être facilement surexploitées si l’accès n’en est pas contrôlé d’une manière ou d’une autre.1

On le constate, par exemple, avec la pêche au cabillaud dans les Grands Bancs, dans l’Atlantique nord. Aux 18e et 19e siècles, des goélettes légendaires comme le Bluenose (Illustration 5.2) se dépêchaient de retourner au port vendre leur pêche du jour afin d’être les premières sur le marché et offrir du poisson frais.

Le Bluenose, la goélette de pêche des Grands Bancs.

Illustration 5.2 Le Bluenose, la goélette de pêche des Grands Bancs.

Pendant 300 ans, jusqu’à la fin du 20e siècle, les Grands Bancs constituèrent le moyen de subsistance des communautés de pêche canadiennes et américaines. Tout à coup, l’industrie halieutique des Grands Bancs s’est effondrée, et bon nombre de villes de pêche ont disparu. Le Graphique 5.3 indique la quantité de cabillauds pêchée sur une période de 163 ans, montrant une tendance graduelle à la hausse et un pic prononcé qui coïncide avec l’introduction de la pêche industrielle moins de 50 ans avant la disparition du cabillaud des Grands Bancs.2

Quantité de cabillauds pêchée dans les Grands Bancs (nord de l’Atlantique) (1851–2014).

Graphique 5.3 Quantité de cabillauds pêchée dans les Grands Bancs (nord de l’Atlantique) (1851–2014).

Millennium Ecosystem Assessment. 2005. Ecosystems and Human Well-Being: Synthesis. Washington, DC : Island Press. Adapté de la Figure 20.3 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Dans certains cas, les économistes ont conçu des expériences qui reproduisent de très près les dilemmes sociaux du monde réel. Une illustration est donnée par le travail de Juan Camilo Cárdenas, un économiste de l’université des Andes à Bogota, en Colombie. Il réalise des expériences sur les dilemmes sociaux, avec des individus qui sont confrontés à des problèmes similaires au quotidien, comme la surexploitation d’une forêt ou d’un stock de poissons. Dans notre vidéo Économiste en action, il décrit son recours à l’économie expérimentale dans des situations réelles, et comment cela nous aide à comprendre pourquoi les individus coopèrent, même lorsqu’il existe des incitations manifestes à ne pas le faire.

La déforestation

La déforestation en Amazonie, en Indonésie et ailleurs réduisent les « sorties » de CO2, tout en s’ajoutant aux émissions de CO2. Ces forêts sont souvent remplacées par des activités agricoles qui produisent davantage d’émissions de gaz à effet de serre sous la forme de rejets de méthane provenant du bétail et de rejets d’oxyde de diazote en raison de la surutilisation d’engrais.

rétroaction positive (effet de)
Un processus par lequel un changement initial déclenche un processus qui amplifie le changement initial. Voir également : rétroaction négative (effet de).

De plus, dans certains cas, la fragilité de notre environnement, sous la pression exercée par la croissance de l’activité économique, peut mener non seulement à une dégradation progressive, mais également à un effondrement accéléré et auto-entretenu. En Amazonie, par exemple, le changement pourrait peu à peu s’auto-entretenir en raison de processus de rétroaction positive comme celui présenté dans l’Illustration 5.3.

Processus de rétroaction positive et déforestation en Amazonie.

Illustration 5.3 Processus de rétroaction positive et déforestation en Amazonie.

Adapté de la Figure 20.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Au-delà d’un certain niveau de déforestation, le processus s’auto-entretient même sans une expansion des activités agricoles.

Synthèse

L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre, l’épuisement des ressources énergétiques et des réserves halieutiques et la déforestation sont autant de limites écologiques auxquelles se heurte la croissance économique.

Exercice 5.3 Mobilisation des connaissances

  1. À l’aide d’un exemple, présentez la notion de bien commun.
  2. Présentez deux limites écologiques auxquelles se heurte la croissance.

Exercice 5.4 Dissertation

La croissance économique nuit-elle nécessairement à la préservation de l’environnement ?

Exercice 5.5 Quelle différence cela fait-il, quelques degrés de plus ou de moins ?

Entre 1300 et 1850, il y a plusieurs périodes caractérisées par un froid exceptionnel, comme vous pouvez le voir sur le Graphique 5.1b. Recherchez cette période appelée « le petit âge glaciaire » en Europe et répondez aux questions suivantes :

  1. Décrivez les effets de ces périodes exceptionnellement froides sur les économies des pays concernés.
  2. Au sein d’un pays ou d’une région, certains groupes de personnes furent exceptionnellement durement touchés par le changement climatique, tandis que d’autres furent moins touchés. Donnez des exemples.
  3. Dans quelle mesure ces périodes de froid furent « extrêmes » relativement aux hausses de température observées depuis le milieu du 20e siècle et aux projections ?

5.4 L’analyse économique du développement durable

Les limites auxquelles se heurte la croissance économique posent la question du développement durable. En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations Unies a publié un rapport, intitulé « Notre avenir à tous », définissant le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

science économique
L’étude de la manière dont les individus interagissent entre eux et avec leur environnement naturel afin d’assurer leur subsistance, et comment celle-ci peut varier au cours du temps.

L’analyse économique du développement durable se fonde ainsi sur la préservation des possibilités de développement pour les générations futures. La science économique a pour objet l’étude de la manière dont les individus interagissent entre eux et avec leur environnement afin de produire leur subsistance, et comment celle-ci peut varier au cours du temps. Cette discipline traite donc de la manière dont :

Le niveau et l’évolution du stock de chaque forme de capital

L’analyse économique du développement durable s’intéresse d’abord aux possibilités de développement pour les générations futures.

capital naturel
Stock de ressources naturelles participant à la production économique et au bien-être des populations. Voir également : stock, capital humain, capital physique, capital institutionnel.
dépréciation
La perte de valeur d’une forme de richesse qui a lieu, soit à cause de l’utilisation (usure) ou du passage du temps (obsolescence).

L’environnement fait partie de ce dont a besoin la société pour produire des biens et services. Ainsi, la dégradation environnementale réduit le capital de la société, à l’instar de l’usure ou l’obsolescence des machines utilisées dans la production. Car exploiter le capital naturel n’est pas différent de l’usure des machines et des autres équipements dont nous nous servons. Rappelez-vous que la dépréciation fait référence à la perte de valeur d’une forme de capital qui a lieu, soit à cause de l’utilisation (usure) ou du passage du temps (obsolescence).

Comme nous l’avons vu, le capital prend souvent des formes physiques, comme une maison, une voiture, un bureau ou une usine. Les entreprises combinent le travail avec des structures et des équipements, afin de produire des biens et des services qui sont utilisés par les ménages et d’autres entreprises. La production de biens et de services a également lieu au sein des ménages, mais, contrairement aux entreprises, leurs produits ne sont pas nécessairement vendus sur le marché.

Cela se déroule au sein d’un système biologique et physique au sein duquel les entreprises et les ménages font usage de notre environnement et des ressources naturelles, allant des énergies fossiles combustibles à l’air que nous respirons. Au cours de ce processus, les ménages et les entreprises transforment la nature en utilisant ses ressources, tout en ayant un impact en retour sur la nature.

L’Illustration 5.4 résume la position des entreprises et des ménages au sein de l’économie et les flux ayant lieu au sein de l’économie, et entre l’économie et la biosphère, qui recouvre l’ensemble des formes de vie sur terre.

Un modèle de l’économie : ménages et entreprises.

Illustration 5.4 Un modèle de l’économie : ménages et entreprises.

Adapté de la Figure 1.12 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Les ressources sont tirées de la nature et alimentent l’économie des hommes. Les déchets, comme les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ou les déchets toxiques produits par les entreprises et les ménages, retournent à la nature – principalement par le biais de l’atmosphère et des océans. Les preuves scientifiques existantes suggèrent que la planète dispose d’une capacité limitée d’absorption des polluants générés par les activités humaines.

La relation entre l’économie et l’environnement résumée par l’Illustration 5.4 va dans les deux sens : nous utilisons des ressources naturelles dans la production, qui peut à son tour affecter l’environnement dans lequel nous vivons et sa capacité à soutenir une production future.

soutenabilité
Mesure dans laquelle une activité peut être dans le futur de façon indéfinie. On dit qu’une activité est plus ou moins soutenable. L’analyse économique du développement durable distingue la soutenabilité forte, qui nécessite la préservation du capital naturel, de la soutenabilité faible, qui ne nécessite pas la préservation du capital naturel mais du stock total de capital (naturel, physique, humain et institutionnel). Voir également : capital naturel, capital physique, capital humain, capital institutionnel.

On considère qu’une activité est soutenable si elle peut être poursuivie indéfiniment dans le futur. Par exemple, nous pouvons considérer que les dépenses de consommation d’une personne ne sont pas soutenables si elle dépense plus qu’elle ne perçoit comme revenu. Rappelez-vous que le revenu est le maximum qu’une personne ou un pays peut consommer sans réduire sa capacité à produire dans le futur.

capital humain
Le stock de connaissances, compétences, comportements et caractéristiques personnelles qui déterminent la productivité ou le revenu du travail d’un individu. Voir également : stock, capital naturel, capital physique, capital institutionnel.

La notion de capital est aussi parfois utilisée dans un sens plus large comprenant des aspects immatériels comme votre santé, vos compétences et votre capacité à gagner un revenu (votre capital humain). Ce stock peut augmenter par des investissements dans le capital humain, à travers l’éducation, la formation et la socialisation. C’est l’une des sources de la croissance économique.

norme sociale
Un accord commun entre la plupart des membres d’une société sur ce que les individus devraient faire dans une situation donnée, quand leurs actions affectent les autres.

Les individus interagissent les uns avec les autres, ainsi qu’avec la nature, en produisant leurs moyens de subsistance. Les communautés locales créent également des institutions pour réguler les comportements. Certaines communautés ont été capables de créer des règles et de s’appuyer sur les normes sociales pour mettre en place une utilisation soutenable des ressources, alors que d’autres ont échoué à en faire autant. Du changement climatique global à l’épuisement des ressources locales, ces effets sont le résultat à la fois de l’expansion de l’économie (illustrée par la croissance de la production totale) et la manière dont celle-ci est organisée (quels types de choses sont valorisés et préservés, par exemple).

À Valence, en Espagne, des communautés de fermiers ont utilisé pendant des siècles un ensemble de règles coutumières visant à réguler les tâches communales et à éviter d’utiliser trop d’eau. Elles ont depuis le Moyen Âge une cour d’arbitrage appelée Tribunal de las Aguas, qui résout les conflits relatifs à l’application des règles entre les fermiers. Les décisions du Tribunal ne sont pas juridiquement contraignantes. Son pouvoir vient uniquement du respect que lui porte la communauté, mais ses décisions sont presque universellement appliquées.

capital physique
Ensemble des biens durables utilisés durant plusieurs cycles de production. Voir également : stock, capital humain, capital naturel, capital institutionnel.
capital institutionnel
Ensemble de lois et de coutumes sociales qui régissent des interactions entre des individus au sein d’une société. Voir également : stock, capital humain, capital naturel, capital physique.

L’analyse économique du développement durable s’intéresse donc au niveau et à l’évolution du stock de chaque forme de capital : le capital naturel, le capital physique, le capital humain ainsi que le capital institutionnel.

Le degré de substitution entre chaque forme de capital

L’analyse économique du développement durable s’intéresse ensuite à la préservation des possibilités de développement pour les générations futures.

L’approche dite « faible » du développement durable, appelée également soutenabilité faible, suppose que les capitaux naturel et manufacturé (physique, humain et institutionnel) sont substituables. Par exemple, dans le domaine de l’éclairage, la révolution technologique permanente a permis de produire davantage de lumière avec moins de chaleur, épargnant ainsi les ressources naturelles – du bois de chauffage aux combustibles fossiles – nécessaires à la production de chaleur.

Durant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, le progrès technologique dans le domaine de l’éclairage fut lent. Nos plus anciens ancêtres n’avaient rien de mieux qu’un feu de camp pour s’éclairer la nuit. La recette pour produire de la lumière (si elle avait existé) aurait été : rassembler beaucoup de bois, emprunter un tison enflammé à quelqu’un qui a déjà un feu, puis allumer et entretenir le feu. La première grande percée technologique en matière d’éclairage eut lieu il y a 40 000 ans, avec l’utilisation de lampes qui brûlaient de l’huile végétale ou animale. Depuis, l’efficacité de l’éclairage a encore augmenté grâce au développement des lampes au gaz de ville, des lampes à pétrole, des ampoules à filament, des ampoules fluorescentes et d’autres formes d’éclairage.

Les augmentations importantes au cours de l’Histoire, et en particulier depuis le milieu du 19e siècle, ont eu lieu en grande partie parce que la quantité de lumière produite par unité de chaleur (émise, par exemple, par un feu de camp, une bougie ou une ampoule) a considérablement augmenté. Le Graphique 5.4 représente cette croissance remarquable, en forme de crosse de hockey, de l’efficacité de l’éclairage, à l’aide de l’échelle de rapport introduite dans le Graphique 1.1b.

Boîte à outils 7 :

Comment lire et interpréter des représentations graphiques de séries chronologiques.

La productivité du travail pour produire de la lumière.

Graphique 5.4 La productivité du travail pour produire de la lumière.

William Nordhaus. 1998. ‘Do Real Output and Real Wage Measures Capture Reality? The History of Lighting Suggests Not’. Cowles Foundation For Research in Economics Paper 1078. Voir ces données sur OWiD. Adapté de la Figure 1.3 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Nous mesurons le progrès technologique dans le domaine de l’éclairage au nombre d’unités de luminosité, appelées « lumens », qui peuvent être générées en une heure de travail. Un lumen est à peu près la quantité de luminosité que reçoit un mètre carré au clair de lune. Un lumen-heure (lm-h) est cette quantité de luminosité durant une heure. Par exemple, créer de la lumière à partir d’un feu de camp requiert environ une heure de travail pour 17 lm-h, mais la lampe à huile animale produit 20 lm-h pour la même quantité de travail.

À l’époque babylonienne (1750 av. J.-C.), l’invention d’une lampe améliorée consommant de l’huile de sésame permit d’atteindre 24 lm-h par heure de travail. Le progrès technologique fut lent : cette amélioration modeste nécessita 7 000 ans. Trois millénaires plus tard, au début des années 1800, les techniques d’éclairage les plus efficaces (utilisant les chandelles de suif) produisaient environ neuf fois plus de lumière pour une heure de travail que les lampes à huile animale d’autrefois. Les ampoules compactes fluorescentes inventées en 1992 sont environ 45 000 fois plus efficaces, en termes de temps de production, que les lumières qui existaient deux siècles avant. Aujourd’hui, la productivité du travail pour obtenir de l’éclairage est 500 000 fois plus élevée qu’au temps de nos ancêtres autour de leur feu de camp.

La soutenabilité faible considère donc que le développement ne passe pas nécessairement par une préservation du stock de capital naturel : la préservation des possibilités de développement pour les générations futures est assurée si une augmentation du stock de capital manufacturé compense une diminution du stock de capital naturel, de sorte que le stock total de capital (naturel, physique, humain et institutionnel) reste constant.

L’approche dite « forte » du développement durable, appelée également soutenabilité forte, suppose en revanche que les capitaux naturel et manufacturé sont complémentaires, c’est-à-dire non substituables. L’environnement offre les matières premières que nous utilisons dans la production d’autres biens (par exemple, le bois, les métaux ou le pétrole). L’environnement physique et la biosphère fournissent également des éléments essentiels pour la vie, comme l’air, l’eau et la nourriture. L’Illustration 5.5 montre une manière de penser l’économie : celle-ci fait partie d’un système social plus large, qui est lui-même un élément de la biosphère.

L’économie fait partie de la société, qui fait partie de la biosphère.

Illustration 5.5 L’économie fait partie de la société, qui fait partie de la biosphère.

Adapté de la Figure 1.5 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La soutenabilité forte considère donc que le développement durable passe nécessairement par une préservation du stock de capital naturel : une augmentation du stock de capital manufacturé ne peut pas compenser une dépréciation du stock de capital naturel.

Actuellement, certains des facteurs de dépréciation les plus importants sont les gaz à effet de serre qui contribuent aux problèmes de changement climatique que nous avons abordés dans la Section 5.3. Cependant, les coûts économiques de l’élimination immédiate de toutes les émissions de CO2 excéderaient vraisemblablement les bénéfices environnementaux.

L’analyse économique du développement durable s’intéresse donc à la question décisive du degré de substitution entre le capital naturel et manufacturé.

Synthèse

L’analyse économique du développement durable se fonde sur la préservation des possibilités de développement pour les générations futures. Elle s’intéresse d’abord aux possibilités de développement pour les générations futures, par conséquent au niveau et à l’évolution du stock de chaque forme de capital (naturel, physique, humain et institutionnel). Elle s’intéresse ensuite à la préservation des possibilités de développement pour les générations futures, et donc à la question, décisive, du degré de substitution entre le capital naturel et manufacturé (physique, humain et institutionnel).

Exercice 5.6 Mobilisation des connaissances

  1. Montrez que le PIB ne permet pas d’évaluer la soutenabilité de la croissance.
  2. Comment le capital humain et institutionnel participe-t-il au bien-être des populations ?
  3. À quelles conditions la croissance est-elle soutenable ?
  4. Montrez que le développement durable repose sur la préservation du stock des différents capitaux.

Exercice 5.7 Dissertation

La croissance économique peut-elle être compatible avec un développement durable ?

5.5 Les fondements de la politique climatique

« Les preuves scientifiques sont maintenant accablantes : le changement climatique constitue une menace planétaire très grave et exige une réponse mondiale de toute urgence. »3

Voici les premiers mots implacables du résumé du Rapport Stern, publié en 2006. Le chancelier de l’Échiquier britannique (le ministre des Finances) avait alors mandaté un groupe d’économistes, mené par l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, sir Nicholas (maintenant lord) Stern, pour évaluer les preuves du changement climatique et essayer de comprendre les conséquences économiques. Le Rapport Stern prédit que les bénéfices d’une action précoce pour ralentir le changement climatique seront supérieurs aux coûts si l’on néglige le problème.

Le cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) partage ce diagnostic. Une action précoce signifierait une diminution importante des émissions de gaz à effet de serre, en réduisant la consommation de biens intensifs en énergie, en passant à des technologies énergétiques différentes, en réduisant les effets de l’agriculture et du changement des utilisations des terres ou une amélioration de l’efficacité des technologies actuelles.4

La combustion d’énergies fossiles pour l’énergie et l’utilisation industrielle cause des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Ces activités, combinées avec les émissions de CO2 provenant des changements d’occupation des sols, ont généré une quantité de gaz à effet de serre équivalente à 36 milliards de tonnes de CO2 par an.

Le Tableau 5.1 montre la relation entre les augmentations estimées de températures et la quantité de CO2 émise. Il montre également la quantité de CO2 qui serait émise si nous :

    CO2 (trillions de tonnes)
Hausse des températures par rapport à 1861-80 (℃) 2 1,8
  3 3,3
Combustibles fossiles Réserves 3,3
  Ressources 50

Dioxyde de carbone dans les réserves et ressources de combustibles fossiles, relativement à la capacité atmosphérique de la Terre.

Tableau 5.1 Dioxyde de carbone dans les réserves et ressources de combustibles fossiles, relativement à la capacité atmosphérique de la Terre.

Calculs d’Alexander Otto du Environmental Change Institute, université d’Oxford, fondés sur : Aurora Energy Research. 2014. ‘Carbon Content of Global Reserves and Resources’; Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe (The Federal Institute for Geosciences and Natural Resources). 2012. Energy Study 2012; IPCC. 2013. Climate Change 2013 : The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. Cambridge : Cambridge University Press; Cameron Hepburn, Eric Beinhocker, J. Doyne Farmer, and Alexander Teytelboym. 2014. ‘Resilient and Inclusive Prosperity within Planetary Boundaries.’ China & World Economy 22 (5) : 76–92.

Selon le Tableau 5.1, il faudrait contenir les nouvelles émissions à seulement 1,8 trillion de tonnes de CO2 dans l’atmosphère pour se donner une chance raisonnable de limiter la hausse des températures à 2℃ au-dessus des niveaux préindustriels. Selon ces estimations, limiter le réchauffement à 2℃ implique que la majorité des réserves et ressources des combustibles fossiles restent inexploitées.5

Si nous parvenons à atteindre cette limite sur les émissions, il existerait tout de même une probabilité d’environ 1 % que la température augmente de plus de 6℃, ce qui serait une catastrophe économique mondiale. Si nous dépassons la limite et que la température augmente de 3,4℃ au-dessus des niveaux préindustriels, la probabilité d’une catastrophe économique déclenchée par le climat augmenterait à 10 %.

Pour beaucoup de scientifiques aujourd’hui, le changement climatique représente la plus grande menace pour le bien-être futur de l’humanité :

Le changement climatique est un phénomène mondial. Toutefois, de nombreuses conséquences environnementales sont locales, comme les problèmes respiratoires en milieu urbain et d’autres maladies résultant des hauts niveaux d’émissions polluantes de centrales électriques, de véhicules, et d’autres sources.

Pensons à ces enjeux comme un médecin le ferait. Premièrement, nous diagnostiquons le problème. Ensuite, nous mettons au point un traitement.

externalités
Des effets positifs ou négatifs d’une production, consommation ou d’une autre décision économique sur un autre individu ou plusieurs, qui n’est pas spécifié comme actif ou passif dans un contrat. L’effet est dit « externe », car l’effet en question est extérieur au contrat. Connus également sous le terme : effets externes. Voir également : défaillance du marché.
externalités
Un effet positif ou négatif d’une production, d’une consommation ou d’une autre décision économique sur une autre personne ou des personnes et qui n’est pas spécifiée comme un avantage ou une responsabilité dans un contrat.
défaillance du marché
Lorsque les marchés allouent des ressources d’une manière qui n’est pas efficace.

Parfois, ces problèmes peuvent être résolus grâce à des politiques publiques. L’État pourrait adopter des politiques de réduction de la pollution pour limiter les dommages environnementaux. Le changement climatique, comme d’autres problèmes environnementaux, peut être traité par des politiques de dépollution, qui consistent, par exemple, à :

Les politiques environnementales font une différence. Nous voyons que les pays diffèrent très fortement dans la façon dont ils sont affectés par la dégradation de l’environnement et le succès de leurs efforts pour maîtriser la qualité environnementale. Le Graphique 5.5a montre les émissions de CO2 par habitant pour chaque pays en 2010 rapportées à leur revenu par tête.

Boîte à outils 16 :

Comment lire et interpréter une corrélation et une causalité.

Les émissions de dioxyde de carbone sont plus élevées dans les pays plus riches…

Graphique 5.5a Les émissions de dioxyde de carbone sont plus élevées dans les pays plus riches…

Banque mondiale. 2015. ‘World Development Indicators.’ Notes : trois petits pays à revenu élevé (Koweït, Luxembourg et Qatar) ne sont pas représentés ; dollars internationaux constants de 2011 ; parité de pouvoir d’achat. Adapté de la Figure 20.25a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Les pays plus riches émettent plus de CO2 par habitant que les pays plus pauvres. Ce résultat n’est pas surprenant, car le revenu par tête plus élevé provient d’une plus grande production de biens et de services par habitant qui, en retour, a une incidence sur la biosphère. La droite ascendante met en évidence cette relation entre les deux variables.

Remarquez également que, parmi des pays présentant un niveau de revenu similaire, certains émettent beaucoup plus de CO2 que d’autres. Par exemple, comparez les niveaux élevés d’émissions aux États-Unis, au Canada et en Australie aux niveaux plus faibles en France, en Suède, en Allemagne, tous des pays ayant sensiblement le même niveau de revenu par tête. On peut aussi lire ce graphique horizontalement : la Norvège a le même niveau d’émissions que celui qui serait prédit (par la droite) pour un pays ayant un revenu par tête diminué de 20 000 $. La Russie pollue autant que ce qu’on attendrait d’un pays plus riche de 20 000 $.

Du point de vue des émissions directes, Singapour constitue l’exception, avec un bon résultat écologique. C’est une cité-État à haut revenu avec un réseau de transports publics efficace et une économie reposant sur le commerce plutôt que sur l’industrie, ce qui se traduit par des niveaux limités de pollution. En sus du système de transports, l’État a adopté plusieurs mesures environnementales qui ont fait leurs preuves. Par exemple, pour utiliser une voiture à Singapour, il faut d’abord acheter aux enchères un permis pour véhicule, et enfin s’acquitter d’une « taxe d’embouteillage » à chaque fois que vous vous aventurez dans la ville avec votre véhicule.

Même si les pays les plus riches émettent davantage de CO2 par tête, ils ont également adopté des mesures efficaces afin de gérer leur stock de ressources naturelles, comme les forêts, les sols, la biodiversité et les eaux. Le Graphique 5.5b rapporte l’Indice de performance environnementale (IPE) au PIB par tête. L’IPE est un indice large mesurant la vitalité de l’écosystème et la santé environnementale d’un pays, y compris l’état du traitement des eaux usagées, des zones de pêche et des forêts. Il rassemble 20 indicateurs nationaux différents, dont l’évolution des émissions de carbone, les stocks de poissons, la pollution de l’air, l’évolution de la couverture forestière, la qualité du traitement des eaux usées, l’accès à des installations sanitaires, la pollution de l’air et la mortalité infantile.

… mais la qualité de l’environnement local l’est également.

Graphique 5.5b … mais la qualité de l’environnement local l’est également.

Indicateurs de développement; EPI. 2014. ‘Environmental Protection Index 2014.’ Yale Center for Environmental Law & Policy (YCELP) and the Center for International Earth Science Information Network. Notes : dollars internationaux constants de 2011 ; parité de pouvoir d’achat. Adapté de la Figure 20.25b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Dans ce cas, une courbe prédit mieux les données qu’une droite et révèle que, pour les pays les plus pauvres, des différences en termes de revenu par tête sont associées à de grandes différences dans l’IPE, mais à des différences moindres pour les pays plus riches, en moyenne.

Boîte à outils 16 :

Comment lire et interpréter une corrélation et une causalité.

Comme dans le Graphique 5.5a, la Russie n’atteint pas les objectifs attendus, puisque son IPE correspond à celui d’un pays qui serait deux fois plus pauvre. Sur cet indicateur, l’Allemagne, la Suède et la Suisse obtiennent de très bons résultats. Remarquez par ailleurs que l’Australie, qui émet une quantité inhabituellement élevée de CO2, réussit très bien au niveau environnemental national tel qu’il est mesuré par l’IPE. Les coûts d’une bonne partie des dégâts écologiques causés par l’activité économique en Australie sont donc imposés à ceux à l’extérieur du pays.

Le message du Graphique 5.5b est similaire à celui du Graphique 5.5a. Les pays, même ceux présentant des niveaux de revenu similaires, diffèrent grandement dans leur performance environnementale. Comparez la Suisse avec les États-Unis ou l’Espagne avec la Russie, par exemple. La Chine et l’Inde se trouvent bien en dessous de la droite de prédiction. Ces différences entre pays soulignent l’importance des différents types de politiques publiques qui sont adoptées et appliquées.

Dans notre vidéo Économiste en action, Juliet Schor, une sociologue et économiste qui a écrit sur le paradoxe selon lequel de nombreux individus fortunés dans le monde continuent à travailler davantage malgré les gains technologiques, s’interroge sur les conséquences pour notre qualité de vie et notre environnement.

Synthèse

Le changement climatique provoqué par l’activité économique constitue une menace majeure pour le bien-être futur de l’humanité, et ce problème illustre de nombreux défis en termes de conception et de mise en place de politiques environnementales adéquates.

Exercice 5.8 Évaluer l’impact économique du réchauffement climatique

En 1896, le scientifique suédois Svante Arrhenius estima l’impact de doubler la concentration de CO2 dans l’atmosphère et suggéra plus tard que les « régions plus froides de la Terre » pourraient souhaiter brûler davantage de charbon afin de bénéficier d’un « meilleur climat ».

Au cours du siècle prochain, des pays entiers pourraient disparaître du fait de la montée du niveau des océans, provoquée par la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’inlandsis de l’Antarctique occidental.

  1. Trouvez les informations que vous pouvez sur les régions, industries, métiers, entreprises ou villes qui sont susceptibles d’être :
    1. Le plus positivement impactés par le changement climatique
    2. Le plus négativement impactés par le changement climatique
  2. Pour quelles raisons principales les effets du changement climatique diffèrent-ils selon les groupes ?

Exercice 5.9 Origine et preuves du changement climatique

  1. Expliquez les causes principales du changement climatique selon les climatologues.
  2. De quelles preuves disposons-nous pour indiquer que le changement climatique est déjà en train de se produire ?
  3. Nommez et expliquez trois conséquences possibles du changement climatique dans le futur.
  4. Discutez pourquoi les trois conséquences établies en 3 pourraient mener à des désaccords et des conflits d’intérêts sur la politique climatique. (Indice : vous pourriez utiliser vos réponses à l’Exercice 5.8 sur les gagnants et les perdants du changement climatique.)

Exercice 5.10 Performances et contre-performances

Prenez les pays qui se trouvent au-dessus et en dessous de la droite de régression du Graphique 5.5b.

Quelles sont les caractéristiques de ces pays et de leur gouvernance qui permettraient, selon vous, d’expliquer leurs bonnes ou moins bonnes performances ?

Question 5.1 Choisissez la(es) bonne(s) réponse(s)

Le Tableau 5.1 montre l’augmentation de la température liée à la quantité émise de CO2, générée pour différents niveaux d’utilisation des réserves d’énergies fossiles (qui peuvent être économiquement et technologiquement extraites) et des ressources (quantités totales estimées) dans la croûte terrestre. Par exemple, elle indique que de 1 à 1,5 trillion de tonnes supplémentaires d’émissions de CO2 auraient de grandes chances de provoquer une augmentation de la température de 2°C, par rapport à la moyenne préindustrielle.

Vous disposez également de l’information selon laquelle 36 milliards de tonnes de CO2 sont produites chaque année actuellement. D’après ces informations, laquelle de ces affirmations est correcte ?

  • Le tableau suggère que le monde devrait cesser immédiatement d’utiliser du charbon.
  • Utiliser toutes les réserves, mais aucune des ressources, devrait empêcher la température d’augmenter de plus de 2°C.
  • Limiter les nouvelles émissions de CO2 de 1 à 1,5 trillion de tonnes garantit que la température n’augmentera pas de plus de 2°C.
  • Stabiliser le taux des émissions au niveau actuel ne sera pas suffisant pour empêcher la possibilité d’une catastrophe économique due au climat.
  • La question de l’arrêt de l’utilisation du charbon dépend du coût des nouvelles augmentations des températures par rapport aux bénéfices tirés de l’utilisation du charbon.
  • Les températures augmenteraient de 3°C si toutes les réserves d’énergies fossiles étaient utilisées.
  • 1 à 1,5 trillion de tonnes d’émissions de CO2 auraient de fortes chances de provoquer une augmentation des températures de 2°C. Cependant, des augmentations supérieures sont possibles du fait de l’incertitude quant aux liens entre émissions et température.
  • Stabiliser les émissions causera une augmentation constante du stock de CO2 dans l’atmosphère, entraînant une nouvelle augmentation des températures.

5.6 Les instruments de la politique climatique

Nous nous concentrons sur le changement climatique en raison de l’importance de ce problème environnemental, et car il illustre bien les difficultés liées à la conception et l’introduction de politiques environnementales adéquates.

La taxation

taxation
Prélèvement obligatoire effectué par les administrations publiques constituant un coût supplémentaire pour le pollueur. Lorsqu’elle porte sur une activité polluante, elle constitue un coût supplémentaire pour le pollueur et donc une incitation à réduire sa pollution.

Les États peuvent utiliser la taxation pour générer des recettes (afin de financer les dépenses publiques ou pour redistribuer les ressources) ou pour influencer d’une autre manière l’allocation des biens et services, par exemple parce que l’État considère qu’un certain bien est néfaste.

Certaines mesures utilisent des taxes ou des subventions pour modifier les prix, afin que les gens internalisent les externalités environnementales de leurs décisions de production et de consommation. Les externalités environnementales imposent souvent des coûts à autrui et forcer le pollueur à payer (en taxant l’utilisation de combustibles fossiles) pour ces externalités est une manière de les internaliser (et donc de les éliminer).

principe du pollueur-payeur
Une orientation pour la politique environnementale selon laquelle ce sont ceux qui imposent aux autres des conséquences environnementales négatives qui devraient payer pour les dommages causés, par des taxes ou d’autres moyens.

Toutefois, le même niveau de dépollution pourrait être atteint en subventionnant l’entreprise si elle utilise une technologie alternative qui génère moins de pollution. La taxe, qui reflète le principe du pollueur-payeur, diminue les profits de l’entreprise. La subvention augmente ses profits. Du point de vue de l’entreprise, la taxe serait le bâton et la subvention, la carotte. L’un de ces cas est le progrès technique réalisé dans le domaine de l’énergie solaire.

apprentissage par la pratique (learning by doing, en anglais)
Cela se produit lorsque la production par unité de facteurs de production augmente avec l’expérience dans la production du bien ou service.

Les subventions aux entreprises produisant des panneaux solaires et d’autres équipements ont aidé à financer la R&D de ces nouvelles sources d’électricité. Les subventions octroyées à ceux qui installent des panneaux solaires ont augmenté la demande. La croissance de la demande a abouti à une forte diminution du prix des panneaux solaires grâce à l’apprentissage par la pratique dans le processus de production, qui rend la production de plus en plus bon marché. Les Graphiques 5.6a et 5.6b montrent cette amélioration impressionnante de l’efficacité des cellules photovoltaïques, au cours des dernières décennies, ce qui s’est traduit par une baisse du coût de la production d’électricité solaire.

Coût de production de l’électricité (nouvelles installations) en utilisant des cellules photovoltaïques aux États-Unis (1976–2009).

Graphique 5.6a Coût de production de l’électricité (nouvelles installations) en utilisant des cellules photovoltaïques aux États-Unis (1976–2009).

Gregory F. Nemet. 2006. ‘Beyond the Learning Curve : Factors Influencing Cost Reductions in Photovoltaics.’ Energy Policy 34 (17) : pp. 3218–32; Béla J. Nagy, Doyne Farmer, Quan M. Bui, and Jessika E. Trancik. 2013. ‘Statistical Basis for Predicting Technological Progress.’ PLoS ONE 8 (2). Public Library of Science (PLoS). Note: dollars internationaux de 2005. Adapté de la Figure 20.19a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Aux États-Unis, de nombreuses technologies reposant sur les énergies renouvelables peuvent dorénavant concurrencer, en termes de coût total par unité d’électricité produite, la production d’énergie reposant sur les combustibles fossiles, sans recours aux subventions, comme le montre le Graphique 5.6b.

Coût de production de l’électricité (nouvelles installations) en utilisant différentes sources aux États-Unis (2008–2015).

Graphique 5.6b Coût de production de l’électricité (nouvelles installations) en utilisant différentes sources aux États-Unis (2008–2015).

Lazard. 2015. ‘Levelized Cost of Energy Analysis 9.0.’ Lazard.com. Mis à jour le 17 novembre 2015. Adapté de la Figure 20.19b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Cependant, comme la production d’énergie éolienne n’est possible que lorsque le vent souffle et que l’énergie solaire dépend du soleil, la production d’énergie renouvelable est moins fiable que celle réalisée à partir de combustibles fossiles. Cette dernière peut ainsi être préférée, bien que les coûts unitaires de l’énergie solaire soient plus faibles.

La réglementation

réglementation
Instruments qui visent des objectifs environnementaux en utilisant des interdictions, des plafonnements et des régulations.

L’idée selon laquelle la réglementation environnementale peut générer une plus grande efficacité et inciter à innover est connue sous le nom d’hypothèse de Porter, car l’économiste Michael Porter fut le premier à l’introduire en 1995. Selon lui, les coûts de la réglementation amèneraient les entreprises à rechercher des technologies plus propres et plus efficaces. Les bénéfices associés à ces technologies compensent à la fois les coûts de la réglementation et les coûts de l’innovation.6

D’autres mesures interdisent ou limitent l’utilisation de certains matériaux ou pratiques néfastes pour l’environnement. Par exemple, la négociation internationale a permis le Protocole de Montréal, par lequel les pays se sont engagés à éliminer l’usage des chlorofluorocarbones (CFC) afin d’éviter un résultat dommageable (la destruction de la couche d’ozone).

Une politique prudente implique de chercher à éviter des risques catastrophiques même si leur probabilité est extrêmement faible. Plus nous sommes proches d’un point de bascule, plus il est probable que nous le franchissions sans le savoir, et que nous ne puissions plus inverser la dégradation de l’environnement et éviter un résultat catastrophique.

point de bascule (environnemental)
D’un côté du seuil critique, les processus de dégradation environnementale se limitent d’eux-mêmes. De l’autre côté, les effets de rétroaction positive mènent à une dégradation environnementale accélérée et auto-entretenue. Voir également : rétroaction positive (effet de).

Point de bascule environnemental

  • D’un côté d’un point de bascule environnemental, les processus de dégradation environnementale se limitent par eux-mêmes.
  • De l’autre côté, les rétroactions positives autoalimentent, font flamber la dégradation environnementale.

Il existe un tel besoin de prudence non seulement parce qu’il existe un point de bascule, mais aussi du fait de l’incertitude qui règne sur la distance qui nous sépare du dernier point de bascule. Ces facteurs révèlent un avantage majeur des politiques qui rendent illégales certaines pratiques néfastes pour l’environnement, plutôt que de les rendre plus onéreuses. Lorsque l’État dispose de l’information nécessaire et des capacités de faire appliquer la loi, leur mise en œuvre peut être rapide et complète.

Les marchés de quotas d’émission

marché de quotas d’émission
Une politique via laquelle un nombre limité de permis à polluer sont délivrés, et peuvent être achetés et vendus sur un marché. Cela combine une limite sur les émissions en termes de quantités et une approche fondée sur les prix qui chiffre le coût de décisions néfastes pour l’environnement. Voir également : réglementation.

La création d’un marché de quotas d’émission est une politique qui combine une limite légale sur la quantité d’émissions avec une approche fondée sur les incitations pour répartir entre les entreprises et les autres acteurs la dépollution requise pour respecter cette limite légale.

Voici l’idée générale :

droits de propriété
Protection légale de la propriété, qui inclut le droit d’en exclure l’usage à des tiers, la jouissance ou le droit de vendre le bien possédé. Voir également : institutions.

La question à laquelle le système de plafonnement et d’échange répond est la suivante : sachant que les entreprises diffèrent en termes de technologie de production, comment la quantité totale de dépollution requise doit-elle être répartie entre elles ? Le but d’un mécanisme d’échange de permis est que la dépollution soit faite par les entreprises pour lesquelles la dépollution est la moins coûteuse, car cela économise des ressources rares pouvant être utilisées différemment.

L’un des premiers cas réussis de commerce des émissions fut le marché de permis d’émission du dioxyde de soufre (SO2) aux États-Unis, qui a été instauré en 1990 afin de faire baisser les pluies acides. En 2007, les émissions annuelles de SO2 avaient diminué de 43 % par rapport à 1990, malgré une hausse de plus de 26 % de la production d’électricité dans des centrales électriques approvisionnées au charbon sur la même période.

Le système d’échange des permis d’émission de l’Union européenne (European Union Emissions Trading Scheme, EU ETS) lancé en 2005 est le premier système au monde de plafonnement et d’échange pour le CO2 et couvre à l’heure actuelle 11 000 infrastructures polluantes à travers l’UE. Les États mettent aux enchères 57 % des permis au sein de l’EU ETS et le plafond d’émissions totales est rabaissé chaque année. Une partie des revenus des enchères sont utilisés pour financer des innovations énergétiques faibles en carbone. Des systèmes similaires d’échange pour le CO2 existent dans d’autres pays et régions.

(côté) « offre »
Le côté d’un marché au sein duquel les participants sont disposés à offrir quelque chose en échange d’argent (par exemple, ceux qui vendent du pain). Voir également : côté « demande ».
(côté) « demande »
Le côté d’un marché au sein duquel les participants sont disposés à offrir de l’argent afin d’acquérir un bien ou un service (par exemple, les consommateurs qui achètent du pain). Voir également : côté « offre ».

Le système EU ETS s’est avéré moins efficace que le mécanisme américain pour le SO2. Certains experts pensent que cela tient en grande partie au niveau trop élevé des autorisations d’émissions (plafond trop haut). Après la crise financière en Europe, la demande globale plus faible entraîna une diminution de la demande d’électricité et de ce fait, des niveaux d’émissions maximisant les profits des entreprises. Avec un excès d’offre par rapport à la demande, le prix de permis baissa considérablement, donnant peu d’incitations aux entreprises pour entreprendre des dépenses de dépollution. Ces effets sont indiqués sur le Graphique 5.7.

Prix des permis dans le système d’échange des permis d’émission de l’UE.

Graphique 5.7 Prix des permis dans le système d’échange des permis d’émission de l’UE.

Données obtenues auprès de Sende CO2 sur la base des prix de Bloomberg Business. Adapté de la Figure 20.17 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Cela souligne l’un des inconvénients du mécanisme du marché des droits à polluer. Le signal des prix n’est pas forcément un guide fiable pour les décisions futures d’investissement de dépollution. En Allemagne, par exemple, la chute des prix des permis a conduit à la réouverture de plusieurs centrales électriques au charbon responsables de fortes émissions, car la technologie polluante était de nouveau rentable.

Les systèmes d’échange de permis d’émission ne nécessitent pas forcément un marché libre. La Grande-Bretagne, par exemple, utilise un prix-plancher du carbone, qui fixe un prix minimal pour tous les participants britanniques au système EU ETS. Ceci est fait pour éviter le résultat d’une « pollution quasiment gratuite » quand le prix des permis s’effondre.

Une estimation basse en dollars de 2017 est d’environ 40 $ par tonne d’émissions de CO2, et elle augmente rapidement, car plus il y a de CO2 dans l’atmosphère, plus l’effet marginal sur le climat d’en ajouter davantage sera important. Le prix récent d’un permis de l’EU ETS (représenté sur le Graphique 5.7) est moins d’un cinquième de ce coût, ce qui suggère que le système de permis induit les décideurs à n’internaliser qu’une petite partie des externalités négatives.

Les marchés de quotas d’émission et la taxation

Tant le système de plafonnement et d’échange (marché de quotas d’émission) que la taxe sur le carbone sont reconnus comme des moyens de « mettre un prix » sur les externalités des émissions de carbone. Dans l’idéal, une taxe sur les énergies fossiles pourrait entièrement compenser ces effets externes, avec l’avantage supplémentaire que les entreprises et autres acteurs subiraient une moindre incertitude quant aux coûts de brûler du carbone. Une taxe sur le carbone augmenterait le coût d’émission du carbone exactement de la même manière que de devoir payer pour un permis d’émettre. D’ailleurs, l’effet sur les coûts serait le même si le coût du permis déterminé par le marché était le même que le taux de taxation par tonne d’émissions fixé par l’État. L’effet d’une augmentation des coûts serait des prix plus élevés pour les biens dont la production est intensive en émissions et, donc, ceteris paribus, la demande pour ces biens diminuerait.

Sachant que les producteurs et utilisateurs de combustibles fossiles sont aujourd’hui fortement subventionnés (à des niveaux très différents d’un pays à l’autre), une politique plus simple viserait l’élimination des subventions et établirait une taxe sur le carbone au niveau de notre meilleure estimation du coût externe de la combustion du carbone.

Les avantages et inconvénients de ces deux politiques :

Ces avantages et inconvénients font l’objet de débats parmi les économistes de l’environnement. Le système de plafonnement et d’échange est toutefois devenu plus populaire, peut-être du fait de sa plus grande flexibilité. En outre, la possibilité de fixer le prix du carbone et de décider ensuite de la manière dont les permis sont alloués et échangés offre deux « leviers » d’action au décideur public. Au contraire, une taxe unique peut être politiquement impopulaire pour le décideur qui l’introduit.

La valeur accordée à la prudence importe quand il s’agit de déterminer les politiques qui seraient les plus appropriées. Pour voir cela, supposez qu’il n’y ait pas d’incertitude sur :

Avec ce niveau de certitude, une taxe sur les émissions de carbone ou un marché des permis d’émission pourraient mener au même résultat. Le système de plafonnement et d’échange via les droits à polluer imposerait le niveau de dépollution désiré et la taxe sur le carbone créerait le bon prix pour les émissions de carbone, amenant également au niveau de dépollution désiré. Dans les deux cas, le décideur public doit choisir le niveau de dépollution avant de choisir la politique la plus adaptée.

Cependant, l’état de l’environnement et l’efficacité des taxes ou subventions sont tous les deux bien souvent très incertains. Le cas échéant, le système de plafonnement et d’échange est plus conservateur, puisqu’il garantit un niveau donné d’émissions (le plafonnement) qui peut être établi suffisamment loin des seuils possibles.

Synthèse

La réglementation, la taxation et les marchés de quotas d’émission, les trois types d’instruments dont disposent les pouvoirs publics pour mener des politiques environnementales, sont complémentaires.

Exercice 5.11 Élasticité-prix de la demande

Une étude de l’usage des automobiles et du prix de l’essence en Californie a permis d’estimer que l’élasticité-prix de la demande à court terme pour le nombre de miles parcourus par une voiture est de −0,22. Supposons maintenant que le prix de l’essence soit de 3 $ par gallon et qu’une taxe proposée augmente le prix à 4 $ par gallon.

  1. Pour quelqu’un conduisant 20 miles par semaine, quelle est la baisse attendue en miles effectués en voiture si la taxe est instaurée ?

    La même étude a prouvé que les individus aux revenus plus élevés étaient plus sensibles aux fluctuations du prix du carburant que les individus avec des revenus plus faibles.

  2. À votre avis, quelles en sont les raisons ?
  3. Dessinez deux courbes de demande reflétant la différence de sensibilité au prix parmi différents groupes de revenus : l’une pour les personnes à haut revenu et l’autre pour les personnes à faible revenu. Montrez pourquoi la taxe pèsera davantage sur les faibles revenus.

Exercice 5.12 Mobilisation des connaissances

  1. Montrez de deux manières différentes comment la taxation peut participer à la préservation de l’environnement.
  2. Comment fonctionne un marché de quotas d’émission ?
  3. Présentez deux limites de la réglementation comme instrument des politiques climatiques.

5.7 Conclusion

Dans ce chapitre, on questionne la comptabilité de la croissance économique avec la préservation de l’environnement. On montre d’abord que l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre l’épuisement des ressources énergétiques et des réserves halieutiques et la déforestation sont autant de limites écologiques auxquelles se heurte la croissance économique. On montre également l’analyse économique du développement durable se fonde sur la préservation des possibilités de développement pour les générations futures. Elle s’intéresse d’abord aux possibilités de développement pour les générations futures, par conséquent au niveau et à l’évolution du stock de chaque forme de capital (naturel, physique, humain et institutionnel). Elle s’intéresse ensuite à la préservation des possibilités de développement pour les générations futures, et donc à la question, décisive, du degré de substitution entre le capital naturel et manufacturé (physique, humain et institutionnel). On montre enfin que la réglementation, la taxation et les marchés de quotas d’émission, les trois types d’instruments dont disposent les pouvoirs publics pour mener des politiques environnementales, sont complémentaires.

Notions introduites au Chapitre 5

Avant de continuer, revoyez ces définitions :

5.8 Références bibliographiques

  1. Garrett Hardin. 1968. ‘The Tragedy of the Commons’. Science 162 (3859) : pp. 1243–1248. 

  2. Elinor Ostrom. 2008. ‘The Challenge of Common-Pool Resources’. Environment: Science and Policy for Sustainable Development 50 (4): pp. 8–21. 

  3. Nicholas Stern. 2007. The Economics of Climate Change: The Stern Review. Cambridge: Cambridge University Press. Lisez la synthèse

  4. IPCC. 2014. ‘Climate Change 2014: Synthesis Report’. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. Geneva, Switzerland: IPCC. 

  5. Gernot Wagner and Martin L. Weitzman. 2015. Climate Shock: The Economic Consequences of a Hotter Planet. Princeton, NJ : Princeton University Press. 

  6. Michael E. Porter et Claas van der Linde. 1995. ‘Toward a New Conception of the Environment-Competitiveness Relationship’. Journal of Economic Perspectives 9 (4) : pp. 97–118.