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Chapitre 2 Comment expliquer l’instabilité de la croissance économique ?

2.1 Objectifs d’apprentissage

Indications complémentaires

  • L’observation des fluctuations économiques permettra de mettre l’accent sur la variabilité de la croissance et sur l’existence de périodes de crise.
  • On présentera les idées directrices des principaux schémas explicatifs des fluctuations (chocs d’offre et de demande, cycle du crédit), en insistant notamment sur les liens avec la demande globale.
  • On analysera les mécanismes cumulatifs susceptibles d’engendrer déflation et dépression économique et leurs conséquences sur le chômage de masse.

Acquis de Première et Notions

  • Acquis de Première : inflation, chômage, demande globale.
  • Notions : fluctuations économiques, crise économique, désinflation, dépression, déflation.

2.2 Introduction

Le samedi 7 février 2009, peu avant l’aube, 3 582 pompiers se déployèrent dans tout l’État australien du Victoria. Ce jour-là, les feux de brousse dévastèrent 400 000 hectares, détruisirent 2 056 maisons et ôtèrent la vie à 173 personnes. Les Australiens qualifièrent cette journée de « samedi noir ».

Par la suite, il y eut des mises en accusation, des procès et même la mise en place d’une Commission royale afin de déterminer les responsables ou les causes de la pire catastrophe naturelle que l’Australie ait connue. Plusieurs causes étaient possibles : la foudre, des étincelles provenant de machines agricoles, des lignes électriques défectueuses ou même des incendies volontaires.

Ce n’est pas une simple étincelle ou un éclair qui causèrent ce « samedi noir ». Tous les jours, des étincelles provoquent de petits feux de brousse, mais pour cette seule journée la Commission royale signala 316 cas distincts de feux d’herbe, de broussaille ou de forêt. Ce sont des circonstances particulières qui transformèrent des feux apparemment sans réel danger en un désastre sans précédent.

Depuis le 18e siècle, l’amélioration du niveau de vie moyen est devenue une caractéristique permanente de la vie économique dans de nombreux pays, comme cela est illustré par le graphique du PIB réel par habitant en forme de crosse de hockey au Chapitre 1. Pourtant, comme le « samedi noir », il arrive qu’une catastrophe économique majeure survienne.

récession
Le Bureau national de recherche économique des États-Unis la définit comme une période où la production diminue. Elle est finie une fois que l’économie recommence à croître. Une autre définition est une période où le niveau de production est inférieur à son niveau normal, même si l’économie est en croissance. Elle n’est pas finie tant que la production n’a pas suffisamment augmenté pour revenir à la normale. Cette dernière définition pose le problème que le niveau « normal » est subjectif. Voir également : fluctuations économiques, crise économique, dépression.

On entend souvent parler d’économies connaissant tour à tour des phases d’expansion et de récession selon que la croissance oscille entre des valeurs négatives et positives. Dans ce chapitre, nous apprenons pourquoi les économies connaissent des phases d’expansion et des phases de récession.

crise économique
Au sens strict, point de retournement à la baisse de l’activité économique ou, au sens large, baisse de la production et de l’emploi, à ne pas confondre avec dépression (crise économique brutale et durable). Voir également : fluctuations économiques, dépression.
Grande Dépression
La période de forte baisse de la production et de l’emploi dans de nombreux pays dans les années 30.
Trente Glorieuses (du capitalisme)
La période de forte croissance de la productivité, de taux d’emploi élevé et d’inflation faible et stable, allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 70.
crise financière mondiale
Cela commence en 2007 avec l’effondrement des prix de l’immobilier aux États-Unis, entraînant la chute des prix des actifs basés sur les prêts hypothécaires à risque et l’incertitude généralisée quant à la solvabilité des banques américaines et européennes qui ont emprunté pour acheter de tels actifs. Les ramifications se font sentir partout dans le monde, alors que le commerce mondial est fortement réduit. Les gouvernements et les banques centrales réagissent de manière agressive aux politiques de stabilisation.

Toutes les récessions ne sont toutefois pas comparables. Dans ce chapitre, nous analysons trois crises économiques majeures qui ont ponctué le siècle précédent marqué par une croissance sans précédent des niveaux de vie dans les pays riches : la Grande Dépression des années 30, la fin des « Trente Glorieuses (du capitalisme) » dans les années 70 et la crise financière mondiale de 2008. Le terme de « crise » est communément appliqué au premier et dernier de ces épisodes, car ils représentent un cataclysme inhabituel, bien que récurrent, faisant dévier une économie de ses fluctuations habituelles.

2.3 Fluctuations économiques : la variabilité de la croissance

Boîte à outils 4 :

Comment calculer, lire et interpréter un coefficient multiplicateur.

Boîte à outils 7 :

Comment lire et interpréter des représentations graphiques de séries chronologiques.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur et en volume.

produit intérieur brut (PIB)
Une mesure de la valeur marchande de la production de l’économie à une période donnée.

Dans les économies que l’on considère souvent comme « avancées » (essentiellement « riches »), dont notamment les États-Unis, l’Europe de l’Ouest, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande, le niveau de vie moyen, mesuré par le PIB réel par habitant, a été multiplié par six lors du siècle précédent. Il s’agit là d’un succès économique remarquable, mais cela n’a pas été facile.

logarithme naturel (ln)
Une façon de mesurer une quantité, basée sur la fonction ln, f (x) = ln (x). La fonction ln convertit un rapport en une différence : ln (a / b) = ln (a) - ln (b). Ceci est très utile pour travailler avec des taux de croissance. Par exemple, si le revenu national double, passant de 50 à 100 dans un pays pauvre et de 1 000 à 2 000 dans un pays riche, la différence absolue dans le premier cas est de 50 et dans le second de 1 000, mais ln (100) - ln (50) = 0,693 et ln (2 000) - ln (1 000) = 0,693. Dans chaque cas, le rapport est 2 et ln (2) = 0,693.

Le Graphique 2.1 présente le cas de l’économie française. La première fenêtre montre le PIB réel par habitant en France depuis 1820. Cela correspond à une partie du graphique de la crosse de hockey du Chapitre 1. La fenêtre à côté reprend les mêmes données, mais représente le logarithme naturel (ln) du PIB réel par habitant.

Boîte à outils 6 :

Comment lire et interpréter un taux de croissance moyen.

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 2.1 pour voir que sur la série en ln, la droite tracée de 1820 à 1914 est plus plate que la droite tracée à partir de 1945, ce qui indique que le taux de croissance moyen était plus élevé après la Seconde Guerre mondiale.

PIB réel par habitant en France (1820–2016).

Graphique 2.1 PIB réel par habitant en France (1820–2016).

Base de données du projet Maddison, version 2018. Bolt, Jutta, Robert Inklaar, Herman de Jong et Jan Luiten van Zanden. 2018. ‘Rebasing “Maddison”: New Income Comparisons and the Shape of Long–Run Economic Development’. Document de travail du projet Maddison, n° 10, disponible au téléchargement sur www.ggdc.net/maddison. Pour des informations et des explications sur les séries de données, veuillez vous référer au www.ggdc.net/maddison. Adapté de la Figure 13.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Taux de croissance moyen après 1945

Dans la fenêtre de droite, la pente de la droite matérialisée par des pointillés noirs représente le taux de croissance moyen entre 1945 et 2016. Il était de 2 % par an. On voit que la croissance était régulière.

Graphique 2.1a

Taux de croissance moyen de 1820 à 1914

La droite tracée à travers la série en ln allant de 1820 à 1914 (matérialisée par des pointillés rouges) est plus plate que celle qui démarre en 1945. Le taux de croissance moyen au cours de cette période n’était que de 0,9 % par an.

Graphique 2.1b

fluctuations économiques
Déviations du taux de croissance de l’économie par rapport au taux de long terme. Voir également : crise économique, dépression.

On se rend compte au premier coup d’œil que la croissance a été régulière de 1945 à 2016. On peut voir en effet que la ligne droite de 1945 à 2016 représente bien les données.

Toutefois, cette croissance n’a pas été limpide. Dans ce chapitre, nous nous concentrons sur les fluctuations. Sur le Graphique 2.1, elles correspondent aux déviations de la ligne noire en pointillés, qui montre le taux de croissance à long terme.

Puisque nous nous focalisons sur la taille de l’économie agrégée et son évolution d’une année sur l’autre, nous examinons le PIB plutôt que le PIB par habitant. Nous nous concentrons ici sur le niveau total de dépenses (des ménages, des entreprises, de l’État et des agents en dehors de l’économie domestique) pour acquérir des biens et services produits par les travailleurs de l’économie domestique.

Pour en savoir plus :

croissance de la production et variations du chômage.

chômage
Une situation dans laquelle une personne qui a la capacité et la volonté de travailler n’est pas employée.
cycle économique
Périodes successives de taux de croissance plus rapides et plus lents (voire négatifs). L’économie passe de l’expansion à la récession et revient à l’expansion. Voir également : fluctuations économiques.
Grande Modération
Période de faible volatilité de la production globale dans les économies avancées entre les années 80 et la crise financière de 2008. Le nom est suggéré par les économistes James Stock et Mark Watson et popularisé par Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale. Voir également : fluctuations économiques.

Le mouvement de va-et-vient entre expansion, durant lesquelles le chômage baisse, et récession, durant lesquelles il croît, est connu comme le cycle économique. Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 2.2 pour voir qu’au 21e siècle la crise financière mondiale a mis fin à une période caractérisée par de faibles fluctuations. C’est pourquoi la période allant du début des années 90 à la fin des années 2000 a été qualifiée de Grande Modération.

Croissance du PIB réel en France (1821–2016).

Graphique 2.2 Croissance du PIB réel en France (1821–2016).

Base de données du projet Maddison, version 2018. Bolt, Jutta, Robert Inklaar, Herman de Jong et Jan Luiten van Zanden. 2018. ‘Rebasing “Maddison”: New Income Comparisons and the Shape of Long–Run Economic Development’. Document de travail du projet Maddison, n° 10, disponible au téléchargement sur www.ggdc.net/maddison. Pour des informations et des explications sur les séries de données, veuillez vous référer au www.ggdc.net/maddison. Adapté de la Figure 13.3 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Crise…

Les flèches mettent en évidence le pic d’un cycle économique durant la fin des années 80 et le début des années 90…

Graphique 2.2a

…et reprise

…et le creux

Graphique 2.2b

La crise financière mondiale

Au 21e siècle, la crise financière de 2008 survint après une période au cours de laquelle les fluctuations furent limitées.

Graphique 2.2c

Les pics et les creux des séries du Graphique 2.2 montrent de façon nette que la croissance économique n’est pas un processus lisse et régulier. Dans le Graphique 2.2, vous pouvez voir que, au 20e siècle, en plus de l’évolution annuelle du PIB réel, qui suggère deux récessions (mesurée par une croissance négative) par décennie environ, il existe des épisodes, moins fréquents, de fluctuations plus importantes de l’activité. Les creux les plus importants ont coïncidé avec la fin des Première et Seconde Guerres mondiales et avec la période de la Grande Dépression.

Exercice 2.1 Définir les récessions

On peut définir une récession comme une période au cours de laquelle la production diminue, ou une période qui voit le niveau de production passer en dessous de la normale, que l’on qualifie souvent de « niveau potentiel ».

  1. Songez au cas d’un pays qui aurait produit beaucoup de pétrole, et supposez que ses puits de pétrole se tarissent d’une année sur l’autre. Ce pays s’en trouvera appauvri. D’après les deux définitions présentées ci-dessus, peut-on parler de récession ?
  2. Le fait de savoir qu’un pays est en récession change-t-il quelque chose pour les décideurs publics chargés de la gestion de l’économie ?

2.4 Fluctuations économiques : l’existence de périodes de crise

En 1929, un ralentissement de l’économie américaine similaire à d’autres ralentissements lors de la décennie précédente s’est transformé en un désastre économique à grande échelle : la Grande Dépression.

Dans les premières années de la Grande Dépression, les choix politiques ont à la fois amplifié et prolongé le ralentissement. Pour comprendre pourquoi, nous devons d’abord rappeler comment les décideurs publics influencent l’économie.

Politique monétaire et fluctuations économiques

taux d’intérêt
Le prix à payer pour augmenter son pouvoir d’achat maintenant. Voir également : taux d’intérêt nominal, taux d’intérêt réel.

Les ménages et les entreprises empruntent pour dépenser : plus il est coûteux d’emprunter (ou, ce qui revient au même, plus le taux d’intérêt est élevé) et moins ils dépensent aujourd’hui.

politique monétaire
Actions de la banque centrale (ou du gouvernement) visant à influencer l’activité économique via des changements des taux d’intérêt ou des prix des actifs financiers. Voir également : taux d’intérêt nominal, taux d’intérêt réel.
demande agrégée (ou globale)
Cela représente la somme totale de la demande (ou de la dépense) en biens et services produits dans l’économie. Voir également : consommation, investissement, dépense publique, exportations, importations.
banque centrale
La seule banque qui peut créer de la monnaie ayant cours légal dans un pays. Fait partie habituellement de l’État. Les banques commerciales possèdent des comptes à cette banque, détenant de la monnaie ayant cours légal.

La politique monétaire repose sur le fait que la variation des taux d’intérêt influence par la suite la demande agrégée et sur la capacité de la banque centrale à contrôler les taux d’intérêt.

taux (d’intérêt) directeur
Le taux d’intérêt fixé par la banque centrale, qui s’applique aux banques qui s’empruntent mutuellement de la monnaie centrale ou en empruntent à la banque centrale. Connu également sous le terme : taux de référence, taux officiel. Voir également : taux d’intérêt réel, taux d’intérêt nominal.
taux des prêts (bancaires)
Le taux d’intérêt moyen facturé par les banques commerciales aux entreprises et ménages. Ce taux est généralement supérieur au taux directeur : la différence est la marge ou le spread sur les prêts commerciaux. Connu également sous le terme : taux d’intérêt du marché. Voir également : taux d’intérêt.

Si la banque centrale tente de stimuler l’économie en phase de récession du cycle économique, elle réduit le taux d’intérêt directeur. Lorsque la banque centrale réduit le taux directeur pour stimuler les dépenses, le taux des prêts a tendance à baisser approximativement du même montant.

Mais comment la banque centrale devrait-elle réagir face à un emballement de la demande ? Dans ce cas, une politique inverse est nécessaire. La banque centrale peut faire cela à travers une hausse des taux d’intérêt. Par exemple, des taux d’intérêt plus élevés renchérissent le coût d’emprunter de l’argent pour financer des dépenses.

taux d’intérêt réel
Le taux d’intérêt corrigé de l’inflation (c’est-à-dire le taux d’intérêt nominal moins le taux d’inflation). Il représente la quantité de biens obtenus dans le futur quand on renonce aux biens dans le présent. Voir également : taux d’intérêt nominal, taux d’intérêt.
inflation
Une hausse du niveau général des prix dans l’économie. Mesurée habituellement sur un an. Voir également : déflation, désinflation.

Il est important de rappeler que c’est le taux d’intérêt réel qui affecte les dépenses. Afin de faire cette distinction, il est nécessaire de prendre en compte l’inflation.

taux d’intérêt nominal
Le taux d’intérêt non corrigé de l’inflation. C’est le taux d’intérêt des banques classiques. Voir également : taux d’intérêt réel, taux d’intérêt.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

Le taux d’intérêt réel mesure le pouvoir d’achat du remboursement d’un prêt aux prix en vigueur lorsque le prêt est remboursé. Afin de comprendre ce que cela signifie, supposez que Julia doive emprunter 100 euros à Marco, avec un remboursement de 110 euros l’année suivante. Toutefois, si l’année suivante les prix étaient 5 % plus élevés que l’année en cours (taux d’inflation de 5 %), alors ce que Marco pourrait acheter avec le montant qui lui est remboursé ne représenterait pas 10 % de plus que ce qu’il aurait pu acheter avec l’argent prêté à Julia, mais seulement 5 % de plus. Le taux d’intérêt nominal est de 10 %. Le taux d’intérêt réel est de 5 %.

déflation
Baisse du niveau général des prix (taux d’inflation négatif). Voir également : inflation, désinflation.

Pour un taux d’intérêt nominal donné, une inflation plus élevée réduit le taux d’intérêt réel, diminuant le coût réel de l’emprunt. On peut voir aussi que lorsqu’on anticipe une baisse des prix au cours de l’année suivante (c’est-à-dire que l’inflation anticipée est négative ou que l’on s’attend à une déflation), cela augmente le taux d’intérêt réel au-dessus du taux d’intérêt nominal.

Les ménages et les entreprises prennent des décisions basées sur les taux d’intérêt réels. Si vous êtes un prêteur, ce que vous voulez réellement savoir, c’est quelle quantité de biens vous recevrez plus tard en contrepartie des biens que vous ne consommez pas aujourd’hui. Si vous êtes un emprunteur, ce qui compte, c’est la quantité de biens à laquelle vous devrez renoncer à l’avenir pour parvenir à payer les intérêts, plutôt que le total des charges d’intérêts mesurées en euros.

Pourtant, lorsque la banque centrale fixe le taux directeur, elle le fixe en termes nominaux. Ainsi, en fixant un certain taux nominal, elle vise en réalité un taux d’intérêt réel spécifique et elle prend donc en compte, pour ce faire, l’effet de l’inflation anticipée.

Lorsqu’elles en ont la possibilité, les banques centrales utilisent les variations du taux d’intérêt directeur comme leur instrument de politique monétaire pour stabiliser l’économie. L’État pourrait aussi jouer ce rôle en réduisant les impôts, ou en stimulant les dépenses.

Politique budgétaire et fluctuations économiques

politique budgétaire
Changements des impôts ou de la dépense publique afin de stabiliser l’économie. Voir également : relance budgétaire, demande agrégée (ou globale).
dépense publique (G)
No definition available.

L’État peut intervenir délibérément pour stabiliser la demande agrégée en utilisant la politique budgétaire :

relance budgétaire
L’utilisation par le gouvernement de la politique budgétaire (via une combinaison de baisse des taxes et de hausse des dépenses) dans le but d’augmenter la demande globale. Voir également : politique budgétaire, demande agrégée (ou globale).

Lorsqu’un gouvernement réduit les impôts ou augmente les dépenses publiques, G, lors d’une récession, on appelle cela une relance budgétaire. Le but est de contrebalancer la chute de demande provenant du secteur privé. Une réduction des impôts a pour but d’encourager le secteur privé à dépenser plus, tandis qu’une augmentation de G constitue un ajout direct à la demande agrégée.

austérité
Une politique par laquelle un gouvernement essaye d’améliorer le solde budgétaire de l’État au cours d’une récession, en augmentant son épargne. Voir également : relance budgétaire.
solde budgétaire de l’État
La différence entre les recettes fiscales de l’État et les dépenses publiques (y compris les achats de biens et services des pouvoirs publics, l’investissement et les dépenses en transferts, comme les retraites et les allocations chômage). Voir également : déficit budgétaire public, excédent budgétaire public.

Imaginez une diminution des dépenses lors d’une récession. Cela, tout comme une hausse des impôts, est qualifié de politique d’austérité. L’État tente ainsi d’améliorer son solde budgétaire. Le solde budgétaire de l’État est la différence entre les recettes de l’État moins les transferts (comme les pensions de retraite et les allocations chômage), T, et les dépenses publiques, G, soit (T − G).

déficit budgétaire public
Quand le solde budgétaire de l’État est négatif. Voir également : solde budgétaire de l’État, excédent budgétaire public.
excédent budgétaire public
Quand le solde budgétaire de l’État est positif. Voir également : solde budgétaire de l’État, déficit budgétaire public.

Lorsque le solde budgétaire de l’État est négatif, on appelle cela un déficit budgétaire public : les dépenses publiques sur les biens et services, incluant les dépenses d’investissement plus les dépenses sur les transferts sont plus importantes que les recettes fiscales de l’État. Un excédent budgétaire public a lieu lorsque les recettes fiscales sont plus importantes que les dépenses. Pour résumer :

obligation d’État
Un instrument financier émis par les États, promettant de payer des flux d’argent à des périodes déterminées.
dette publique
La somme de toutes les obligations vendues par l’État au cours du temps pour financer le déficit, moins celles arrivées à échéance.

Les entreprises et les ménages achètent les obligations. Les ménages les détiennent souvent indirectement, car elles sont achetées par des fonds de pension auprès desquels les ménages achètent leur pension de retraite.

Lorsqu’il existe un déficit budgétaire, cela signifie que l’État doit emprunter pour combler l’écart existant entre ses recettes et ses dépenses. L’État emprunte en vendant des obligations. La vente d’obligations accroît la dette publique.

L’État doit également payer les intérêts de sa dette. Les transferts et les versements d’intérêts sont financés par les recettes publiques, mais ils ne comptent pas dans G parce que l’État ne dépense pas d’argent dans des biens et services.

Parfois, un État choisit d’augmenter les impôts ou de réduire les dépenses pendant une récession parce qu’il est préoccupé par les effets de la récession sur son solde budgétaire. Pour comprendre pourquoi, détaillons les recettes et les dépenses des administrations publiques.

Les États prélèvent des impôts principalement sous la forme d’impôt sur le revenu et d’impôt sur la consommation, souvent appelé taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou taxe sur les ventes. Ils se financent également à partir de sources diverses, dont des taxes sur des produits comme l’alcool, le tabac et l’essence, mais aussi des impôts sur la fortune, dont les droits de succession.

Les dépenses publiques incluent la santé, l’éducation, la défense, ainsi que l’investissement public tel que les routes et les écoles. Les recettes publiques sont aussi utilisées pour financer différents transferts, qui comprennent les indemnités chômage, les retraites et les pensions d’invalidité.

Si l’économie est en récession, les transferts publics, tels que les allocations chômage, augmentent tandis que les recettes fiscales diminuent, de sorte que le solde budgétaire public se détériore et pourrait devenir négatif.

La vidéo « L’élaboration du budget de l’État » montre que les choix en matière budgétaire sont étroitement liés aux prévisions de croissance économique.

Le solde budgétaire, hors paiement des intérêts de la dette, est appelé solde budgétaire primaire et est mesuré par G − T, où T représente les recettes fiscales moins les transferts. Comme nous l’avons vu précédemment, si la situation initiale est une situation de solde primaire positif, elle se détériore automatiquement en période de récession. Quand la tendance s’inverse, en phase d’expansion, l’État aura des recettes supérieures à ses dépenses, et le solde public primaire augmente.

dépression
Chute brutale et durable de la production et de l’emploi. Voir également : fluctuations économiques, crise économique.

En 1931, les estimations indiquent par exemple que la production était 20 % en deçà du niveau de plein emploi. Cela veut dire que le faible excédent budgétaire cette année-là aurait impliqué un important excédent corrigé du cycle économique, compte tenu de la baisse des recettes fiscales propre à une économie en pleine dépression.

La politique budgétaire contribua très peu à la reprise jusqu’au début des années 40. La politique monétaire prolongea quant à elle la Grande Dépression.

Les décideurs publics pendant la Grande Dépression

En avril 1932, le président Herbert Hoover s’exprima devant le Congrès pour affirmer qu’une « réduction plus importante encore des dépenses publiques » était nécessaire et il plaida en faveur d’un budget équilibré.

New Deal
Le programme du président des États-Unis Franklin Roosevelt, lancé en 1933, de travaux publics d’urgence et programmes de secours visant à employer des millions de personnes. Il établit les structures de base des programmes de protection sociale, des politiques et des réglementations du travail modernes de l’État.

Hoover fut remplacé par Franklin Delano Roosevelt en 1932, et la politique budgétaire changea. Sous la présidence de Roosevelt, le gouvernement accumula des déficits de 1932 à 1936. En 1933, Roosevelt lança des réformes de politique économique : le New Deal. Cela engagea des dépenses gouvernementales dans un certain nombre de programmes afin d’augmenter la demande agrégée. Lorsque l’économie entra en récession en 1938–1939, le déficit budgétaire diminua de son pic de 5,3 % du PIB en 1936 à 3 % en 1938. Ce fut une autre erreur qui renforça la récession. La forte hausse des dépenses militaires au début des années 40 (bien avant que les États-Unis n’entrent dans la Seconde Guerre mondiale fin 1941) contribua à la reprise.

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple ou pondéré.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur et en volume.

L’évolution du taux d’intérêt réel sur le Graphique 2.3 indique que la politique monétaire était restrictive à partir de 1925. Dès le début de la récession en 1929, le taux d’intérêt réel… augmenta, atteignant un pic de 13 % en 1932. Cette politique renforça, au lieu de compenser, la baisse de la demande agrégée. Les dépenses en biens immobiliers et biens durables étant sensibles aux variations de taux d’intérêt, elles diminuèrent fortement.

Choix politiques au cours de la Grande Dépression : le cas des États-Unis (1929–1941).

Graphique 2.3 Choix politiques au cours de la Grande Dépression : le cas des États-Unis (1929–1941).

Friedman, Milton et Anna Jacobson J. Schwartz. 1982. Monetary Trends in the United States and the United Kingdom, Their Relation to Income, Prices, and Interest Rates, 1867–1975. University of Chicago Press. Chicago. Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). Adapté de la Figure 17.8 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

étalon-or
Le système de taux de change fixe, abandonné pendant la Grande Dépression, par lequel la valeur d’une monnaie est définie en termes d’or, pour laquelle la monnaie peut être échangée. Voir également : Grande Dépression.

Les États-Unis étaient encore dans ce que l’on appelait alors le système étalon-or.1 Cela impliquait que les autorités américaines promettaient d’échanger des dollars contre une certaine quantité d’or (la promesse était de payer une once d’or pour 20,67 dollars). Sous l’étalon-or :

  1. Les autorités devaient continuer de verser de l’or contre des dollars à ce taux fixe.
  2. Si la demande pour le dollar américain diminuait, alors de l’or sortait du pays.
obligation
Un type d’actif financier où l’émetteur s’engage à payer au détenteur un montant donné dans le temps. Connu également sous le terme : obligations de sociétés.
actif
Toute chose de valeur qui est possédée. Voir également : bilan, passif.

Une grande partie de la demande des monnaies de pays différents provient des investisseurs internationaux qui souhaitent détenir et échanger des actifs financiers du monde entier. Ces investisseurs préfèrent gagner un rendement plus élevé, donc ils préfèrent des actifs avec un taux de rendement ou un taux d’intérêt important. C’est pourquoi, si la banque centrale d’un pays diminue le taux d’intérêt, la demande des obligations de ce pays diminue : les investisseurs internationaux sont moins attirés par leurs actifs financiers. Si la demande d’obligations diminue, la demande pour la monnaie pour acheter ces obligations diminue. Cela écartait la possibilité d’utiliser la politique monétaire pour contrer la récession.

limite inférieure nulle
Elle fait référence au fait que le taux d’intérêt nominal ne peut pas être négatif, fixant ainsi à zéro le plancher du taux d’intérêt nominal pouvant être fixé par la banque centrale.

Afin d’éviter toute sortie d’or, les décideurs publics étaient réticents à diminuer le taux d’intérêt au niveau du plancher zéro. Il est cependant à noter que le taux d’intérêt nominal chuta après le pic de 1929. Le taux d’intérêt réel augmenta, car les prix étaient également en train de chuter. En avril 1933, les États-Unis quittèrent l’étalon-or : le dollar fut dévalué à 35 dollars l’once d’or et le taux d’intérêt nominal fut réduit à un niveau proche du plancher zéro (voir le Graphique 2.3).

La période des années 30, caractérisée par une chute de la production et de l’emploi, mit à l’épreuve de nombreux pays. Les pays ayant abandonné l’étalon-or plus tôt dans les années 30 s’en remirent plus vite. Comme nous le verrons ultérieurement dans la Section 2.8, aux États-Unis, la politique du New Deal menée par Roosevelt permit d’accélérer la sortie de la Grande Dépression, en partie en causant une modification des anticipations.

La fin des Trente Glorieuses

Boîte à outils 4 :

Comment calculer, lire et interpréter un coefficient multiplicateur.

La période dite des « Trente Glorieuses » s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1979. Elle est appelée ainsi du fait du succès économique des années 50 et 60. Pendant les Trente Glorieuses, le taux de croissance du PIB par habitant fut 2,5 fois plus élevé comparativement aux autres périodes. Au lieu de doubler tous les 50 ans, le niveau de vie doublait tous les 20 ans. Les Trente Glorieuses s’achevèrent sur une nouvelle crise économique, très différente de la Grande Dépression.

stagflation
Une forte inflation persistante combinée à un chômage élevé dans l’économie d’un pays. Voir également : inflation, désinflation.

Les Trente Glorieuses prirent fin avec une période de « stagflation » dans les années 70. La période suivant les Trente Glorieuses fut appelée stagflation, car elle combinait un chômage et une inflation élevés. L’inflation élevée dans les années 70 et au début des années 80 alla de pair avec un chômage élevé dans de nombreux pays. En France, l’inflation atteignit un pic d’environ 12 % au milieu des années 80.

Si les prix augmentent au cours de l’année, certaines personnes dans l’économie, comme les retraités, peuvent acheter moins de biens et services à la fin de l’année qu’ils ne le pouvaient au début. Pour ces ménages, les revenus sont fixés en termes nominaux, ce qui implique qu’ils reçoivent un montant fixe de livres, de dollars ou d’euros.

Pour savoir dans quelle mesure l’inflation génère des pertes ou des gains pour une personne, il faut également savoir de quel côté du marché du crédit cette personne se trouve.

hypothèque (ou prêt hypothécaire)
Un prêt contracté par des ménages ou entreprises pour acquérir une propriété sans payer toute sa valeur en une fois. L’emprunteur rembourse le prêt augmenté des intérêts sur une période de plusieurs années. La dette est garantie par le bien lui-même, qui est désigné comme le collatéral. Voir également : collatéral.

En plus de la redistribution de revenus en provenance des créanciers (ceux qui ont des actifs) et de ceux qui ont des revenus fixés nominalement (comme les retraités) et à destination des débiteurs, l’inflation peut, dans certains cas, altérer également le bon fonctionnement de l’économie.

coûts d’étiquetage
Les ressources utilisées pour fixer et actualiser les prix.

Il n’y a aucune preuve qu’une inflation modérée est mauvaise pour l’économie, en revanche, dans un contexte inflationniste, les entreprises doivent mettre à jour leurs prix plus fréquemment qu’elles ne le souhaiteraient. Cela nécessite du temps et des ressources, identifiés sous le terme de coûts d’étiquetage. De plus, lorsque l’inflation est élevée, elle est également volatile et, par conséquent, difficile à prédire. Les grandes variations de prix créent de l’incertitude, et il est plus difficile pour les particuliers et les entreprises de prendre des décisions fondées sur les prix.

La crise financière et la Grande Récession

Comme nous le verrons ultérieurement dans la Section 2.5, la crise financière mondiale de 2008 a pris par surprise les ménages, les entreprises et les gouvernements du monde entier. Une comparaison directe entre les dix premiers mois de la Grande Dépression et la crise financière de 2008 indique que l’effondrement de la production industrielle dans le monde fut similaire (comparez janvier 1930 à janvier 2009 dans le Graphique 2.4a).

La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la production industrielle.

Graphique 2.4a La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la production industrielle.

Miguel Almunia, Agustín Bénétrix, Barry Eichengreen, Kevin H. O’Rourke, and Gisela Rua. 2010. « From Great Depression to Great Credit Crisis : Similarities, Differences and Lessons.» Economic Policy 25 (62) : pp. 219–65. Mis à jour en utilisant CPB Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis. 2015. « World Trade Monitor ». Adapté de la Figure 17.1a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

sauvetage des banques
L’État achète une participation au capital d’une banque, ou toute autre intervention pour l’empêcher de faire faillite.

Au début de la crise, les politiques de stabilisation menées par le gouvernement et la banque centrale, notamment le sauvetage des banques, permirent d’éviter une nouvelle Grande Dépression. En novembre 2008, lors du sommet du G20 à Washington, le Premier ministre britannique Gordon Brown dit aux journalistes :

Nous devons nous accorder sur l’importance de coordonner les politiques monétaires et budgétaires. Il y a urgence. En agissant maintenant, nous pouvons stimuler la croissance dans toutes nos économies. Le coût de l’inaction sera bien plus important que le coût de n’importe quelle action.

En 2008, les réponses monétaires et budgétaires furent bien plus importantes et bien plus décisives qu’en 1930, comme vous pouvez le constater sur le Graphique 2.4b et le Graphique 2.4c.

La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la politique monétaire.

Graphique 2.4b La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la politique monétaire.

Comme dans le Graphique 2.4a, mise à jour en utilisant les données de la banque centrale nationale. Adapté de la Figure 17.1b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la politique budgétaire.

Graphique 2.4c La Grande Dépression et la crise financière mondiale : la politique budgétaire.

Comme dans le Graphique 2.4a, mise à jour en utilisant : Fonds monétaire international. 2009. Perspectives de l’économie mondiale : janvier 2009 ; Fonds monétaire international. 2013. IMF Fiscal Monitor April 2013: Fiscal Adjustment in an Uncertain World, Avril 2013. Adapté de la Figure 17.1c de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

En 2009, les principales banques centrales commencèrent à diminuer rapidement leur taux d’intérêt directeur, de 2,8 % en moyenne en janvier, à 0,8 % en mai, jusqu’à un minimum de 0,5 % en décembre. Pour compenser la stagnation de l’investissement privé des entreprises, les gouvernements intervinrent à travers une politique budgétaire expansionniste. Ils introduisirent d’importantes réductions d’impôts et une augmentation des dépenses en 2008 et 2009.

Grande Récession
La récession prolongée qui fait suite à la crise financière mondiale de 2008.

La récession aurait pu être bien pire en l’absence de la réponse forte des politiques monétaire et budgétaire. S’en est néanmoins suivie une baisse durable de la production agrégée au niveau mondial, connue sous le terme de Grande Récession.

2.5 Chocs d’offre et de demande et fluctuations économiques

Il y a eu trois périodes économiques distinctes dans la période de 100 ans ayant suivi la Première Guerre mondiale : les Années folles et la Grande Dépression, les Trente Glorieuses du capitalisme et la stagflation, et enfin la Grande Modération suivie de la crise financière de 2008.

rétroaction positive (effet de)
Un processus par lequel un changement initial déclenche un processus qui amplifie le changement initial. Voir également : rétroaction négative (effet de).

Les trois mauvaises surprises qui mirent fin à ces époques sont différentes en bien des points, mais elles partagent tout de même quelques similarités : des effets de rétroaction positive ont amplifié les effets des chocs habituels qui, en d’autres circonstances, auraient été atténués. Le terme de choc est utilisé en économie pour désigner un événement inattendu.

Chocs d’offre et fluctuations économiques

Les économies connaissent des hauts et des bas. Jusqu’à présent, nous avons étudié les économies industrialisées, mais cela est tout aussi vrai des économies agraires.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur et en volume.

Le Graphique 2.5a illustre les fluctuations de la production dans l’économie britannique entre 1550 et 1700, alors qu’elle était encore largement basée sur l’agriculture. Le Graphique 2.5a montre le taux de croissance du PIB réel et des trois principaux secteurs : agriculture, industrie, services. À l’image de l’analyse du PIB en différentes composantes de la dépense, nous pouvons également décomposer le PIB en différents secteurs de production. Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 2.5a pour voir le rôle du secteur agricole dans les fluctuations du PIB.

Rôle de l’agriculture dans les fluctuations de l’économie agrégée au Royaume-Uni (1550–1700).

Graphique 2.5a Rôle de l’agriculture dans les fluctuations de l’économie agrégée au Royaume-Uni (1550–1700).

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press. Adapté de la Figure 13.9a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Croissance du PIB entre 1550 et 1700

Le graphique montre les taux de croissance du PIB réel et des trois secteurs de production à cette époque.

Graphique 2.5aa

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press.

Agriculture

Il ressort nettement de cela que le secteur agricole est beaucoup plus volatile que les autres secteurs.

Graphique 2.5ab

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press.

Industrie

À cette période, la différence moyenne de la production du secteur agricole d’une année sur l’autre était trois fois plus grande que celle du secteur industriel…

Graphique 2.5ac

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press.

Services

… et plus de dix fois plus grande que celle du secteur des services.

Graphique 2.5ad

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press.

L’agriculture, moteur des fluctuations du PIB

Entre 1552 et 1553, le secteur agricole a crû de 41 % et le PIB a augmenté de 17 %. L’année suivante, le secteur agricole s’est contracté de 16 % et l’économie a reculé de 8 %.

Graphique 2.5ae

Broadberry, Stephen et al. 2015. British Economic Growth, 1270–1870. Cambridge: Cambridge University Press.

Le Graphique 2.5b présente les taux de croissance du PIB réel et de l’agriculture en Inde depuis 1960. En 1960, l’agriculture comptait pour 43 % de l’économie indienne. Cette part a chuté, s’établissant à 17 % en 2014. En partie grâce aux techniques agricoles modernes, l’agriculture indienne n’est pas aussi volatile que l’agriculture britannique d’avant 1700. Mais elle reste tout de même deux fois plus volatile que le PIB dans son ensemble.

Le rôle de l’agriculture dans les fluctuations de la production globale en Inde (1961–2014).

Graphique 2.5b Le rôle de l’agriculture dans les fluctuations de la production globale en Inde (1961–2014).

Banque mondiale. 2015. Indicateurs de développement dans le monde. Adapté de la Figure 13.9b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Dans une économie fondée sur la production agricole, les conditions météorologiques ainsi que les guerres et les maladies expliquent pour l’essentiel les bonnes et les mauvaises années. Des aléas positifs ou négatifs frappent l’économie dans son ensemble : par exemple, une sécheresse, une épidémie, une inondation, une guerre ou un tremblement de terre frappe une région entière.

côté « offre » (économie agrégée)
Comment la main-d’œuvre et le capital sont utilisés pour produire des biens et services. Voir également : côté « demande » (économie agrégée).

Des chocs, comme un événement météorologique extrême ou une guerre, sont décrits comme des « chocs d’offre », parce qu’ils affectent la façon dont la main-d’œuvre et le capital sont utilisés pour produire des biens et services ; la main-d’œuvre et le capital représentent le « côté offre » de l’économie agrégée. Ils diffèrent des « chocs de demande », qui modifient les décisions en matière de dépenses.

Chocs de demande et fluctuations économiques

Nous avons décrit les récessions comme des périodes de croissance négative de la production. Cela signifie qu’il doit, par équivalence, exister des périodes de croissance négative de la dépense (le niveau de production ne peut décliner que si les consommateurs achètent moins qu’auparavant). Souvent l’on constate même que le niveau de production décline précisément parce que les consommateurs achètent moins.

L’indice de confiance des consommateurs que nous avons utilisé est tiré des enquêtes auprès des consommateurs, menées par l’université du Michigan. Cet indice s’appuie sur des entretiens mensuels avec 500 ménages au cours desquels ils sont interrogés sur leurs attentes quant à leur situation financière et l’économie en général à court et long terme.

côté « demande » (économie agrégée)
Comment les décisions en matière de dépenses créent de la demande pour les biens et services et, en conséquence, créent de l’emploi et de la production. Voir également : côté « offre » (économie agrégée).

Des chocs qui modifient les décisions en matière de dépenses sont décrits comme des chocs de demande, car la façon dont les décisions en matière de dépenses créent de la demande pour les biens et services et, en conséquence, créent de l’emploi et de la production représente le « côté demande » de l’économie agrégée.

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple ou pondéré.

revenu disponible
Le revenu disponible après paiement des impôts et réception des transferts de l’État.
biens durables
Biens de consommation avec une espérance de vie de plus de trois ans, comme les meubles, les automobiles ou les réfrigérateurs.

Pour illustrer cela, le Graphique 2.6 présente l’évolution aux États-Unis durant la crise financière de 2008 de trois indicateurs macroéconomiques clés : le revenu disponible, la consommation de biens durables, comme les voitures et le mobilier de maison, et la consommation de biens non durables, comme la nourriture. Le graphique montre également comment la confiance des consommateurs a varié. Toutes les séries du Graphique 2.6 sont présentées sous forme d’indices simples, avec le premier trimestre de 2008 servant de base.

Craintes et consommation des ménages aux États-Unis pendant la crise financière (T1 2008–T4 2009).

Graphique 2.6 Craintes et consommation des ménages aux États-Unis pendant la crise financière (T1 2008–T4 2009).

Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). 2015. Adapté de la Figure 14.3 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

On remarque que la baisse de la consommation de biens non durables est légèrement supérieure à celle du revenu disponible : elle a baissé de 3 % au cours de la période considérée. La chute de la consommation des biens durables est bien plus considérable que celle du revenu disponible : elle a baissé de 10 % la première année.

richesse cible
Le niveau de richesse qu’un ménage cherche à conserver, en fonction de ses objectifs économiques (ou préférences) et de ses attentes. Nous supposons que les ménages essaient de maintenir ce niveau de richesse face aux changements de leur situation économique, aussi longtemps que cela est possible.

Comment expliquer cette baisse soudaine de la consommation de biens durables ? Une explication importante est que les ménages ont en tête une richesse cible qu’ils cherchent à conserver.

richesse
Stock des choses que l’on possède, ou valeur de ce stock. Cela comprend la valeur de marché de la maison, voiture, terre, immeuble, machine ou autre bien d’équipement que l’on possède, ainsi que les actifs financiers comme les actions ou obligations. On y soustrait toutes les dettes, par exemple le prêt hypothécaire à la banque. On y ajoute les dettes que d’autres personnes ont à notre égard.
épargne
Quand la dépense de consommation est inférieure au revenu net, il y a épargne et la richesse augmente. Voir également : richesse.

Ce comportement implique que quand quelque chose a une incidence sur la richesse du ménage relativement à cette cible, il réagit soit en épargnant plus, soit en épargnant moins de sorte à ramener sa richesse à la valeur cible. Une personne (ou un ménage) épargne lorsque sa consommation est inférieure à son revenu disponible, et de ce fait sa richesse augmente. La richesse est l’accumulation de l’épargne passée et courante.

Une manière simple de se représenter la richesse est de s’imaginer la plus grande quantité que vous pourriez consommer sans emprunter, après avoir payé toutes vos dettes et récupéré tout ce qui vous était dû – par exemple, si vous vendiez votre maison, votre voiture et tout ce que vous possédez.

La notion de richesse est aussi parfois utilisée dans un sens plus large comprenant des aspects immatériels comme votre santé, vos compétences et votre capacité à gagner un revenu. Suivez les étapes de l’analyse de l’Illustration 2.1 pour voir la composition de la richesse au sens large du ménage, qui correspond à la valeur de tous ses actifs, moins sa dette (que nous supposons être l’hypothèque de la maison).

Richesse des ménages : concepts-clés.

Illustration 2.1 Richesse des ménages : concepts-clés.

Adapté de la Figure 14.7 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La richesse au sens large totale du ménage

C’est la somme des rectangles vert, bleu et orange.

Illustration 2.1a

Les ménages sont également endettés

La dette est représentée par le rectangle rouge.

Illustration 2.1b

Richesse cible

Pour le ménage représenté sur la figure, la richesse attendue au sens large (orange + vert + bleu) est égale à la richesse cible.

Illustration 2.1c

Sur l’Illustration 2.1, nous étendons le concept de richesse à la richesse au sens large, afin d’y inclure les revenus du travail futurs attendus du ménage. Durant la crise, les ménages ont soudain pris peur pour l’avenir de leurs emplois, comme l’indique la baisse brutale de l’indice de confiance des consommateurs du Graphique 2.6. Le graphique illustre la façon dont les anticipations ont eu une incidence sur la consommation et souligne le caractère exceptionnel de cet épisode. Comme nous le verrons :

épargne de précaution
Une augmentation de l’épargne pour ramener la richesse à son niveau cible. Voir également : richesse cible.

Boîte à outils 1 :

Comment calculer, lire et interpréter des proportions ou des pourcentages de répartition.

Dans le Graphique 2.7, nous pouvons voir la contribution des différentes composantes du PIB à la croissance au cours des 18 mois ayant précédé la crise de l’économie américaine, puis pour les cinq trimestres de récession suivant le début de la crise en 2008, ainsi que de la reprise économique jusqu’à la fin de 2010.

La demande agrégée et la crise financière aux États–Unis (T2 2006–T4 2010).

Graphique 2.7 La demande agrégée et la crise financière aux États–Unis (T2 2006–T4 2010).

Bureau of Economic Analysis (2018), ‘GDP and the National Income and Product Account Historical Tables’, National Data. Adapté de la Figure 17.26 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La chute de l’investissement immobilier (la barre bleue) fut la caractéristique la plus importante de l’amorce : à ce stade, c’était le seul frein à la croissance. Cette chute de l’investissement immobilier était une conséquence directe de la chute des prix de l’immobilier qui avait débuté en 2006. Une fois que les prix chutèrent, la croyance selon laquelle d’autres baisses de prix allaient suivre se répandit. Les propriétaires avec une hypothèque commencèrent à s’inquiéter du fait que des prix plus faibles pourraient les laisser avec une valeur résiduelle négative, c’est-à-dire une situation dans laquelle la valeur du logement sur le marché est plus faible que celle du prêt qu’ils doivent à la banque.

Au cours de la récession, une nouvelle baisse de l’investissement immobilier fut aggravée par une baisse de l’investissement autre qu’immobilier, ainsi que de la consommation. Les ménages cessèrent d’acheter de nouvelles maisons, et réduisirent également leurs dépenses en biens de consommation durables.

Pour comprendre pourquoi, imaginez une famille qui a mis sa maison en hypothèque. Si les prix de l’immobilier chutent, la famille va craindre que sa richesse ait baissé également. Sa réaction probable sera d’épargner davantage.

contraint par le crédit
Une description des individus qui peuvent emprunter uniquement à des conditions défavorables. Voir également : exclu du crédit.

Les variations dans la richesse des ménages ont des répercussions sur la consommation à travers un autre canal. Si la valeur de votre maison baisse, la banque sera moins encline à vous prêter, resserrant vos contraintes de crédit, ce qui pourrait réduire votre consommation.

bilan
Un enregistrement des actifs, passifs et de la valeur nette d’un acteur économique tel qu’un ménage, une banque, une entreprise ou un État.

Les banques étaient alors en grande difficulté, car elles s’étaient considérablement endettées et étaient vulnérables à toute baisse de la valeur des actifs financiers qu’elles avaient accumulés dans leurs bilans. Les valeurs de ces actifs financiers étaient fondées sur les prix de l’immobilier.

comptabilité nationale
Le système utilisé pour mesurer la production et la dépense agrégées au sein d’un pays.

L’effondrement de la banque d’investissement Lehman Brothers en septembre 2008, les inquiétudes à propos de la stabilité du système bancaire et un poids plus élevé de l’endettement des ménages causé par la baisse des prix de l’immobilier ont poussé les ménages à reporter à plus tard leurs achats de biens onéreux, comme les voitures et les réfrigérateurs. Il est important de garder à l’esprit que la consommation de biens durables peut facilement être reportée. En ce sens, il s’agit plus d’une décision d’investissement que d’une décision de consommation (bien que les biens durables soient comptabilisés en consommation dans les comptes nationaux).

Pour en savoir plus 10 :

dépenses d’investissement.

Il y eut également une chute de l’investissement. Les commandes de nouveaux équipements furent annulées et les usines durent fermer leurs portes, entraînant un licenciement massif de travailleurs. La création d’emplois s’effondra.

Question 2.1 choisissez les bonnes réponses

Le Graphique 2.5a représente le taux de croissance du PIB réel ainsi que les taux de croissance des secteurs agricole, industriel et des services entre 1550 et 1700 au Royaume-Uni.

Parmi les affirmations suivantes, lesquelles peuvent être déduites du graphique ?

  • Le taux de croissance moyen du secteur agricole était supérieur à celui du secteur des services sur la période représentée.
  • Le taux de croissance du secteur industriel était plus volatil que celui du secteur des services.
  • Le secteur agricole était la principale source des fluctuations du PIB.
  • Des contractions au sein de ces trois secteurs ont mené à la récession observée autour de 1560.
  • Cela ne peut pas être déduit de ce graphique. On peut seulement comparer le niveau des fluctuations.
  • Les pics sont plus hauts et les creux plus profonds dans le secteur industriel.
  • Les pics et creux du PIB suivent de très près ceux du secteur agricole. Le secteur industriel a en fait crû tandis que le secteur agricole se contractait.
  • Le secteur des services est resté plus ou moins constant. C’est la taille plus importante du secteur agricole qui a conduit à la contraction globale de l’économie.

Question 2.2 Choisissez la bonne réponse

Laquelle de ces propositions sur la richesse des ménages est vraie ?

  • La richesse matérielle d’un ménage est égale à sa richesse financière plus la valeur de sa maison.
  • La richesse totale au sens large est égale à la richesse matérielle plus les revenus futurs attendus.
  • Un ménage adapte son épargne de précaution en réponse à des changements de sa richesse cible.
  • Si la richesse cible du ménage est supérieure à sa richesse attendue, alors il épargnera moins et consommera plus.
  • La richesse matérielle est la valeur nette, soit la richesse financière plus la valeur de la maison moins ses dettes.
  • C’est la définition de la richesse au sens large.
  • Un ménage adapte son épargne de précaution en fonction de l’écart (positif ou négatif) entre sa richesse actuelle et sa richesse cible.
  • Si sa richesse cible est supérieure à sa richesse attendue, alors le ménage épargnera pour réduire l’écart, ce qui conduira à une réduction de sa consommation.

Question 2.3 Choisissez la bonne réponse

Le Graphique 2.7 représente la demande agrégée américaine entre le deuxième trimestre 2006 et le quatrième trimestre 2010.

En vous basant sur ces informations, laquelle des affirmations suivantes est correcte ?

  • La chute de l’investissement résidentiel fut la seule cause de la crise financière.
  • Lors de la récession, non seulement les ménages ont arrêté d’acheter de nouveaux logements et d’autres biens de consommation, mais les entreprises ont aussi arrêté d’investir.
  • Les investissements publics et autres dépenses publiques ont maintenu la croissance économique lors de la période considérée.
  • La consommation des ménages en logements et en autres biens a repris rapidement après la fin de la crise.
  • Il est impossible d’affirmer que la chute de l’investissement dans l’immobilier résidentiel a été l’unique cause de la crise. La chute elle-même était une conséquence de la chute des prix des logements qui a débuté en 2006.
  • L’investissement non résidentiel a été le seul grand contributeur, comme indiqué par la colonne verte lors de la crise.
  • La consommation et l’investissement publics ont été augmentés pour contrer la contraction économique lors de la récession, mais ils ont été réduits depuis.
  • Lors de la reprise, la consommation des ménages a augmenté, mais pas l’investissement dans les biens immobiliers.

2.6 Chocs d’offre et de demande, chômage et inflation

taux de chômage
Le nombre de personnes au chômage rapporté à la population active totale. Voir également : population active, taux d’emploi.

Économiste de formation, Helmut Schmidt fut le chancelier de l’Allemagne de l’Ouest de 1974 à 1982.

Helmut Schmidt (1918–2015) fut surnommé le « super ministre » du gouvernement du chancelier Willy Brandt en Allemagne de l’Ouest, car il était à la fois ministre de l’Économie et ministre des Finances. Lors d’un rassemblement électoral en 1972, il affirma qu’« une inflation de 5 % était plus facile à supporter qu’un taux de chômage de 5 % ».

En effet, alors que le décideur public souhaite garantir à la fois un taux de chômage et une inflation faibles, l’économie fonctionne de telle façon que lorsque le chômage diminue, l’inflation tend à augmenter. À l’inverse, lorsque l’inflation diminue, le chômage tend à augmenter. À ce titre, l’expérience de la fin des années 60 montra que l’inflation peut continuer à augmenter si le chômage est trop faible. De plus, l’économie est sujette à des chocs qui peuvent empirer à la fois l’inflation et le chômage, en limitant l’ensemble des résultats possibles.

Inflation et chômage

Pour comprendre ces processus, imaginez une économie composée de nombreuses entreprises (chacune étant détenue par un seul individu) et leurs salariés, qui sont également les consommateurs des différents biens produits par les entreprises. Afin de garder une trace de ce qui se passe dans les entreprises, nous supposons que les prix sont fixés par le service marketing et les salaires par le service des ressources humaines (RH).

rente d’emploi
La rente économique qu’un travailleur reçoit quand la valeur nette de son emploi excède la valeur nette de son alternative de second rang (c’est-à-dire être au chômage). Connu également sous le terme : coût de la perte d’emploi.

Afin de motiver les employés à travailler assidûment et bien, les entreprises doivent fixer un salaire suffisamment élevé pour que les travailleurs perçoivent une rente d’emploi. Cela signifie qu’il y a un coût à perdre son emploi : l’employé a plus à gagner à être employé qu’à se faire licencier pour cause d’effort inadéquat. Si le travailleur a de fortes chances de trouver un nouvel emploi en cas de licenciement, ce qui est le cas si le niveau de chômage dans l’économie est bas, il faut un salaire plus élevé pour le faire travailler assidûment. Pensez à la fixation du salaire comme relevant du travail du service des RH de l’entreprise.

courbe de demande
La courbe qui donne la quantité que les consommateurs achètent à chaque prix possible.
taux de marque
Le prix moins le coût marginal divisé par le prix.

En raison de la courbe de demande, lorsque les entreprises fixent le prix des biens qu’elles vendent, elles font face à un arbitrage entre vendre plus de biens et fixer un prix plus élevé. Pour déterminer le niveau auquel fixer le prix, l’entreprise trouve le taux de marque sur les coûts de production qui équilibre les gains tirés d’un prix plus élevé d’une part, et les pertes liées à des volumes de ventes plus faibles d’autre part, afin de maximiser son profit. Par exemple, si la courbe de demande est élastique, ce qui indique une forte intensité de la concurrence venant des autres entreprises, il fixera un prix plus faible. Fixer le prix revient au même que fixer la taille du taux de marque sur le coût d’embauche. Ce taux de marque maximisant le profit détermine la répartition des recettes de l’entreprise entre profits et salaires. Pensez à la fixation du prix comme relevant du travail du service marketing de l’entreprise.

Initialement, le service marketing de chaque entreprise fixe les prix sur la base du taux de marque qui maximise les profits, compte tenu du degré de concurrence sur les marchés où l’entreprise vend ses biens. Le service RH fixe quant à lui le salaire réel pour ses travailleurs (qui est le salaire nominal dans l’entreprise, divisé par le niveau des prix dans l’économie) au niveau de salaire le plus bas pour lequel les travailleurs acceptent de travailler, étant donné le niveau du chômage dans l’économie.

Afin de modéliser l’inflation, nous supposons que les services RH des entreprises fixent des salaires nominaux (par exemple, en dollars, livres ou euros) une fois par an, et que les services marketing définissent les prix tout de suite après :

  1. Le service des RH détermine le salaire le plus bas qu’il peut payer : cela ne doit pas saper la motivation des employés à travailler, et sa décision est fondée sur les prix de produits d’autres entreprises, les salaires qu’elles payent et le taux de chômage dans l’économie. C’est le salaire nominal fixé par l’entreprise. Il communique cette information au service marketing.
  2. Le service marketing fixe le prix : il est basé sur le salaire nominal de l’entreprise ainsi que la forme et la position de la courbe de demande à laquelle l’entreprise fait face. Étant donné la position de la courbe de demande qui indique le niveau de la demande agrégée, le service marketing détermine la quantité de production que l’entreprise vendra. Il communique cette information au service responsable de la production.
fonction de production
Une expression graphique ou mathématique décrivant la quantité qui peut être produite pour tout montant donné ou toute combinaison donnée de facteurs de production. La fonction décrit les différentes technologies capables de produire la même chose.

Le service chargé de la production calcule alors combien d’employés doivent être embauchés pour produire la quantité déterminée par le service marketing, sur la base de la fonction de production de l’entreprise.

Une fois que toutes les entreprises de l’économie ont pris leurs décisions de salaire et de prix (taux de marque), la production par travailleur dans l’économie est répartie entre le salaire réel qu’un employé reçoit et le profit réel que le propriétaire reçoit. Si, une fois que toutes les entreprises ont fixé leurs salaires et prix, le taux de salaire et le niveau des prix permettent la maximisation du profit des entreprises, alors il n’y aura aucune raison de changer les prix ou les salaires. À ce taux de chômage, le niveau des prix est constant (l’inflation est à zéro).

marché du travail
Dans ce marché, les employeurs proposent un salaire aux individus qui peuvent choisir de travailler pour eux. Les économistes disent que les employeurs sont du côté « demande » du marché, tandis que les employés sont du côté « offre ». Voir également : population active.

Afin de voir comment l’inflation réagit au cours d’une phase ascendante du cycle économique, nous commençons par raisonner avec une économie dont le marché du travail de l’entreprise est à l’équilibre et avec des prix constants.

Nous considérons alors une augmentation de la demande agrégée, qui réduit le chômage en dessous du niveau d’équilibre.

  1. Quand le chômage est faible, le service RH doit fixer des salaires plus élevés : le coût de la perte d’un emploi est faible et les travailleurs attendent des salaires réels plus élevés pour travailler efficacement.
  2. Des salaires plus élevés signifient des coûts plus élevés pour les entreprises : le service marketing va augmenter les prix, afin de couvrir les coûts plus élevés. Tant que les conditions de concurrence ne changent pas, la marge fixée par l’entreprise demeure également inchangée.
  3. Le niveau des prix augmentera donc : une fois que toutes les entreprises de l’économie auront fixé des prix plus élevés, l’économie se trouvera dans une situation d’inflation des salaires et des prix.
spirale salaires-prix
Elle apparaît quand une augmentation initiale des salaires dans l’économie est suivie d’une augmentation du niveau des prix, qui est suivie d’une augmentation des salaires, et ainsi de suite. Peut aussi être initiée par une augmentation initiale du niveau des prix.

Que se passe-t-il ensuite ? Nous supposons que la demande agrégée reste suffisamment élevée pour maintenir le chômage à un niveau sous l’équilibre du marché du travail. À la prochaine vague annuelle de fixation des salaires, le service RH se trouvera dans la même situation que l’année précédente : avec un taux de chômage resté faible, les salariés sont déçus de leurs salaires réels, ce qui doit conduire à une hausse des salaires nominaux. Lorsque les coûts augmentent, le service marketing augmente une fois de plus les prix. Cela s’appelle la spirale salaires-prix.

Si l’économie se trouve dans une situation de récession plutôt que d’expansion, la spirale salaires-prix agit dans le sens inverse et le niveau des prix baisse année après année.

Le message le plus important du modèle de l’inflation et du conflit pour le partage du gâteau est le suivant :

En 1972, l’inflation en Allemagne de l’Ouest était de 5,5 % (contre 5,2 % l’année précédente) et le chômage s’établissait à 0,7 % (contre 0,5 % l’année précédente). En 1975, l’inflation atteignait 5,9 % et le chômage était de 3,1 %.

écart de négociation
La différence entre, d’une part, le salaire réel que les entreprises souhaitent offrir afin de donner aux travailleurs des incitations à travailler et, d’autre part, le salaire réel qui permet aux entreprises d’obtenir la marge sur les coûts qui maximise les profits étant donné le degré de concurrence.

Lorsque l’emploi est au-dessus ou en dessous de l’équilibre sur le marché du travail, le niveau des prix augmente ou baisse. On parle alors d’écart de négociation.

Cela permet d’expliquer pourquoi, à des niveaux de chômage bas, le niveau des prix augmente non seulement au cours de l’année pendant laquelle le chômage a baissé, mais également année après année. Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la récession aux États-Unis après l’éclatement de la bulle technologique en 2001 quand, après une décennie d’expansion, le taux de croissance de l’économie américaine a ralenti.

Chocs de demande, inflation et chômage

Boîte à outils 1 :

Comment calculer, lire et interpréter des proportions ou des pourcentages de répartition.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur ou en volume.

À partir du milieu des années 90, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) furent introduites à grande échelle dans l’économie américaine. La fin de l’emballement économique à la fin des années 90, au cours de laquelle les entreprises avaient été trop optimistes quant aux profits qu’elles pouvaient obtenir en investissant dans les nouvelles technologies et avaient surestimé le besoin de nouvelles capacités dans les industries productrices des TIC, déclencha le ralentissement. Le Tableau 2.1 montre ce qui est arrivé aux États-Unis après l’éclatement de la bulle technologique.

2000 2001 2002 2003
PIB réel (variation annuelle en %) 4,1 0,9 1,8 2,8
Contribution à la variation en % du PIB Variation de l'investissement non résidentiel 1,15 −1,2 −0,66 0,69
Variation de l'investissement résidentiel −0,07 0,09 0,39 0,66
Variation des dépenses publiques 0,10 0,88 0,74 0,36
Variation des autres contributions 2,92 1,13 1,33 1,09
Taux d'intérêt nominal de la Fed (moyenne annuelle en %) 6,24 3,89 1,67 1,13
Taux de chômage (%) 4 4,47 5,8 6
Taux d'inflation (%) 3,4 2,8 1,6 2,3

Le policy mix » : politiques budgétaire et monétaire aux États-Unis après l’effondrement de la bulle technologique

Tableau 2.1 Le policy mix : politiques budgétaire et monétaire aux États-Unis après l’effondrement de la bulle technologique.

Le Tableau 2.1 montre que la contribution de l’investissement non résidentiel à la variation du PIB en pourcentage fut beaucoup plus grande que l’investissement immobilier ou les dépenses publiques en 2000. Elle baissa en 2001, tirant l’économie dans la récession. La première ligne du tableau atteste que le taux de croissance annuel du PIB réel diminua de 4,1 % à 0,9 %.

Pour étudier la façon dont les responsables politiques réagissent aux chocs de demande dans la pratique, les entrées du Tableau 2.1 illustrent la combinaison de politique budgétaire et de politique monétaire utilisée au cours de la récession américaine. Nous pouvons voir dans le Tableau 2.1 que la forte baisse des taux d’intérêt nominaux contribua à stimuler l’investissement immobilier en 2001 et 2002. Sa contribution à la croissance devint beaucoup plus importante qu’auparavant. Elle aida également la reprise des investissements hors immobilier, mais l’ajustement fut plus lent : la contribution de l’investissement non résidentiel à la croissance ne devint positive qu’en 2003.

Nous pouvons voir avec le Tableau 2.1 que l’action rapide du gouvernement et de la banque centrale contribua à stabiliser l’économie : l’inflation et la croissance du PIB reprirent rapidement après la récession. Le taux de chômage fut cependant plus lent à réagir, continuant à augmenter en 2003. En réalité, le taux de chômage des États-Unis ne retrouva jamais son niveau de 2000, ce qui suggère que l’économie américaine fonctionnait peut-être au-dessus de ses capacités durant la bulle technologique.

Les deux dernières lignes montrent que le ralentissement conduisit à la hausse du chômage et à la baisse de l’inflation, comme nous nous y attendrions à la suite d’un choc de demande négatif. De la même manière que la diminution de la demande agrégée et de l’emploi va entraîner une baisse de l’inflation, une hausse de la demande agrégée et de l’emploi va augmenter l’inflation.

Alors qu’un choc de demande négatif augmentera le chômage et diminuera l’inflation, un choc d’offre négatif pourra engendrer une augmentation simultanée du chômage et de l’inflation. Des chocs défavorables, comme une augmentation du prix du pétrole, peuvent générer un chômage et une inflation plus élevés.

Chocs d’offre, inflation et chômage

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple ou pondéré.

En 1973 survint le premier choc pétrolier. Le Graphique 2.8 représente l’évolution du taux d’inflation au cours de cette période.

Choix politiques à la fin des Trente Glorieuses : États-Unis (1960–1979).

Graphique 2.8 Choix politiques à la fin des Trente Glorieuses : États-Unis (1960–1979).

Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). Adapté de la Figure 17.28 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Que s’est-il passé ?

  1. Les Trente Glorieuses sont définies par un investissement élevé, une croissance rapide de la productivité, une croissance des salaires, ainsi qu’un chômage faible. Des années de faible chômage ont convaincu les travailleurs qu’ils n’avaient pas à avoir peur de perdre leur travail. Leurs demandes visant l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires ont conduit à une baisse du taux de profit. Les profits amputés ont contribué à une baisse de l’investissement et un ralentissement de la croissance de la productivité. Cela a notamment posé les bases d’une période combinant inflation et stagnation, qu’on appelle « stagflation ». Sous l’impact de la pression à la hausse des salaires et du choc pétrolier, l’économie s’est contractée et le chômage a commencé à augmenter. Si le chômage est suffisamment élevé, alors il y aura un écart de négociation négatif et l’inflation va baisser. Rappelez-vous que pour que l’écart de négociation soit négatif, le chômage doit augmenter au-dessus du nouveau taux de chômage plus élevé qui est compatible avec la stabilité des prix.
  2. Une entreprise typique utilise du pétrole importé dans son processus de production. Les coûts plus élevés des importations de pétrole réduisent le salaire réel maximal que peuvent obtenir les travailleurs si les entreprises veulent garder leurs marges de profit inchangées. Avec des coûts du pétrole plus élevés, les profits de l’entreprise peuvent rester inchangés seulement si les salaires réels diminuent. Au niveau de l’économie tout entière, le gâteau national qui doit être réparti entre les propriétaires et les employés devient plus petit lorsqu’il faut payer davantage pour les importations. Les entreprises augmentent leurs prix de façon à protéger leurs marges de profit lorsque le coût du pétrole importé augmente. Les entreprises dans l’économie vont se conduire ainsi, de sorte que le niveau des prix va augmenter. L’augmentation des prix satisfait les entreprises, mais la baisse des salaires réels correspondante ne satisfait pas les salariés. Ainsi, une hausse des prix du pétrole crée un écart de négociation et entraîne une spirale salaires-prix à travers son effet sur le niveau des prix.

En raison du fort pouvoir de négociation des travailleurs au début des années 70 dans la plupart des pays à haut revenu, le choc pétrolier frappa en premier lieu les employeurs via la redistribution des revenus tirés des profits vers les salaires. Aux États-Unis et dans la plupart des pays à haut revenu, les syndicats étaient suffisamment puissants pour défendre leur part du gâteau même après la hausse du prix du pétrole, et ils choisirent de le faire. Il en résulta une augmentation du taux d’inflation, comme indiqué sur le Graphique 2.8.

Les décideurs politiques étaient cependant focalisés sur les effets du choc pétrolier réduisant la demande globale et augmentant le chômage. Ils répondirent donc par un assouplissement de la politique monétaire (baisse des taux d’intérêt nominal et réel). On n’assista pas à un durcissement de la politique budgétaire. Le Graphique 2.8 illustre cette erreur politique dans le cas des États-Unis.

Une réponse politique différente suivit le deuxième choc pétrolier de 1979. L’accent était alors sur le besoin de réduire l’inflation et rétablir les profits anticipés. Au lieu de tenter de soutenir la demande globale, les décideurs politiques portèrent leur attention sur la pression à la hausse sur l’inflation créée par le choc pétrolier.

Boîte à outils 7 :

Comment lire et interpréter des représentations graphiques de séries chronologiques.

Les chocs pétroliers constituent une source majeure de perturbations macroéconomiques. Nous pouvons voir sur le Graphique 2.9 qu’il y a eu deux grandes récessions en France au cours des années 70. La multiplication par deux du prix du pétrole (en termes réels) est illustrée par une augmentation de l’indice de 10 à 20 sur le graphique en 1973.

Taux de croissance du PIB réel en France et prix au comptant du pétrole brut (1961–2016).

Graphique 2.9 Taux de croissance du PIB réel en France et prix au comptant du pétrole brut (1961–2016).

Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED), 2018. Adapté de la Figure 15.12 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Celles-ci étaient dues aux chocs pétroliers de 1973–74 et 1979–80, qui allèrent de pair avec, à la fois, une récession et une hausse de l’inflation, ces hausses ayant été telles que leur point culminant constitua un pic pour toute la période suivant la Seconde Guerre mondiale (vous pouvez voir l’effet sur l’inflation dans le Graphique 2.8 et le Graphique 2.10).

Cette tendance fut également observée dans les autres pays développés. Par exemple, après le choc pétrolier du début des années 70, l’inflation aux États-Unis passa de 6,2 % en 1973 à 9,1 % en 1975 et le chômage passa de 4,9 % à 8,5 % au même moment. De même, au cours de la même période, l’inflation en Espagne augmenta de 11,4 % à 17 % et le chômage de 2,7 % à 4,7 %. Le Graphique 2.10 résume les données sur le chômage et l’inflation dans les économies avancées de 1960 à 2013.

politiques de l’offre
Un ensemble de politiques économiques visant à améliorer le fonctionnement de l’économie en augmentant la productivité et la compétitivité internationale et en réduisant les profits après impôts et les coûts de production. Ces politiques incluent celles visant à diminuer la taxation des profits, à durcir les conditions d’obtention des allocations chômage, à changer la législation pour faciliter le licenciement et à réformer les politiques de concurrence pour réduire le pouvoir de monopole. Connu également sous le terme : réformes du côté de l’offre.

Dans les économies avancées, les décideurs politiques s’efforcèrent de recréer les conditions favorables à l’investissement et à la création d’emplois. Ces nouvelles politiques visant à traiter les causes de la crise d’offre des années 70 furent qualifiées de politiques de l’offre. Ces politiques furent étroitement associées à la Première ministre Margaret Thatcher au Royaume-Uni et au président Ronald Reagan aux États-Unis. Le Graphique 2.10 illustre le nouvel environnement politique.

Après les Trente Glorieuses : chômage et inflation dans les économies avancées (1960–2015)

Graphique 2.10 Après les Trente Glorieuses : chômage et inflation dans les économies avancées (1960–2015)

Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). Adapté de la Figure 17.16 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

désinflation
Moindre hausse du niveau général des prix (baisse du taux d’inflation), à ne pas confondre avec déflation (taux d’inflation négatif). Voir également : inflation, déflation.

Notez la forte augmentation du chômage dans les années 80 associée à une baisse de l’inflation : cela est parfois appelé le coût de la désinflation. Le chômage augmenta rapidement de 5 % à 8 % au début des années 80. C’était le prix à payer pour renouer avec les profits et les investissements et ramener à 4 % une inflation dépassant alors les 10 %. Les politiques furent plus rigoureuses, et les gouvernements étaient disposés à laisser le chômage augmenter pour réduire l’inflation. Les décideurs politiques étaient prêts à déprimer la demande globale et à tolérer un chômage élevé jusqu’à ce que l’inflation diminue.

C’est au milieu des années 90 que les effets de cette nouvelle politique de l’offre se firent sentir. Cette période jusqu’à la crise financière mondiale de 2008 fut appelée la Grande Modération, car l’inflation était faible et stable et le chômage diminuait.

Exercice 2.2 L’essor des constructions de logements

  1. Que se passe-t-il dans le cas d’un choc positif sur la demande agrégée causé par une envolée de la construction de nouveaux logements  ?
  2. À quelle réaction vous attendriez-vous de la part de la banque centrale ?

Exercice 2.3 Un choc pétrolier

  1. Expliquez le mécanisme reliant le choc pétrolier à l’inflation en utilisant un graphique.
  2. Identifiez un faisceau d’évidences (par exemple, des données ou des commentaires dans la presse économique) qui appuient l’hypothèse que vous proposez.

2.7 Cycle du crédit, demande globale et fluctuations économiques

En septembre 2000, Sir Andrew Crockett, directeur général à la Banque des règlements internationaux, dit aux superviseurs bancaires :

Il est établi que le risque augmente lors des récessions et diminue lors des périodes d’essor. En revanche, il serait plus utile de penser que le risque augmente lors des périodes de décollage économique, car les déséquilibres financiers s’accumulent, et se concrétise lors des récessions.2

Par exemple, si l’investissement d’une entreprise est réalisé par l’intermédiaire d’un endettement, cela change ses obligations financières futures. Les nouveaux investissements de l’entreprise accroissent également sa capacité de production de biens et services et modifient donc le flux de revenus attendus. L’entreprise fait donc face à un choix dans sa méthode d’investissement :

  1. Émission d’une dette de long terme : l’entreprise anticipe que les recettes seront suffisantes pour couvrir ses obligations financières à tout moment.
  2. Émission d’une dette de court terme : cette dette doit être remboursée avant que les recettes anticipées ne soient effectivement disponibles. Pour l’entreprise, cela nécessite de s’endetter à nouveau, pour pouvoir rembourser la première dette contractée.

En général, l’emprunt à long terme est bien plus coûteux, car les prêteurs demandent un taux d’intérêt plus élevé. L’emprunt à court terme est plus risqué, car l’entreprise n’est pas totalement sûre de pouvoir refinancer sa dette le moment venu. Même si l’entreprise peut la refinancer, elle peut être forcée d’emprunter à des taux élevés si l’accession au crédit est restreinte.

Le paradoxe de la tranquillité et l’hypothèse d’instabilité financière

Au cours d’une période de relative tranquillité des marchés, l’endettement de court terme est facile, et les entreprises aux pratiques financières les plus agressives (emprunter à court terme afin de financer des investissements à long terme) peuvent alors prospérer au détriment de celles qui sont plus prudentes.

Non seulement les entreprises les plus agressives se développent plus rapidement, mais elles en incitent d’autres à les imiter, ce qui a pour conséquence que les pratiques financières de l’économie sont de plus en plus spéculatives.

Cette évolution implique une hausse de la demande de refinancement de la dette à court terme et de ce fait un accroissement de la fragilité financière : une perturbation forte des marchés financiers, suivie d’une contraction du crédit ou d’un pic des taux d’intérêt à court terme, devient de plus en plus probable.

Lorsque la crise éclate, les entreprises les plus agressives souffrent de façon disproportionnée et les entreprises les plus prudentes peuvent alors prospérer. Le brusque changement dans la distribution des pratiques financières au niveau agrégé réduit alors la fragilité et pose les bases permettant au processus de repartir.

En 2007, Charles Prince, alors directeur général de Citigroup, expliquait au Financial Times les difficultés de résister à un « financement aventureux » au cours d’une période faste. « Tant que la musique continue, il faut danser », dit-il en juillet, alors que l’économie mondiale se dirigeait à toute allure vers une crise bien plus profonde que tout ce qui avait pu exister depuis la Grande Dépression, « nous continuons à danser ».

En d’autres termes, une période telle que la Grande Modération contient les germes de la prochaine crise financière. C’est un argument que l’économiste Hyman Minsky avait avancé bien avant la Grande Modération. En 1982, Minsky écrivit un ouvrage intitulé Can ‘It’ Happen Again? sur le fait que des périodes de tranquillité conduisent les entreprises à recourir à des méthodes de financement de leurs investissements plus risquées.3

Les ménages, les banques et l’essor du crédit

Prêter est risqué. Un prêt est octroyé aujourd’hui et doit être remboursé dans le futur. Entre-temps, des événements imprévus échappant au contrôle de l’emprunteur peuvent se produire.

Toutefois, les prêteurs font face à deux autres problèmes. Quand les prêts servent à des projets d’investissement, le prêteur ne peut pas être certain que l’emprunteur fera assez d’efforts pour que le projet réussisse. De plus, l’emprunteur a souvent plus d’informations que le prêteur sur la qualité du projet et ses chances d’aboutir.

Cela crée un conflit d’intérêts. Si le projet ne réussit pas parce que l’emprunteur a fait trop peu d’efforts ou parce que simplement le projet n’était pas bon en lui-même, le prêteur perd de l’argent. Si l’emprunteur avait utilisé seulement son propre argent, il est probable qu’il aurait pu être plus consciencieux, il ne se serait peut-être pas du tout lancé dans le projet.

capitaux propres
Le propre investissement d’un individu dans un projet. Cela est comptabilisé dans le bilan financier d’un individu ou d’une entreprise en tant que valeur nette.
collatéral (ou garantie)
Un bien qu’un emprunteur donne en garantie à un prêteur afin de garantir un prêt. Si l’emprunteur est incapable de rembourser son crédit comme dû, le créancier devient le propriétaire du bien.

Une réponse du prêteur à ce conflit d’intérêts est d’exiger de l’emprunteur qu’il place une partie de sa richesse dans le projet (on parle de capitaux propres). Une autre réponse classique consiste à exiger de l’emprunteur qu’il mette de côté une partie de ses biens qui seront transférés au prêteur si le prêt n’est pas remboursé (c’est ce qu’on appelle un collatéral). Dans le cas de l’immobilier, c’est assez simple à imaginer.

ratio de levier (pour des banques ou ménages)
La valeur des actifs divisée par la participation en capital dans ces actifs.

Lorsque les ménages empruntent pour acheter un logement, ils le font via un prêt garanti par des collatéraux. Dans le cadre de l’hypothèque, la banque peut prendre possession du bien immobilier si l’emprunteur ne rembourse pas son crédit. Supposez qu’une maison coûte 200 000 euros et que le ménage fasse un apport de 10 % (20 000 euros). Le ménage emprunte donc 180 000 euros. Son ratio de levier) initial, ici défini par la valeur de son actif divisée par sa participation dans la maison, est de 200/20 = 10.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

Lorsqu’une hausse des prix de l’immobilier est anticipée, il est tentant pour les ménages d’accroître leur emprunt. Supposez que la valeur de la maison augmente de 10 % pour atteindre le prix de 220 000 euros. La rentabilité des capitaux propres investis par le ménage est de 100 % (car la valeur de la participation a doublé : elle a augmenté de 20 000 euros à 40 000 euros). Les ménages, convaincus que les prix de l’immobilier vont encore augmenter, veulent augmenter leur levier : c’est de cette façon qu’ils obtiennent une rentabilité élevée.

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple ou pondéré.

Lorsque les prix de l’immobilier sont à la hausse (par exemple parce que les gens croient que les prix vont encore augmenter) cela accroît la valeur du collatéral des ménages. La majoration de la valeur du collatéral due à la hausse du prix de leur logement permet aux ménages de satisfaire leur désir d’emprunter encore plus. En utilisant ces collatéraux plus importants, les ménages peuvent augmenter leurs emprunts et monter en gamme sur le marché de l’immobilier, obtenant de meilleurs logements. Cela est illustré sur le Graphique 2.11.

Le ratio dette-revenu des ménages et les prix de l’immobilier aux États-Unis (1950–2015).

Graphique 2.11 Le ratio dette-revenu des ménages et les prix de l’immobilier aux États-Unis (1950–2015).

Réserve fédérale américaine. 2016 ‘Financial Accounts of the United States, Historical’. 10 décembre. Bureau d’analyse économique des États-Unis. Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). Adapté de la Figure 17.19 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Aux États-Unis, dans la période d’emballement, les anticipations d’une hausse des prix de l’immobilier réduisirent le risque des emprunts immobiliers pour les banques qui les émettaient. En conséquence, les banques émirent de plus en plus de prêts.

La garantie (ou le collatéral) joue un rôle très important dans le soutien à l’essor du marché immobilier. L’augmentation des emprunts, rendue possible par la hausse de la valeur de la garantie, est dépensée en biens et services ainsi qu’en logement. En retour, cela accroît de nouveau les prix de l’immobilier et soutient la bulle, parce que les banques accordent plus de prêts fondés sur une valeur supérieure des collatéraux (voir la partie gauche de l’Illustration 2.2).

Le marché du logement à la hausse et à la baisse.

Illustration 2.2 Le marché du logement à la hausse et à la baisse.

Adapté du graphique dans Shin, Hyun Song. ‘Discussion of “The Leverage Cycle” by John Geanakoplos.’ (2009). Adapté de la Figure 17.18 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

À partir de 2006, les prix de l’immobilier du marché américain commencèrent à baisser. La valeur des garanties diminue et les dépenses des ménages diminuent, entraînant une baisse des prix des logements (voir la partie droite de l’Illustration 2.2).

Suivez les étapes de l’analyse de l’Illustration 2.3 pour voir que les ménages concernés coupèrent donc fortement dans leur consommation afin de payer leurs dettes et de redresser leur situation financière.

La crise financière : essor de l’immobilier, endettement des ménages et effondrement des prix de l’immobilier.

Illustration 2.3 La crise financière : essor de l’immobilier, endettement des ménages et effondrement des prix de l’immobilier.

Adapté de la Figure 17.27 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La Grande Modération (années 80)

La colonne A illustre la situation des années 80.

Illustration 2.3a

La hausse des prix de l’immobilier (années 1990–2006)

Au cours des années 90 et surtout au début des années 2000, la hausse des prix de l’immobilier augmenta la richesse totale, de sorte que les ménages augmentèrent la consommation en augmentant leur endettement.

Illustration 2.3b

La richesse est inférieure à la cible

La hausse du chômage provoqua une réévaluation à la baisse des revenus futurs de l’emploi anticipés. La richesse nette des ménages s’est contractée.

Illustration 2.3c

La chute des prix de l’immobilier (2006–2009)

La chute des prix des maisons et des actifs, combinée à des revenus anticipés plus faibles, a réduit la richesse en dessous de la cible. Les ménages ont réduit leur consommation et augmenté leur épargne.

Illustration 2.3d

La colonne A de l’Illustration 2.3 décrit la situation des années 80. Comme nous avons pu le voir précédemment, la période courant des années 90 au milieu des années 2000 connut une hausse rapide des prix de l’immobilier. Dans l’illustration, le prix de la maison correspond à la somme du bloc bleu pour la richesse immobilière et du bloc rouge pour l’endettement (le prêt hypothécaire). La hausse des prix de l’immobilier augmenta la richesse immobilière des ménages ainsi que l’évaluation par les ménages de leur richesse, exagérée par l’anticipation que les prix immobiliers allaient continuer à augmenter. Cela eut pour effet que les ménages accrurent leur cible de richesse. Cependant, la cible de richesse n’augmenta pas autant que la richesse perçue, aussi ils empruntèrent plus pour consommer plus. Cela signifie que la richesse immobilière augmenta, mais aussi l’endettement. Le niveau d’endettement plus élevé des ménages est représenté par le rectangle d’endettement plus important dans la colonne B.

Le point de vue des ménages en 2008 et en 2009 est matérialisé par la colonne C. La hausse du chômage provoqua une réévaluation à la baisse des revenus salariés anticipés. La richesse nette des ménages se contracta, comme nous pouvons le voir dans la colonne C. Remarquez que la taille du rectangle de l’endettement n’a pas changé entre les colonnes B et C. L’effet combiné de la chute des prix des maisons et des actifs, la hausse de l’endettement pendant l’essor du marché et des anticipations plus faibles sur les revenus futurs eurent pour effet de réduire la richesse des ménages en dessous de la cible. En conséquence, les ménages réduisirent leur consommation et augmentèrent leur épargne. Cela est illustré par la colonne C par la double flèche nommée « Richesse, inférieure à la cible, menant à une hausse de l’épargne ».

Question 2.4 Choisissez la bonne réponse

Le Graphique 2.11 représente le ratio dette/revenu des ménages et le prix des biens immobiliers aux États-Unis entre 1950 et 2014. En vous basant sur ces informations, laquelle des affirmations suivantes est correcte ?

  • La valeur réelle de la dette des ménages a plus que doublé de la fin des Trente Glorieuses à sa valeur maximale, à la veille de la crise financière.
  • La causalité s’établit du prix des biens immobiliers vers la dette des ménages, c’est-à-dire que les prix plus élevés de l’immobilier encouragent une dette plus élevée, mais pas le contraire.
  • Un ratio dette/revenu supérieur à 100 signifie que le ménage est en faillite.
  • Les prêts hypothécaires à risque (subprimes) sont partiellement responsables de la hausse de la dette aux États-Unis avant la crise financière.
  • Ce n’est pas la valeur réelle mais le ratio par rapport au revenu des ménages qui a plus que doublé en 35 ans.
  • Il existe un effet de rétroaction positive dans les deux sens (l’accélérateur financier). Ainsi, non seulement des prix de l’immobilier plus élevés encouragent une dette plus élevée du fait de l’augmentation de la valeur du collatéral, mais une dette plus élevée conduit également à des prix plus élevés à travers la hausse de la demande.
  • Un ratio dette/revenu supérieur à 100 ne veut pas nécessairement dire que le ménage concerné est en faillite. Dans un environnement où le taux d’intérêt est faible, un tel niveau de dette peut être maintenu. Un ménage est en faillite si ses dettes sont supérieures à ses actifs, et non pas son revenu.
  • Une partie de la hausse de la dette des ménages aux États-Unis provenait des prêts hypothécaires consentis aux ménages qui ne pouvaient pas véritablement les rembourser.

Exercice 2.4 L’immobilier en France et en Allemagne

En France et en Allemagne, il est difficile pour un ménage d’augmenter son endettement en s’appuyant sur l’augmentation de la valeur marchande de sa maison. De plus, un apport personnel important (en pourcentage du prix de la maison) est nécessaire pour acheter une maison. Le mécanisme par lequel une hausse de la valeur du collatéral aboutit à une hausse de l’endettement et des dépenses des ménages et des entreprises est appelé l’accélérateur financier.

  1. Sur la base de cette information, quelle incidence aurait selon vous une augmentation des prix de l’immobilier en France ou en Allemagne sur les dépenses des ménages ?
  2. Aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les prêts sont plus facilement accordés grâce à une augmentation du patrimoine immobilier, et seul un faible apport personnel est demandé. Dans quelle mesure la réponse à la première question serait-elle différente si vous considériez plutôt les États-Unis ou la Grande-Bretagne ?
  3. Qu’en concluez-vous sur le rôle de l’accélérateur financier en France et en Allemagne par rapport à la Grande-Bretagne et aux États-Unis ?

2.8 Déflation, dépression économique et chômage de masse

De petites causes ont parfois des conséquences très importantes. Dans le cas d’un réseau électrique, la défaillance d’un seul maillon du réseau provoque la surcharge d’autres maillons, entraînant des coupures électriques en cascade. Les avalanches constituent un autre exemple naturel.

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple ou pondéré.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur ou en volume.

On retrouve également ce phénomène d’effet papillon (petites causes aux lourdes conséquences) en économie, par exemple lors de la crise financière mondiale de 2008 ou lors de la Grande Dépression des années 30. Le Graphique 2.12 illustre la chute de la production industrielle qui a commencé en 1929.

L’effet de la Grande Dépression sur l’économie américaine (1928–1941).

Graphique 2.12 L’effet de la Grande Dépression sur l’économie américaine (1928–1941).

Bureau du recensement des États-Unis. 2003. Statistiques historiques des États-Unis : époque coloniale – 1970, première partie. États-Unis : Bureau d’impression du gouvernement des États-Unis. Banque fédérale de réserve de Saint Louis (FRED). Adapté de la Figure 17.6 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

En 1932, la production représentait moins de 60 % du niveau de 1929. Après une période de reprise, la production chuta de nouveau de 20 % en 1937. Le chômage resta au-dessus de 10 % jusqu’en 1941, l’année où les États-Unis entrèrent dans la Seconde Guerre mondiale. Les prix à la consommation diminuèrent en même temps que le PIB de 1929 à 1933, puis demeurèrent stables jusqu’au début des années 40. De petites causes conduisent à des effets toujours plus importants, dans une spirale analogue aux pannes en série d’un réseau électrique.

L’incertitude

Tout comme le jour du feu de brousse le plus important d’Australie est maintenant appelé « samedi noir », on peut dater le début de la Grande Dépression au « jeudi noir ». Le jeudi 24 octobre 1929, l’indice boursier américain Dow Jones des valeurs industrielles s’effondra de 11 % à l’ouverture, plongeant le marché boursier américain dans le déclin pour trois ans.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

L’incertitude sur l’état de l’économie provoquée par le spectaculaire krach boursier d’octobre 1929 rendit les entreprises et les ménages plus prudents, les amenant à différer dans le temps leurs achats de machines, d’équipement et de biens de consommation durables. Le Graphique 2.13 indique les phases ascendantes et descendantes du cycle économique de 1924 à 1941.

Changements dans les composantes de la demande globale durant les périodes de hausse et de baisse (T3 1924–T4 1941).

Graphique 2.13 Changements dans les composantes de la demande globale durant les périodes de hausse et de baisse (T3 1924–T4 1941).

Annexe B dans Robert J. Gordon. 1986. The American Business Cycle: Continuity and Change. Chicago, Il : Presses de l’Université de Chicago. Adapté de la Figure 17.7 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Le fort ralentissement, du dernier trimestre 1929 au premier trimestre 1933, fut en partie causé par les fortes chutes de l’investissement des ménages et des entreprises (barre rouge) et de la consommation de biens non durables (barre verte).

La crise bancaire et l’effondrement du crédit

ruée bancaire
Une situation dans laquelle les déposants retirent leur argent d’une banque parce qu’ils ont peur qu’elle fasse faillite et ne puisse plus rembourser ses dettes (en ne remboursant pas les fonds dus aux déposants). Connu également sous le terme : panique bancaire.

Les baisses consécutives du revenu empêchèrent le remboursement des emprunts. Les épargnants commencèrent à craindre de ne plus être en mesure de récupérer leurs dépôts : ils se ruèrent au guichet pour être les premiers à retirer leur argent. On parle alors de ruée bancaire. En cas de ruée, la banque est en danger. Si tout le monde essaye de retirer ses dépôts en même temps, la banque ne sera plus en mesure de répondre aux demandes, car des prêts de long terme auront été faits et leur remboursement ne peut pas être exigé à court terme.

dérégulation financière
Politiques publiques donnant aux banques et autres institutions financières plus de liberté quant aux types d’actifs financiers qu’elles peuvent vendre, ainsi que d’autres pratiques.

Dès 1933, près de la moitié des banques américaines avaient fait faillite, ce qui réduisit considérablement l’offre de crédit. Il y eut une vague de faillites de petites banques fragiles, l’industrie étant largement dérégulée aux États-Unis. Ce système de petites banques était vulnérable à un mouvement de panique. Avec son effondrement, les ménages perdirent leurs dépôts et les petites entreprises leur accès au crédit.

Les banques qui n’avaient pas fait faillite augmentèrent les taux d’intérêt pour se protéger contre le risque, décourageant les entreprises d’investir et freinant les dépenses de consommation des ménages en automobiles, réfrigérateurs et autres biens durables. La presse appela ce phénomène un credit crunch (contraction du crédit).

Une vision pessimiste du futur

Au début de l’année 1929, comment les ménages, dont la richesse correspond à la colonne A de l’Illustration 2.4, auraient-ils interprété les nouvelles portant sur les fermetures d’usines, l’effondrement du marché boursier et les faillites bancaires ? Comment auraient-ils ajusté leurs dépenses de biens durables, de logement et de biens non durables ? L’impact d’une baisse de l’investissement sur le chômage et l’impact du krach boursier de 1929 sur les perspectives futures semèrent la peur auprès des ménages. Suivez les étapes de l’analyse de l’Illustration 2.4 pour voir qu’ils se préparèrent au pire en tentant d’épargner plus, entraînant une chute encore plus importante de la consommation.

La Grande Dépression : les ménages réduisent leur consommation pour restaurer leur richesse globale.

Illustration 2.4 La Grande Dépression : les ménages réduisent leur consommation pour restaurer leur richesse globale.

Adapté de la Figure 14.8 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Avant la Dépression

Les ménages prenaient des décisions de consommation en lien avec leurs attentes sur leur richesse nette et les gains futurs tirés du travail. Cela est reflété par le fait que la richesse totale est égale à la richesse cible.

Illustration 2.4a

La Dépression

Fin 1929, colonne B, la récession était en cours et les croyances avaient changé.

Illustration 2.4b

Épargne de précaution

La conséquence fut un écart entre la cible de richesse des ménages et leur richesse attendue. Les ménages augmentèrent alors leur épargne.

Illustration 2.4c

Les ménages devinrent également beaucoup plus pessimistes quant à leur capacité à maintenir leur niveau de dépenses, craignant le chômage et la baisse de leurs revenus dans le futur. Considérant les pertes d’emploi se produisant dans toute l’économie, les ménages révisèrent à la baisse les salaires qu’ils s’attendaient à recevoir dans le futur.

Leur évaluation de leur richesse matérielle fut également affectée par la chute des prix de l’immobilier et des actifs financiers. La baisse du prix des actifs (des actions et des maisons) réduisit la valeur de la richesse matérielle des ménages. Il en résulta un écart entre la richesse cible et la richesse attendue des ménages. Cela permet d’expliquer la baisse de la consommation des ménages qui aurait pu aider (et aurait aidé, dans le cas d’une récession ordinaire) à lisser la baisse temporaire de la demande globale. Ces ménages, à la place, augmentèrent leur épargne.

Déflation

Les prix diminuent à mesure que les biens invendus s’accumulent dans les rayons des magasins. Une baisse prolongée du niveau des prix est fâcheuse pour bon nombre de raisons qui expliquent également pourquoi l’inflation est indésirable, et pourrait même avoir des conséquences économiques encore plus dramatiques. La vidéo « Pourquoi la déflation peut-elle être dangereuse ? » explique pourquoi la déflation peut devenir dangereuse et entraîner une « crise déflationniste » si elle dure trop longtemps.

insolvable (en faillite)
Une entité est dite « insolvable » si la valeur de son actif est inférieure à celle de son passif. Voir également : solvable.

Comme les dettes étaient libellées en termes nominaux, la déflation poussa à la hausse leur valeur réelle. Comme nous l’avons vu, une augmentation du poids de la dette entraîne une baisse de la consommation, car certains des foyers touchés font des économies pour revenir à leur cible de richesse et d’autres sont confrontés à des contraintes de crédit. Les ménages arrêtèrent d’acheter des voitures et des logements, et de nombreux débiteurs devinrent insolvables, ce qui créa des problèmes à la fois pour les emprunteurs et les banques. Un cinquième des locataires et des propriétaires occupants furent en faillite.

Au cours des années 20, les ménages avaient accumulé de la dette, car ils avaient pu pour la première fois bénéficier de l’échelonnement des paiements pour acheter des biens de consommation durables. Les agriculteurs sont parmi ceux qui ont des niveaux d’endettement élevés. Les prix de leurs produits chutent, réduisant directement leurs revenus et faisant grimper le fardeau de leur dette. Ils réagissent à cela en augmentant la production, ce qui aggrave la situation en réduisant davantage les prix.

La déflation affecte la demande globale par différents canaux. Le canal le plus important opéra via l’effet de la déflation sur ceux les plus endettés.

Lorsque les prix diminuent, les gens reportent également leurs achats de biens durables (en particulier les biens onéreux, comme les réfrigérateurs, les écrans de télévision et les voitures), réduisant d’autant plus la demande globale. En cas de diminution des prix, les ménages reporteront dans le temps leur consommation, car ils anticipent que ces biens seront moins chers dans le futur.

La baisse de la consommation induira une baisse de la demande globale et de l’activité économique. Des dépenses globales plus faibles tendront à faire baisser davantage les prix et déclencheront un cercle vicieux de baisse des prix et de stagnation économique.

Changement des anticipations

Néanmoins, grâce à la politique du New Deal de Roosevelt et des signes précoces de reprise qui existaient avant son élection, les ménages et les entreprises commencèrent à penser que la baisse des prix allait s’interrompre et que l’emploi allait repartir à la hausse. L’Illustration 2.5 ajoute une troisième colonne au modèle de la richesse des ménages déjà rencontré dans l’Illustration 2.4. La colonne C montre la perspective des ménages à partir de la fin de l’année 1933.

La Grande Dépression et la reprise : les ménages diminuèrent leur consommation pour retrouver leur cible de richesse, puis l’augmentèrent à partir de 1933.

Illustration 2.5 La Grande Dépression et la reprise : les ménages réduisent leur consommation pour rétablir la richesse ciblée durant la dépression et augmenter leur consommation à partir de 1933.

Adapté de la Figure 17.9 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La production et l’emploi étaient alors en période de croissance. L’incertitude à propos du futur ayant quasiment disparu, les ménages réévaluèrent leurs prévisions de richesse (dont les revenus du travail). Ils se mirent à consommer davantage, car l’épargne supplémentaire n’était plus nécessaire. À mesure que les ménages prévoyaient un retour des revenus et des prix aux niveaux d’avant la crise, la consommation pouvait reprendre. Toute hausse de la richesse au-dessus d’un seuil souhaité grâce à l’épargne réalisée pendant la Grande Dépression (indiquée dans la colonne C par la richesse au-dessus de la cible) permet une croissance supplémentaire de la consommation.

Le long chemin de la reprise était en cours. L’économie américaine n’atteignit cependant le niveau d’emploi d’avant la Grande Dépression que lors du troisième mandat de Roosevelt et après le début de la Seconde Guerre mondiale.

Question 2.5 Choisissez la bonne réponse

Franklin Roosevelt est devenu le président des États-Unis en 1933. Après qu’il est devenu président :

  • Le déficit public fédéral a augmenté à 5,6 % du PNB en 1934.
  • Le taux d’intérêt nominal à court terme a chuté de 1,7 % en 1933 à 0,75 % en 1935.
  • L’IPC a chuté de 5,2 % en 1933 et a augmenté de 3,5 % en 1934.
  • Les États-Unis ont quitté l’étalon-or en avril 1933.
  • Le New Deal a été introduit en 1933. Il contenait des propositions pour augmenter les dépenses publiques fédérales en finançant un large panel de programmes et des réformes pour le système bancaire.

Laquelle des affirmations suivantes est correcte en ce qui concerne les années ayant suivi l’élection de Roosevelt ?

  • Un changement dans les anticipations des consommateurs de leurs revenus futurs, à cause du New Deal, aurait contribué à une extension dans la demande agrégée de l’économie.
  • La valeur du dollar américain a augmenté du fait de l’abandon de l’étalon-or et a permis de ramener le taux d’intérêt nominal à une valeur proche de zéro.
  • Le taux d’intérêt réel a augmenté après 1933.
  • La contraction budgétaire liée à la hausse du déficit public aurait contribué à la sortie de la Dépression.
  • Des anticipations plus optimistes conduisent à une hausse des dépenses des consommateurs, comme le montre l’Illustration 2.5.
  • L’abandon de l’étalon-or a permis la dévaluation du dollar américain (de 20,67 $ à 35 $ par once d’or). Il n’était plus nécessaire de garder un taux d’intérêt élevé pour maintenir le dollar à un taux plus élevé (c’est-à-dire moins de dollars par once).
  • Comme le taux d’intérêt nominal chutait, et que l’inflation est passée de négative à positive, le taux d’intérêt réel a chuté fortement (et est devenu négatif en 1934).
  • Un déficit public en hausse signifie une expansion budgétaire.

Boîte à outils 10 :

Comment lire une courbe d’offre et interpréter sa pente et ses déplacements.

Exercice 2.5 Les agriculteurs au cours de la Grande Dépression

Durant la Grande Dépression, la demande pour la production agricole chuta. Confrontés à une baisse des prix de la production agricole et un endettement élevé, les agriculteurs décidèrent d’augmenter la production. Leur réponse aurait pu être pertinente d’un point de vue individuel, mais, collectivement, cela empirera la situation. Prenez le cas de producteurs de blé et supposez qu’ils soient tous identiques. Dessinez les représentations graphiques des courbes de coût d’une ferme individuelle preneuse de prix, ainsi que de l’offre et la demande au niveau de l’ensemble du secteur pour illustrer la situation. Expliquez votre raisonnement.

2.9 Conclusion

Bien que les récessions soient caractéristiques des économies capitalistes, nous avons vu qu’il était rare qu’elles débouchent sur de longues périodes de contraction.

Les gouvernements peuvent avoir recours à la politique budgétaire pour stabiliser l’économie, mais de mauvaises politiques peuvent au contraire la déstabiliser. La politique budgétaire est difficile à ajuster et il s’agit d’un instrument peu souple. Au contraire, pour maintenir la demande agrégée proche du niveau souhaité, la banque centrale peut augmenter ou baisser le taux d’intérêt d’un petit montant, mois après mois.

Comme nous le verrons au Chapitre 3, chaque économie nationale est intégrée dans l’économie mondiale. C’est une source de chocs, qui peuvent être favorables comme défavorables, et cela impose des restrictions sur les types de politiques publiques qui peuvent être efficaces.

Notions introduites au Chapitre 2

Avant de passer à autre chose, passez en revue ces définitions :

2.10 Références bibliographiques

  1. Cheng et al. 2010. « Qu’est-ce que l’étalon-or ? », Focus n° 5, 22 novembre 2010, Banque de France. 

  2. Andrew Crockett. 2000. ”Marrying the Micro- and Macro-Prudential Dimensions of Financial Stability”, Discours à la Conférence internationale de supervision bancaire, Bâle, 20–21 septembre. 

  3. Hyman P. Minsky. 1982. Can ‘It’ Happen Again? Essays on Instability and Finance. Armonk, NY: M. E. Sharpe.