Chapitre 1 Quelles sont les sources de la croissance économique ?

1.1 Objectifs d’apprentissage

Indications complémentaires

  • L’étude de séries longues permettra de procéder à des comparaisons internationales.
  • À partir d’une présentation simple de la fonction de production, on exposera la manière dont la théorie économique analyse le processus de croissance.
  • On fera le lien entre la productivité globale des facteurs et le progrès technique et on introduira la notion de croissance endogène en montrant que l’accumulation du capital sous ses différentes formes participe à l’entretien de la croissance.
  • On mettra l’accent sur le rôle des institutions et des droits de propriété.
  • En s’appuyant sur les acquis de Première, on s’interrogera sur l’intérêt et les limites du PIB.

Acquis de Première et Notions

  • Acquis de Première : facteurs de production, production marchande et non marchande, valeur ajoutée, productivité, institutions, droits de propriété, externalités.
  • Notions : PIB, IDH, investissement, progrès technique, croissance endogène, productivité globale des facteurs, facteur travail, facteur capital.

1.2 Introduction

Au 14e siècle, l’érudit marocain Ibn Battûta décrivit la région indienne du Bengale comme une région d’une grande superficie où le riz était très abondant :

Je n’ai, en effet, jamais vu une région du monde recelant une telle abondance de provisions.1

Ibn Battûta (1304–1368) était un voyageur et marchand marocain. Ses voyages, qui se sont poursuivis durant trente ans, le conduisirent en Afrique du Nord et de l’Ouest, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et centrale et en Chine.

Il avait pourtant parcouru une grande partie du monde, voyageant à travers la Chine, l’Afrique de l’Ouest, le Moyen-Orient et l’Europe. Trois siècles plus tard, la même observation fut relatée par le diamantaire français du 17e siècle Jean-Baptiste Tavernier, qui écrivit à propos de cette région :

Même dans les plus petits villages, on peut se procurer en abondance du riz, de la farine, du beurre, du lait, des haricots et autres légumes, du sucre, des confiseries, sous forme de poudre et de liquide.2

Qu’observe-t-on aujourd’hui ? En termes d’accès à la nourriture, aux soins médicaux, au logement et aux biens de première nécessité, les Indiens sont bien mieux lotis aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a sept siècles. Cependant, au regard des comparaisons internationales, la plupart des Indiens demeurent pauvres.

1.3 Séries longues et comparaisons internationales

À l’époque des voyages d’Ibn Battûta, l’Inde n’était pas plus riche que les autres régions du monde. Mais elle n’était pas plus pauvre non plus.

Un voyageur à cette époque aurait remarqué que les personnes, en moyenne, étaient mieux loties en France, en Chine et en Angleterre qu’au Japon ou en Inde. Mais les grandes différences entre les riches et les pauvres, que le voyageur aurait remarquées partout où il se serait rendu, sautaient bien plus aux yeux que les différences entre les régions. Le Graphique 1.1a illustre cette évolution.

Boîte à outils 7 :

Comment lire et interpréter des représentations graphiques de séries chronologiques.

Dans la rubrique Boîte à outils à la fin de ce livre, nous expliquons comment lire et interpréter la plupart des données que nous utilisons. La plupart des sections indiquent une rubrique Boîte à outils. Avant de continuer, assurez-vous de maîtriser ces savoir-faire.

La crosse de hockey de l’Histoire : produit intérieur brut réel par habitant dans cinq pays (1000–2016).

Graphique 1.1a La crosse de hockey de l’Histoire : produit intérieur brut réel par habitant dans cinq pays (1000–2016).

Base de données du projet Maddison, version 2018. Bolt, Jutta, Robert Inklaar, Herman de Jong et Jan Luiten van Zanden (2018), “Rebasing ‘Maddison’: new income comparisons and the shape of long-run economic development”. Document de travail du projet Maddison, n° 10, disponible en téléchargement sur www.ggdc.net/maddison. Note : en $ de 2011. Adapté de la Figure 1.1a de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La crosse de hockey de l’Histoire

Une crosse de hockey est un bâton droit, qui se termine par un coude prenant la forme d'une courbe inclinée vers le haut.

Si vous n’avez jamais vu une crosse de hockey sur glace (ou regardé du hockey sur glace), voici pourquoi nous parlons de « courbes en forme de crosse de hockey ».

Dans le Graphique 1.1a, la hauteur de chaque ligne, rapportée sur l’axe des ordonnées, est une mesure du revenu moyen à la date rapportée sur l’axe des abscisses. Selon cette mesure, les Français sont désormais mieux lotis que les Indiens en moyenne, les Japonais sont six fois plus riches que les Indiens, et les habitants du Royaume-Uni le sont encore davantage. En revanche, les Français sont aussi riches que les Britanniques, comme ils l’étaient déjà au 18e siècle.

Il y a 1 000 ans, le monde était, d’un point de vue économique, bel et bien plat. Il existait certes des différences de revenus entre les régions du monde. Mais, comme vous pouvez le constater avec le Graphique 1.1a, ces différences étaient faibles au regard de celles qui allaient survenir.

Aujourd’hui, quand on observe les revenus, personne ne considère que le monde est plat.

Dans ce cours, vous verrez que ce type de données portant sur diverses régions du monde et leurs habitants constituent le point de départ de toute analyse économique.

Mesurer l’économie agrégée

produit intérieur brut (PIB)
Une mesure de la valeur marchande de la production de l’économie à une période donnée.

L’estimation du niveau de vie que nous avons utilisée dans le Graphique 1.1a repose sur une mesure de l’ensemble des biens et services produits dans un pays (appelée produit intérieur brut réel ou PIB réel), qui est ensuite divisée par la population du pays (PIB réel par habitant) :

Le PIB réel mesure la valeur totale de tout ce qui est produit au cours d’une période donnée, comme une année. Or, les personnes constituent leurs revenus en produisant et vendant des biens et des services, de sorte que le PIB réel par habitant correspond ici au revenu annuel moyen.

production agrégée
La production totale au sein d’une économie, agrégeant tous les secteurs et toutes les régions.

Les économistes utilisent ce que l’on appelle des agrégats pour décrire l’économie dans son ensemble (ou l’économie agrégée, c’est-à-dire simplement la somme de toutes ses composantes). Dans le Graphique 1.1a, la production agrégée (PIB) recouvre la production de l’ensemble des producteurs d’un pays, et pas seulement ceux d’une région, ou d’une entreprise ou encore d’un secteur particulier.

comptabilité nationale
Le système utilisé pour mesurer la production et la dépense agrégées au sein d’un pays.

La comptabilité nationale désigne des statistiques publiées par les bureaux nationaux de statistique, qui utilisent des informations sur le comportement individuel pour construire une image quantifiée de l’économie dans son ensemble.

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) collecte, produit, analyse et diffuse ces informations sur l’économie et la société françaises. Dans la vidéo « Dans les coulisses de l’Insee, le calcul de la croissance », des statisticiens de l’Insee expliquent comment ces informations sont recueillies et pourquoi elles sont sans cesse révisées.

Point de départ : le PIB nominal

L’économiste Diane Coyle explique que le PIB « recense tout, des clous aux brosses à dents, en passant par les tracteurs, les chaussures, les coupes de cheveux, les services de conseil de gestion, le nettoyage des rues, les cours de yoga, les assiettes, les sparadraps, les livres et les millions d’autres biens et services produits au sein de l’économie ».3

Puisqu’il est impossible d’additionner le nombre d’ordinateurs, de chaussures, de repas au restaurant, de trajets en avion, de chariots élévateurs et ainsi de suite, il n’est pas possible de mesurer la production agrégée directement.

Additionner ces millions de services et produits nécessite de trouver un étalon commun permettant de comparer, par exemple, la valeur d’une heure de yoga à celle d’une brosse à dents. En pratique, la manière la plus simple de le faire est d’utiliser leur prix. Si tout est libellé dans la même unité nominale (ou monétaire), il devient possible de tout additionner.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en valeur et en volume.

Nous aborderons la mesure du PIB et d’autres agrégats de l’économie plus en détail dans la Section 1.8.

Prendre en compte le changement des prix au cours du temps : le PIB réel

prix constants
Prix corrigés de l’augmentation des prix (inflation) ou de leur baisse (déflation) de telle sorte qu’une unité de monnaie représente toujours le même pouvoir d’achat à différentes périodes de temps. Voir également : parité pouvoir d’achat.

Pour estimer si l’économie est en croissance ou si elle ralentit, il faut disposer d’une mesure de la quantité de biens et services achetés. Il s’agit du PIB réel, qu’on appelle également PIB à prix constants.

Si l’on compare l’économie au cours de deux années différentes et si toutes les quantités restent identiques, mais que les prix augmentent, par exemple, de 2 % d’une année sur l’autre, alors le PIB nominal augmente de 2 %, mais le PIB réel demeure inchangé.

On peut en déduire que malgré des changements probables dans la composition de la production (moins de trajets en avion, mais plus d’ordinateurs vendus, par exemple), la quantité totale de biens et services produits n’a pas changé.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

En termes réels, l’économie n’a pas connu de croissance : le taux de croissance de l’économie est nul. Par taux de croissance du PIB, ou de toute autre quantité, comme la population, on entend le taux de variation.

La croissance des revenus

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 1.1b pour voir que, depuis le 18e siècle, l’amélioration du niveau de vie moyen est devenue une caractéristique permanente de la vie économique dans de nombreux pays. Le Graphique 1.1b est un graphique semi-logarithmique, qui permet une comparaison des taux de croissance entre pays et à différentes périodes.

Graphique 1.1b La crosse de hockey de l’Histoire : les niveaux de vie dans cinq pays (1000–2016) avec un graphique semi-logarithmique.

Graphique 1.1b La crosse de hockey de l’Histoire : les niveaux de vie dans cinq pays (1000–2016) avec un graphique semi-logarithmique.

Base de données du projet Maddison, version 2018. Bolt, Jutta, Robert Inklaar, Herman de Jong et Jan Luiten van Zanden (2018), “Rebasing ‘Maddison’: new income comparisons and the shape of long-run economic development”. Document de travail du projet Maddison, n° 10, disponible en téléchargement sur www.ggdc.net/maddison. Note : en $ de 2011. Total Economy Database. Adapté de la Figure 1.1b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Avant 1800, nous avons moins de points de données

Pour la période antérieure à 1800, nous avons moins d’informations sur le PIB par habitant, c’est pourquoi il y a moins de points de données sur cette partie du graphique. Avant 1800, nous ne pouvons pas observer comment les niveaux de vie ont fluctué d’année en année.

Graphique 1.1ba

Base de données du projet Maddison, version 2018. Bolt, Jutta, Robert Inklaar, Herman de Jong et Jan Luiten van Zanden (2018), “Rebasing ‘Maddison’: new income comparisons and the shape of long-run economic development” Document de travail du projet Maddison, n° 10, disponible en téléchargement sur www.ggdc.net/maddison.

Royaume-Uni

Le coude de la crosse de hockey est moins abrupt au Royaume-Uni, où la croissance a démarré autour de 1650.

Graphique 1.1bb

Japon

Au Japon, le coude est plus marqué et apparaît vers 1870.

Graphique 1.1bc

Chine et Inde

Les coudes de la Chine et de l’Inde sont apparus dans la seconde moitié du 20e siècle. Le PIB par habitant de l’Inde a en fait chuté sous l’Empire colonial britannique. C’est également vrai pour la Chine à la même époque, quand les nations européennes dominaient la politique et l’économie chinoises.

Graphique 1.1bd

Comparez les taux de croissance en Chine et au Japon

Le graphique semi-logarithmique permet de voir que les taux de croissance récents observés au Japon et en Chine ont été plus élevés qu’ailleurs.

Graphique 1.1be

Les Graphiques 1.1a et 1.1b nous enseignent deux choses.

La première est que, pendant très longtemps, les niveaux de vie n’ont pas augmenté de façon soutenue. La seconde est que lorsqu’une croissance soutenue s’est installée, pour de nombreux pays ce fut à différents moments, ce qui a engendré des différences substantielles de niveaux de vie dans le monde.

Ce décalage a engendré des différences substantielles de niveaux de vie dans le monde. Dans la vidéo « 200 pays, 200 années, 4 minutes » (en anglais), Hans Rosling, un statisticien, met en évidence de façon décapante comment certains pays sont devenus plus riches et ont accédé à un niveau de santé élevé beaucoup plus tôt que d’autres.

Dans certaines économies, il a fallu attendre qu’elles accèdent à l’indépendance ou s’affranchissent de l’influence des nations européennes avant de constater des améliorations substantielles du niveau de vie.

Ainsi, selon Angus Deaton, un économiste spécialiste des questions de pauvreté, quand les trois cents ans de domination britannique sur l’Inde ont pris fin en 1947, il est possible que la pauvreté infantile en Inde fût « parmi les plus sévères de l’histoire de l’Humanité ». Durant les dernières années de la domination britannique, un enfant né en Inde avait une espérance de vie de 27 ans. Un demi-siècle plus tard, l’espérance de vie à la naissance en Inde était passée à 65 ans.4

Boîte à outils 4 :

Comment calculer, lire et interpréter un coefficient multiplicateur.

De même, par le passé, la Chine fut plus riche que le Royaume-Uni, mais au milieu du 20e siècle, le PIB par habitant du Royaume-Uni correspondait à plus de 15 fois celui de la Chine.

Enfin, dans la plupart des pays latino-américains, ni la domination coloniale espagnole ni ses conséquences dans le sillage du mouvement d’indépendance intervenu au début du 19e siècle n’ont engendré une évolution des niveaux de vie en forme de « coude », comme celle que connurent les pays des Graphiques 1.1a et 1.1b.

Pour en savoir plus :

Les grands économistes – Adam Smith.

Comprendre les déterminants de ce « coude » est devenu un enjeu fondamental pour les économistes, à commencer par le fondateur de la discipline, Adam Smith, qui intitula son ouvrage le plus important, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.

Pour cela, ils construisent des modèles, c’est-à-dire des représentations simplifiées qui nous aident à comprendre ce qui se passe en se concentrant sur ce qui est important.

1.4 Le processus de croissance et la théorie économique

De remarquables avancées scientifiques et technologiques ont eu lieu à peu près en même temps que le coude observé pour le Royaume-Uni au milieu du 18e siècle.

Révolution industrielle
Une vague d’avancées technologiques et de changements organisationnels qui a commencé en Grande-Bretagne au 18e siècle, et qui a transformé une économie basée sur l’agriculture et l’artisanat en une économie du commerce et de l’industrie.

De nouvelles technologies majeures furent introduites dans les domaines du textile, de l’énergie et des transports. Leur caractère cumulatif leur a valu le titre de Révolution industrielle.

(côté) « demande »
Le côté d’un marché au sein duquel les participants sont disposés à offrir de l’argent afin d’acquérir un bien ou un service (par exemple, les consommateurs qui achètent du pain). Voir également : côté « offre ».
technologie
Un procédé transformant un ensemble de matériaux et d’autres facteurs de production, y compris la force de travail et les machines, en production.

Dans le textile, les inventions les plus célèbres concernèrent la filature (activité traditionnellement effectuée par les femmes) et le tissage (traditionnellement effectué par les hommes). En 1733, John Kay inventa la navette volante, qui augmenta considérablement la quantité qu’un tisserand pouvait produire en une heure. Cela provoqua une augmentation de la demande en fil utilisé pour le tissage, à tel point qu’il devint difficile pour les fileuses d’en produire des quantités suffisantes avec la technologie de l’époque, le rouet. La machine à filer de James Hargreaves, développée en 1764, apporta une réponse à ce problème.

progrès technique
Un changement de technologie qui réduit la quantité de ressources (travail, machines, terres, énergie, temps) requises pour produire une quantité donnée de production. Voir également : productivité globale des facteurs.

Les progrès techniques furent également notables dans d’autres domaines. La machine à vapeur de James Watt, développée alors qu’Adam Smith publiait Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, est un exemple typique.

technologies à usage général
Avancées technologiques ayant des applications à de nombreux secteurs, qui peuvent rapidement être améliorées et engendrent d’autres innovations. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) et l’électricité sont deux exemples classiques.

Ces machines furent progressivement améliorées sur une longue période et finirent par se généraliser dans toute l’industrie : non seulement dans le secteur minier où la première machine à vapeur actionnait des pompes à eau, mais aussi dans le textile et dans d’autres secteurs manufacturiers, ainsi que dans les transports ferroviaire et maritime. Elles constituent des exemples de ce qu’on appelle une innovation ou une technologie à usage général, comme l’ordinateur l’a été au cours des dernières décennies.

Jusqu’en 1800, des techniques artisanales traditionnelles, utilisant des compétences transmises de génération en génération, étaient utilisées dans la plupart des procédés de production.

La nouvelle ère apporta de nouvelles idées, de nouvelles découvertes, de nouvelles méthodes et de nouvelles machines, rendant obsolètes les anciennes idées et les anciens outils. Ces nouveautés devinrent elles-mêmes obsolètes à mesure que des méthodes plus innovantes apparurent.

Ces bouleversements ont marqué le début d’une révolution technologique permanente, car le temps nécessaire à la production de la plupart des biens n’a cessé de diminuer de génération en génération.

biens d’équipement
L’ensemble des équipements, bâtiments, matières premières et autres facteurs de productions utilisés dans la production de biens et de services, incluant, le cas échéant, les brevets, ainsi que tout autre type de propriété intellectuelle utilisé. Connu également sous le terme : facteur capital.

Le progrès technique a joué un rôle crucial pour empêcher les « rendements décroissants » de mettre un terme à l’amélioration à long terme du niveau de vie, obtenue grâce à l’accumulation de biens d’équipement (machines, équipement et structures).

Pour comprendre ce que cela signifie, imaginons une société agraire qui ne produit qu’un seul bien, des céréales. Supposons que la production de céréales soit un processus très simple – elle nécessite seulement le travail du fermier sur la terre. En d’autres termes, nous ignorons que la production de céréales nécessite également des outils pour bêcher, des moissonneuses-batteuses, des silos et d’autres types de bâtiments et d’équipements.

facteurs de production
Le travail, les machines et équipements (souvent désignés par le capital), les terres et les autres facteurs de production. Voir également : facteur travail, facteur capital.

Le travail et la terre (et les autres intrans que nous ignorons) sont appelés des facteurs de production, ce qui signifie qu’ils sont des intrans dans le processus de production. Dans le langage courant, la « technologie » fait référence aux machines, équipements et outils développés grâce au savoir scientifique. En économie, la technologie est un processus qui transforme un ensemble de matériaux et d’autres facteurs de production (incluant la main-d’œuvre et les machines) et crée un produit.

ceteris paribus
Les économistes simplifient souvent l’analyse en mettant de côté certains aspects considérés comme ayant moins d’importance par rapport à la question qui les intéresse. La signification littérale de l’expression est « toutes choses égales par ailleurs ». Dans un modèle économique, elle signifie que l’analyse « garde les autres facteurs inchangés ».

Pour simplifier davantage, nous faisons une autre hypothèse ceteris paribus : il existe une quantité fixe de terres disponibles, de qualité uniforme. Nous imaginons que la terre est répartie entre 800 fermes. Dans chaque ferme ne travaille qu’un seul fermier. Chaque fermier travaille le même nombre d’heures au cours de l’année. Ensemble, ces 800 fermiers produisent un total de 500 000 kilos de céréales.

facteur travail
Main-d’œuvre utilisée dans le cadre de la production de biens ou de services. Voir également : facteurs de production, facteur capital.

Le cas échéant, nous gardons constants tous les autres facteurs de production, y compris la terre, de sorte que nous considérons uniquement comment la quantité produite varie avec la quantité de facteur travail.

Le Tableau 1.1 liste des quantités de travail associées à des quantités de céréales produites. Il indique la quantité produite pour n’importe quel nombre de fermiers travaillant une quantité limitée de terres.

productivité moyenne
Quantité totale produite divisée par un facteur de production particulier, par exemple par travailleur (divisée par le nombre de travailleurs) ou par travailleur et par heure (production totale divisée par le nombre total d’heures de travail).

Dans la troisième colonne, nous avons calculé le rendement moyen du travail. La productivité moyenne du travail d’un fermier est :

Facteur travail
(nombre de travailleurs)
Production de céréales
(kg)
Productivité moyenne du travail
(kg/travailleur)
200 200 000 1 000
400 330 000 825
600 420 000 700
800 500 000 625
1 000 570 000 570
1 200 630 000 525
1 400 684 000 490
1 600 732 000 490
1 800 774 000 458
2 000 810 000 405
2 200 840 000 382
2 400 864 000 360
2 600 882 000 340
2 800 894 000 319
3 000 900 000 300

Valeurs constatées de la fonction de production d’un fermier : décroissance de la productivité moyenne du travail.

Tableau 1.1 Valeurs constatées de la fonction de production d’un fermier : décroissance de la productivité moyenne du travail.

Nous appelons cela une fonction de production, car une fonction est une relation entre deux quantités (des facteurs de production et une quantité produite ici), qui peut être exprimée mathématiquement sous la forme :

On dit que « Y est une fonction de X ». Ici, X est la quantité de travail consacrée à la culture des terres. Y est la quantité de céréales produite par ce facteur de production. La fonction f(X) décrit la relation entre X et Y.

Notre fonction de production des céréales est hypothétique, mais, sous deux aspects, elle repose sur des hypothèses plausibles s’agissant de la manière dont la quantité produite dépend du nombre de fermiers.

Le travail, combiné avec la terre, est productif. Cela n’est pas surprenant. Plus il y a de fermiers, plus la quantité de céréales produite est importante, au moins jusqu’à un certain point (3 000 fermiers ici). Quand il y a davantage de fermiers travaillant la terre, la productivité moyenne du travail baisse.

La décroissance de la productivité moyenne du travail

Dans le Graphique 1.2, nous dessinons la fonction, en supposant que la relation est vraie pour tous les fermiers et les montants produits de céréales (et pas seulement les quantités listées dans le tableau).

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 1.2 pour voir comment la productivité moyenne du travail chute à mesure de l’accroissement de la main-d’œuvre.

Fonction de production d’un fermier : décroissance de la productivité moyenne du travail.

Graphique 1.2 Fonction de production d’un fermier : décroissance de la productivité moyenne du travail.

Adapté de la Figure 2.14b de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La fonction de production du fermier

La fonction de production montre la relation entre le nombre de fermiers travaillant la terre et la quantité de céréales récoltée à la fin de la saison.

Graphique 1.2a

Production avec 800 fermiers

Le point A de la fonction de production représente la quantité de céréales produite par 800 fermiers.

Graphique 1.2b

Production avec 1 600 fermiers

Le point B de la fonction de production représente la quantité de céréales produite par 1 600 fermiers.

Graphique 1.2c

La production moyenne diminue

Au point A, la productivité moyenne du travail est 500 000 ÷ 800 = 625 kg de céréales par fermier. Au point B, la productivité moyenne du travail est 732 000 ÷ 1 600 = 458 kg de céréales par fermier.

Graphique 1.2d

La pente de la corde représente la productivité moyenne

La pente de la corde partant de l’origine et passant par le point B situé sur la fonction de production représente la productivité moyenne du travail au point B. La pente est de 458, ce qui signifie que la productivité moyenne est de 458 kg par fermier lorsque 1 600 fermiers travaillent la terre.

Graphique 1.2e

La pente de la corde en A est plus pentue que celle en B

La pente de la corde entre l’origine et le point A est plus forte que celle menant à B. Lorsque seulement 800 fermiers travaillent la terre, la productivité moyenne du travail est plus élevée. La pente est de 625, ce qui correspond à la productivité moyenne de 625 kg par fermier, calculée précédemment.

Graphique 1.2f

facteur capital
L’équipement, les bâtiments, les matières premières et les autres outils utilisés pour la production de biens et de services, y compris, le cas échéant, les brevets ou autres propriétés intellectuelles utilisés. Connu également sous le terme : biens d’équipement. Voir également : facteurs de production, facteur travail.
intensité en capital (de la production)
La quantité de biens d’équipement par travailleur.
productivité du travail
Quantité totale produite divisée par le nombre d’heures ou une autre mesure du facteur travail.

La décroissance de la productivité marginale du capital

Nous introduisons maintenant le facteur capital (machines, équipement et structures) de manière explicite dans la fonction de production.

L’axe des abscisses du Graphique 1.3a représente la quantité de biens d’équipement par travailleur. C’est une mesure de ce qu’on appelle l’intensité capitalistique de la production. L’axe des ordonnées représente la production par travailleur, également appelée productivité du travail.

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 1.3a pour voir qu’au fur et à mesure que le travailleur utilise davantage de biens d’équipement, la production augmente, mais à un rythme décroissant.

Fonction de production d’une économie : décroissance de la productivité marginale du capital.

Graphique 1.3a Fonction de production d’une économie : décroissance de la productivité marginale du capital.

Adapté de la Figure 16.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La productivité marginale du capital

La section agrandie au point A vous montre comment la productivité marginale du capital est calculée : c’est la pente de la tangente à la fonction de production au point A.

Graphique 1.3aa

Intensité capitalistique plus élevée

La productivité marginale du capital baisse à mesure que nous nous déplaçons le long de la fonction de production vers une plus forte intensité capitalistique.

Graphique 1.3ab

Rendements décroissants du capital

La fonction de production est caractérisée par des rendements décroissants du capital.

Graphique 1.3ac

La pente de la fonction de production pour tout niveau de capital par travailleur correspond à la productivité marginale du capital. Elle montre l’augmentation de la production en réponse à l’augmentation d’une unité de biens d’équipement par travailleur.

La loupe au point A sur le Graphique 1.3a montre comment est calculée la productivité marginale du capital : notez que Y/travailleur désigne la production par travailleur, et la productivité marginale du capital (PmC) est ΔYK. La productivité marginale du capital, pour chaque niveau de capital par travailleur, est la pente de la tangente à la fonction de production en ce point.

Nous pouvons voir sur le Graphique 1.3a que la productivité marginale du capital est décroissante au fur et à mesure que l’on se déplace le long de la fonction de production. Cela signifie que, avec une augmentation de la quantité des biens d’équipement, ces derniers connaissent des rendements marginaux décroissants. À partir d’un certain niveau, la productivité marginale du capital devient si faible que cela ne vaut plus la peine d’investir.

Charlie Chaplin a montré dans son film de 1936 Les Temps modernes qu’il y a une limite au nombre de machines qu’un ouvrier peut utiliser.

Le progrès technique et le niveau de vie

Une croissance économique pérenne nécessite du progrès technique afin d’augmenter la productivité marginale du capital.

investissement
Dépense dans des biens d’équipement nouvellement produits (machines et équipements) et dans des bâtiments, y compris de nouveaux logements.

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 1.3b pour voir comment cela fait pivoter la fonction de production vers le haut et rend l’investissement domestique plus rentable, ce qui conduit à une intensité capitalistique plus élevée. La combinaison du changement technologique et de l’investissement en capital fait augmenter la production par travailleur.

La fonction de production de l’économie et le progrès technique.

Graphique 1.3b La fonction de production de l’économie et le progrès technique.

Adapté de la Figure 16.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Progrès technique

Cela fait pivoter vers le haut la fonction de production.

Graphique 1.3ba

La fonction de production initiale

Au point B sur la fonction de production initiale, le capital par travailleur et la production par travailleur sont respectivement 20 000 € et 15 000 €.

Graphique 1.3bb

Après le progrès technique

Considérez le point C sur la nouvelle fonction de production (après progrès technologique) : le capital par travailleur a augmenté, passant à 30 000 €, tout comme la production par travailleur, à 22 500 €.

Graphique 1.3bc

La pente de la fonction de production

Nous avons choisi le point C de sorte que la pente de la fonction de production, c’est-à-dire la productivité marginale du capital, soit la même qu’en B.

Graphique 1.3bd

Question 1.1 Choisissez les bonnes réponses

Regardez de nouveau le Graphique 1.2 qui décrit la fonction de production de céréales des fermiers dans des conditions de culture comparables à la moyenne avec la technologie actuellement disponible.

Nous pouvons vérifier que :

  • Dans une année marquée par des conditions météorologiques exceptionnellement bonnes, la courbe de la fonction de production sera plus élevée et parallèle à la courbe du Graphique 1.2.
  • Une découverte de nouvelles graines de céréales à haut rendement entraînerait une inclinaison de la fonction de production, qui pivoterait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre à partir de l’origine.
  • Pendant une année de sécheresse, la courbe de production pourra être décroissante quand le nombre de fermiers sera grand.
  • S’il existe une limite supérieure à la quantité de céréales pouvant être produite, la courbe finira par être horizontale quand le nombre de fermiers est grand.
  • En l’absence de fermiers, il n’y a pas de production. Par conséquent, toutes les courbes doivent commencer à l’origine, et ne peuvent pas se déplacer vers le haut ou vers le bas de manière parallèle.
  • Une telle découverte augmenterait les kilogrammes de céréales produits pour un nombre donné de fermiers (sauf pour zéro) ; ceci peut être représenté graphiquement comme un pivot de la courbe de la fonction de production, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
  • Une courbe décroissante représente une diminution de la production à mesure que le nombre de fermiers augmente. Cela serait le cas uniquement si des travailleurs supplémentaires avaient des effets négatifs sur la productivité des travailleurs existants, hypothèse que nous écartons normalement.
  • Une limite supérieure implique que les fermiers supplémentaires ne produiraient pas de kilogrammes supplémentaires de céréales ; ce qui serait représenté graphiquement par une fonction de production plate après la limite supérieure.

1.5 Le progrès technique et la productivité globale des facteurs

Récemment, des historiens de l’économie ont fait des progrès dans la quantification de la croissance économique sur le très long terme. Leur travail a permis de clarifier ce qui s’est passé, et cela nous aide à en étudier les causes.

Suivez les étapes de l’analyse du Graphique 1.4 pour comprendre la façon dont le progrès technique et l’accumulation du capital ont façonné le monde. Le Graphique 1.4 présente le capital par travailleur sur l’axe des abscisses et la production par travailleur sur l’axe des ordonnées.

Trajectoires de croissance à long terme d’un ensemble d’économies.

Graphique 1.4 Trajectoires de croissance à long terme d’un ensemble d’économies.

Adapté de la Figure 16.3 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Le Japon, Taïwan et l’Inde

Les trajectoires du Japon, de Taïwan et de l’Inde montrent que se déplacer le long de la courbe du niveau de vie en forme de crosse de hockey nécessite l’accumulation de capital et l’adoption de nouvelles technologies.

Graphique 1.4a

Royaume-Uni

La série commence en 1760 au coin inférieur du graphique et s’achève en 1990 avec une intensité capitalistique et une productivité bien plus élevées.

Graphique 1.4b

PIB par travailleur

L’insert en bas à droite présente les mêmes données dans la représentation familière du PIB par travailleur avec la courbe en crosse de hockey, en utilisant un graphique semi-logarithmique.

Graphique 1.4c

États-Unis

La productivité américaine dépassa celle du Royaume-Uni en 1910 et demeura plus élevée depuis lors.

Graphique 1.4d

Nous nous concentrons sur les pays qui ont été les chefs de file technologiques. Le Royaume-Uni l’a été à partir de la Révolution industrielle et jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, cédant alors la première place aux États-Unis.

Boîte à outils 8 :

Comment calculer, lire et interpréter une évolution en volume et en valeur.

Le Graphique 1.4 montre que les pays qui sont riches aujourd’hui ont vu leur productivité du travail augmenter au cours du temps à mesure qu’ils utilisaient de plus en plus de capital. Par exemple, si nous nous intéressons aux États-Unis, le capital par travailleur (mesuré en dollars américains de 1985) a augmenté de 4 325 $ en 1880 à 14 407 $ en 1953, puis à 34 705 $ en 1990. Parallèlement à cette augmentation de l’intensité capitalistique, la productivité américaine du travail a augmenté de 7 400 $ en 1880 à 21 610 $ en 1953 et 36 771 $ en 1990.

Considérez le Japon, Taïwan et l’Inde, représentés sur le Graphique 1.4. Remarquez que, dès 1990, le capital par travailleur au Japon était non seulement plus élevé que celui des États-Unis, mais aussi presque deux fois plus élevé que celui du Royaume-Uni. Le Japon avait atteint ce niveau en deux fois moins de temps que le Royaume-Uni. Taïwan en 1990 avait également une intensité capitalistique plus élevée que le Royaume-Uni. L’avance des États-Unis en termes de production de masse et d’industries scientifiques s’est érodée à mesure que d’autres pays ont investi en éducation et adopté les techniques managériales américaines.5

Nous pouvons maintenant examiner le chemin parcouru au cours du temps par le Royaume-Uni et les États-Unis.

Nous nous intéressons d’abord au Royaume-Uni : la série de données commence en 1760 (au bas du graphique) et prend fin en 1990 avec une intensité capitalistique et une productivité bien plus élevées. L’insert en bas à droite représente les mêmes points dans le graphique, désormais familier, du PIB par habitant en forme de crosse de hockey. À mesure que le Royaume-Uni se déplaçait au cours du temps vers le haut de la crosse de hockey, l’intensité capitalistique et la productivité augmentaient toutes deux.

Aux États-Unis, la productivité a dépassé celle du Royaume-Uni à partir de 1910 et est demeurée plus élevée depuis. En 1990, les États-Unis avaient une productivité et une intensité capitalistique plus élevées que celles du Royaume-Uni.

L’interprétation du Graphique 1.4, en utilisant le modèle de la fonction de production du Graphique 1.5, suggère que les pays ont adopté des méthodes de production à plus forte intensité capitalistique au fur et à mesure qu’ils devenaient plus riches. Cependant, alors que le Japon et Taïwan ont tous les deux connu un progrès technique conséquent, le fait que leur production par travailleur soit restée en dessous des niveaux américain et britannique indique qu’ils sont restés sur une fonction de production plus basse.

La fonction de production de l’économie et le progrès technique

Graphique 1.5 La fonction de production de l’économie et le progrès technique

Adapté de la Figure 16.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Sur le Graphique 1.5, vous pouvez également voir une droite bleue en pointillés passant par l’origine et par les deux fonctions de production de l’ancienne et nouvelle technologie. La pente de cette droite nous donne le volume de production par unité de biens d’équipement au point où elle coupe la fonction de production : c’est la quantité produite par travailleur divisée par les biens d’équipement par travailleur. En observant le graphique, on remarque que les points B et C sur les deux fonctions de production ont le même niveau de production par unité de biens d’équipement.

En observant le Graphique 1.4, il apparaît clairement que les trajectoires historiques de ces économies ne sont pas incurvées comme la fonction de production unique du Graphique 1.5. Cela tient au fait qu’elles ont connu une combinaison d’accumulation du capital et de progrès technique.

Les économies performantes empruntent des trajectoires similaires au déplacement représenté par la droite bleue en pointillés entre les points B et C du Graphique 1.5 : le recours croissant aux machines et autres biens d’équipement dans le processus de production ainsi que le progrès technique rendu possible par l’accroissement des connaissances ont constitué le socle de l’amélioration du niveau de vie à long terme.

L’équation ci-dessous montre comment la croissance du PIB peut être décomposée selon les contributions de chaque facteur de production.

Boîte à outils 5 :

Comment calculer, lire et interpréter un taux de variation.

On observe que la contribution de chaque facteur à la croissance du PIB dépend à la fois de la part de ce facteur dans le PIB et de sa croissance au cours de la période précédente.

productivité globale des facteurs (PGF)
Un indicateur de l’efficacité de la combinaison des facteurs de production, évaluée par le rapport entre la quantité produite et la quantité des facteurs de production utilisée. Elle est souvent utilisée par les économistes comme une mesure du progrès technique. Voir également : progrès technique.

La variation de la productivité globale des facteurs (PGF) correspond à un « résidu », c’est-à-dire à la part de la croissance du PIB qui n’est pas expliquée par l’évolution des facteurs travail et capital. En effet, si les facteurs travail et capital ne varient pas entre deux périodes, la moindre variation de la production témoigne d’une variation de la PGF. La PGF est un indicateur de l’efficacité globale avec laquelle les facteurs travail et capital sont simultanément utilisés dans le processus de production.

taylorisme
Innovation dans la gestion qui a pour but de réduire le coût du travail, par exemple en divisant les emplois qualifiés en plusieurs tâches demandant peu de qualification dans l’optique de diminuer les salaires.

Une innovation technique peut ainsi faire référence à de nouvelles méthodes d’organisation du travail. Rappelez-vous qu’une technologie est un ensemble d’instructions permettant de combiner des facteurs de production pour fabriquer un produit. La révolution managériale du début du 20e siècle, appelée le taylorisme, en est une bonne illustration : la main-d’œuvre et les biens d’équipement furent réorganisés en un processus rationalisé avec de nouveaux systèmes de supervision pour augmenter l’effort des travailleurs. Depuis plus récemment, la révolution des technologies de l’information permet désormais à un ingénieur d’être connecté avec des milliers d’autres ingénieurs et de machines partout dans le monde. Cette révolution fait ainsi pivoter vers le haut la fonction de production, augmentant sa pente pour chaque niveau de capital par travailleur.

exogène
Qui vient de l’extérieur du modèle plutôt que résultant des mécanismes du modèle lui-même. Voir également : endogène.
endogène
Résultant des relations d’un modèle, plutôt qu’en provenance de l’extérieur du modèle. Voir également : exogène.

Cette révolution est dite « exogène », car le modèle n’explique pas pourquoi elle s’est produite : le modèle explique ses conséquences, mais pas ses causes. L’opposé d’exogène est « endogène », ce qui signifie « provenant de l’intérieur » et résultant du fonctionnement du modèle lui-même.

Question 1.2 Choisissez la bonne réponse

Le graphique suivant représente la fonction de production d’une économie avant et après un progrès technologique :

Adapté de la Figure 16.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

En vous appuyant sur ces informations, laquelle des affirmations suivantes est correcte ?

  • La productivité moyenne du capital en B est de 20 000 / 15 000 = 1,33.
  • La productivité marginale du capital en A est de (22 500 – 15 000) / (30 000 – 20 000) = 0,75.
  • La concavité de la fonction de production indique des rendements décroissants du capital.
  • Consécutivement à un progrès technologique, la productivité marginale du capital augmente, mais la productivité moyenne du capital reste la même pour un niveau donné de capital par travailleur.
  • La productivité moyenne du capital en B est de 15 000 / 20 000 = 0,75.
  • La productivité marginale du capital en A est égale à la pente de la fonction de production en ce point.
  • Cela signifie que la pente devient moins forte à mesure que l’on se déplace vers la droite.
  • Sur le graphique, les points A et B ont la même productivité moyenne du capital. En revanche, le niveau de capital par travailleur y diffère. Pour un niveau donné de capital par travailleur, les productivités moyenne et marginale du capital augmentent toutes deux avec le progrès technologique.

1.6 La notion de croissance endogène

croissance endogène
Champ des sciences économiques contemporaines apparu dans les années 80, visant à élucider les choix des acteurs privés et publics qui déterminent la productivité globale des facteurs. Voir également : productivité globale des facteurs, progrès technique.

L’expression « croissance endogène » désigne un grand ensemble de théories et d’études économiques apparues dans les années 80, qui essaient de montrer les choix des acteurs privés et publics qui font varier le taux de croissance de la PGF d’un pays à l’autre.6

La PGF est souvent assimilée au progrès technique même si elle représente plus largement toutes les sources de croissance non prises en compte par les deux premiers facteurs de production.

innovation
Le processus d’invention et de diffusion dans son ensemble.
innovation de procédé
Une innovation qui permet à un bien ou service d’être produit à un coût moins élevé que ses concurrents.
innovation de produit
Une innovation qui produit un nouveau bien ou service à un coût qui attirera des acheteurs.

Ainsi, une innovation efficace peut contribuer à augmenter les niveaux de vie, en réduisant le prix de produits existants et en augmentant l’ensemble des produits disponibles pour les consommateurs. Le premier est appelé une innovation de procédé, le second une innovation de produit.

Les choix des acteurs privés

Innovation et profit

Imaginez que vous avez trouvé un nouveau moyen de reproduire un son en haute qualité. Votre invention est vraiment moins chère que les autres méthodes utilisées.

Vous fixez donc un prix similaire, mais vous réalisez des profits bien plus élevés que ceux de vos concurrents : si vous proposez un prix identique ou juste inférieur au leur, vous pourrez vendre autant que ce que vous pouvez produire.

rentes d’innovation
Surplus de profits par rapport au coût d’opportunité du capital qu’un innovateur génère en introduisant une nouvelle technologie, structure organisationnelle ou stratégie de marketing. Voir également : coût d’opportunité du capital.

Supposons qu’ils continuent à proposer leurs services à un prix nettement supérieur à vos coûts. Dans ce cas, nous disons que vous profitez d’une rente d’innovation.

Le processus d’innovation : invention et diffusion

La perspective de ces rentes d’innovation entraîne d’autres acteurs à essayer de copier l’invention. S’ils réussissent, les rentes d’innovation temporaires finissent par être dissoutes par la concurrence.

coût d’opportunité du capital
La quantité de revenu qu’un investisseur aurait pu obtenir en investissant l’unité de capital ailleurs.

En général, les propriétaires de l’entreprise – les actionnaires – n’y investiront pas s’ils peuvent faire un meilleur usage de leur argent en investissant et en réalisant des profits ailleurs. Le profit économique est le profit supplémentaire par rapport au rendement minimal exigé par les actionnaires, appelé ici coût d’opportunité du capital.

À l’issue du processus d’imitation, l’innovateur initial reçoit uniquement de quoi couvrir le coût d’opportunité du capital, ramenant les profits économiques à zéro.

Les derniers arrivés peuvent aussi être poussés à adopter l’innovation, car les prix plus faibles qui résultent d’une large adoption des nouvelles méthodes menacent de faillite ceux qui conservent l’ancienne technologie.

Sur le Graphique 1.6, on a représenté les coûts de recherche, de développement et de déploiement d’une innovation ainsi que la rente d’innovation (profits supérieurs au coût d’opportunité du capital) associée à une même invention fructueuse.

Coûts et rentes associés à l’innovation.

Graphique 1.6 Coûts et rentes associés à l’innovation.

Adapté de la Figure 21.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

La ligne rouge sur le Graphique 1.6 illustre une théorie simple de l’innovation et de la diffusion du progrès technique. Elle éclaire la manière dont les rentes d’innovation, les coûts d’innovation et la copie d’innovations sont reliés du point de vue de l’entreprise ou de l’individu qui veut développer un nouveau produit ou procédé.

diffusion
La propagation de l’invention dans l’économie.
invention
Le développement de nouvelles méthodes de production et de nouveaux produits.

Nous utilisons le mot innovation pour désigner aussi bien le développement de nouvelles méthodes de production et de nouveaux produits (invention) que la diffusion de l’invention dans l’économie (diffusion).

Pour en savoir plus :

Les grands économistes – Joseph Schumpeter.

Les entreprises qui ne parviennent pas à innover (ou à copier d’autres innovateurs) sont incapables de vendre leur produit à un prix au-dessus de leur coût de production et finissent par disparaître. Une entreprise qui n’innove pas fera des profits économiques négatifs, c’est-à-dire que ses recettes ne seront pas suffisantes pour couvrir le coût d’opportunité du capital.

destruction créatrice
Nom attribué par Joseph Schumpeter au processus par lequel les anciennes technologies et les entreprises qui ne s’adaptent pas sont évincées par les nouvelles, car elles ne peuvent plus rivaliser sur le marché. Selon lui, l’échec des entreprises non rentables est créateur, car il libère le travail et les biens d’équipement pouvant être utilisés dans de nouvelles combinaisons. Voir également : (côté) « offre ».

La carotte et le bâton, à travers la promesse de rentes d’innovation et la menace de faillite si l’entreprise échoue face aux autres innovateurs, se sont révélés être une force puissante pour réduire la quantité de travail nécessaire à la production des biens et services, augmentant ainsi nos niveaux de vie. L’économiste Joseph Schumpeter appelait ce cycle la destruction créatrice.

Tirer le meilleur parti de la créativité et de l’inventivité humaine est aussi un défi à relever par les acteurs publics.

Les choix des acteurs publics

Pour que les innovateurs prennent le risque d’introduire un nouveau produit ou un nouveau processus de production, il est crucial que les rentes d’innovation ne soient pas capturées par l’État ou par d’autres individus.

Si des entreprises concurrentes peuvent librement s’approprier la connaissance que les premières produisent, cela crée un problème pour les entreprises qui investissent dans la recherche – leur incitation à innover est réduite.

Pour de nouvelles idées étant à la fois codifiables (elles peuvent être écrites) et non exclusives (l’imitation ne peut pas être évitée), les États ont créé des lois protégeant les droits de propriété intellectuelle. En termes économiques, la propriété intellectuelle fait de son détenteur un monopoliste temporaire.

Brevets

Les brevets nécessitent que l’innovateur révèle son idée dans la demande de brevet, qui est examinée par un bureau des brevets, puis publiée. Si les examinateurs sont convaincus que l’idée est suffisamment nouvelle et inventive, ils vont accorder un brevet à l’innovateur.

L’innovation radicale introduit une technologie ou une idée entièrement nouvelle, qui n’était pas disponible jusqu’à présent. L’invention de la lampe à incandescence (produisant de la lumière en faisant passer de l’électricité dans un filament) a été une avancée majeure par rapport à la lumière produite en brûlant de l’huile ou du kérosène.

Après qu’Edison et Swan eurent breveté leurs conceptions des ampoules à lampe incandescente en 1880 et commencé à travailler ensemble en 1883, les améliorations successives du filament générant la lumière ont été des innovations incrémentales dans l’éclairage. Elles améliorent un produit ou procédé existant, de manière cumulative.

Dans la plupart des cas, un brevet donne à l’innovateur le droit d’attaquer en justice les imitateurs pendant vingt ans : cette durée peut être étendue à vingt-cinq ans dans le cas des brevets pharmaceutiques. Quelques pays ont d’autres durées pour la protection des brevets.

Quand le brevet d’un médicament pharmaceutique à succès (correspondant à un médicament aux ventes annuelles excédant 1 milliard de dollars aux États-Unis) expire, les entreprises spécialisées dans la copie de formules médicales et dans la vente de versions génériques peuvent entrer sur le marché, le prix du médicament diminuant alors du fait de la concurrence au niveau des prix. Les profits du propriétaire du brevet diminuent de manière significative. Cela montre que des monopoles créés par des brevets peuvent avoir une valeur immense pour le propriétaire du brevet, mais être très coûteux pour les consommateurs de l’innovation brevetée.

Dans une de nos vidéos « Économiste en action », F. M. Scherer, un historien de l’économie spécialiste des effets du changement technologique, explique comment les brevets incitent à l’innovation dans l’industrie pharmaceutique.

Équilibrer les objectifs d’innovation et de diffusion

Jusqu’à récemment, on pensait que les brevets encourageaient le développement et l’utilisation des innovations. Aujourd’hui, les économistes et les historiens réexaminent cette question, afin de déterminer si les droits de la propriété intellectuelle promeuvent ou freinent l’innovation.

D’une part, ces droits ont un effet positif pour le détenteur du droit de propriété intellectuelle (création d’un monopole), et créent des profits économiques (rentes d’innovation) qui stimulent la recherche et développement (R&D). D’autre part, cela limite la capacité des autres à copier l’innovation (entrave à l’innovation et à la diffusion de nouvelles idées).

Un exemple historique important est celui de la machine à vapeur, qui a été si important dans le contexte de la Révolution industrielle.

Plusieurs types de machines à vapeur furent inventées au cours du 18e siècle, mais celle ayant rencontré le plus de succès fut brevetée en 1769 par James Watt. La valeur commerciale de cette invention était secondaire pour Watt.

Le commercial Matthew Boulton acheta alors une partie du brevet et persuada Watt de déménager à Birmingham (l’un des centres de la Révolution industrielle) pour développer le nouvel appareil qu’il avait inventé.

Par la suite, Watt et Boulton utilisèrent les tribunaux à de nombreuses reprises pour empêcher toute autre machine à vapeur d’être vendue, même si elle avait une conception différente de celle de Watt. Parmi elles se trouvait l’invention de son rival Jonathan Hornblower, qui était plus efficace que la machine de Watt. En effet, Hornblower s’est appuyé sur les plans de Watt et Boulton pour améliorer son efficacité.

Une autre invention supérieure, créée par un employé, fut bloquée quand Watt et Boulton arrivèrent à élargir leur brevet pour couvrir le nouveau modèle, même s’ils n’avaient joué aucun rôle dans son développement. Ironiquement, Watt savait comment rendre sa machine plus efficace, mais ne pouvait pas réaliser cette amélioration : quelqu’un d’autre en détenait le brevet.

Boîte à outils 4 :

Comment calculer, lire et interpréter un coefficient multiplicateur.

Boîte à outils 6 :

Comment lire et interpréter un taux de croissance moyen.

Pendant la durée du brevet Watt-Boulton, le Royaume-Uni augmenta la puissance de son stock de machines à vapeur de 750 chevaux par an environ. Dans les trente années qui suivirent son expiration, plus de 4 000 chevaux par an de machines à vapeur furent installés en Angleterre. L’efficacité énergétique, qui n’avait pas évolué pendant la durée du brevet, fut multipliée par 5 entre 1810 et 1835.

En effet, l’innovation peut être vue comme la production de connaissances nouvelles par l’usage d’une combinaison de connaissances anciennes et de créativité.

Pensez, par exemple, à la Silicon Valley en Californie, qui était à l’origine une région agricole paisible nichée dans la Santa Clara Valley. La Silicon Valley a obtenu son surnom quand des entreprises à forte croissance spécialisées dans l’informatique et la conception de semi-conducteurs s’y sont établies, plus tard rejointes par des innovateurs en biotechnologies.

En 2010, dans une seule zone postale américaine (code ZIP 95054) au centre de la Silicon Valley, 20 000 brevets étaient enregistrés. Les avocats spécialistes des brevets se regroupent dans cette partie de Santa Clara. Si cette petite zone de 16,2 km2 était un pays, elle aurait été classée à la 17e place mondiale en matière de brevets en 2010.7

clauses contractuelles de non-concurrence
Un contrat de travail incluant une disposition ou un accord interdisant au salarié de quitter son entreprise pour rejoindre un concurrent. Cela peut réduire l’option de réserve du travailleur, diminuant le salaire que l’employeur a besoin de lui payer.

Même au sein des États-Unis, la Silicon Valley était une exception. Pendant les années 60, la Silicon Valley n’était qu’un petit joueur de l’industrie technologique comparée à la concentration autour de la Route 128, près de Boston (Massachusetts), qui bénéficiait de la proximité de Harvard et du MIT. Mais la Route 128 différait de la Silicon Valley sur des points importants, comme l’usage des clauses de non-concurrence dans les contrats, qui interdisaient à quiconque quittant une entreprise d’être embauché dans une entreprise concurrente, afin de protéger l’innovation de l’entreprise.

L’État du Massachusetts faisait appliquer des clauses de non-concurrence. Cela a ainsi limité la mobilité inter-entreprises et le partage d’information qui aurait pu en découler. L’État de Californie a choisi de prendre la direction opposée. Il a interdit les clauses de non-concurrence, en stipulant que « tout contrat selon lequel quiconque est empêché d’exercer un métier, une profession ou un commerce légal [était] […] nul ». La rotation des ingénieurs entre les entreprises de la Silicon Valley a ainsi soutenu la diffusion rapide des nouvelles connaissances entre ces entreprises.

Le fait que la plupart des formes de connaissances soient non rivales (les rendre disponibles à un utilisateur supplémentaire ne signifie pas qu’un utilisateur actuel en sera dépossédé) fait du processus d’innovation un processus qui utilise des biens publics pour produire d’autres biens publics.

Un bien est dit public si une fois qu’il est accessible à une personne, il peut être accessible à tout le monde sans coût supplémentaire et si son usage par une personne n’en réduit pas l’accès pour les autres.

externalités
Des effets positifs ou négatifs d’une production, consommation ou d’une autre décision économique sur un autre individu ou plusieurs, qui n’est pas spécifié comme actif ou passif dans un contrat. L’effet est dit « externe », car l’effet en question est extérieur au contrat. Connus également sous le terme : effets externes. Voir également : défaillance du marché.
externalités
Un effet positif ou négatif d’une production, d’une consommation ou d’une autre décision économique sur une autre personne ou des personnes et qui n’est pas spécifiée comme un avantage ou une responsabilité dans un contrat.

Les propriétaires d’une entreprise qui sont uniquement préoccupés par leurs profits ne vont pas réussir à prendre en compte ces externalités. Laisser simplement la concurrence sur le marché réguler le processus d’innovation ne va en général pas aboutir à un résultat efficace.

Comme nous allons le voir, les origines de l’ordinateur et, par extension, la révolution de l’information tout entière, rendent essentiel le rôle de l’État dans le processus d’innovation lui-même.

Financement public de la recherche fondamentale, de l’éducation et des infrastructures pour l’information

Les origines de la révolution des technologies de l’information se retrouvent dans la construction des premiers ordinateurs électroniques après la Seconde Guerre mondiale, bien que, comme dans toute technologie, certains éléments soient plus anciens.

Charles Babbage mit tout d’abord au point un ordinateur sous la forme de la machine à différences dans un article publié en 1822 (le gouvernement britannique aida à financer son développement) et son idée permit à Ada Lovelace de développer le premier programme pour ordinateur.

Les efforts des gouvernements britannique et nord-américain pendant et après la Seconde Guerre mondiale permirent l’éclosion de machines électroniques programmables.

Aux États-Unis, l’objectif initial reposait sur le développement de systèmes de missiles, puis se porta sur le Projet Manhattan visant à développer la bombe atomique. L’argent du gouvernement américain servit à financer des groupes privés, tels que les Bell Labs dans le New Jersey et des centres de recherche fédéraux comme Los Alamos.

Un partenariat étroit s’est alors établi entre le secteur privé, les organismes publics et les universités menant à la construction de la machine ENIAC en 1946 sous l’égide de l’armée américaine. Il s’agissait du premier ordinateur électronique, mais il ne pouvait pas stocker de programmes. D’autres innovations suivirent rapidement, comme le développement du transistor par William Shockley aux Bells Labs en 1948 et la création de nouvelles entreprises comme Fairchild Semiconductor. Le soutien du gouvernement américain à ce secteur s’est poursuivi via un financement de la recherche, permettant notamment la création d’Internet (en 1969) dans le cadre d’un projet financé par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence pour les projets de recherche avancée de défense américaine.

Au Royaume-Uni, les premiers progrès dans le domaine informatique furent concentrés à Bletchley Park, où le mathématicien Alan Turing travailla sur le déchiffrage du code allemand Enigma. La machine Colossus qui y fut développée resta secrète jusqu’aux années 70, mais les scientifiques et ingénieurs de Bletchley Park continuèrent leur travail avec la construction en 1948 du premier ordinateur d’après-guerre pouvant stocker des programmes, appelé Baby, à l’université de Manchester, une autre institution publique. Le développement commercial des ordinateurs suivit rapidement, effectué par des entreprises comme Ferranti.

Ce modèle de financement de la recherche initiale par l’État, via des organismes publics incluant l’armée ou via les universités, qui est suivi par des applications commerciales, est courant. À l’instar des industries informatiques et électroniques, Internet et le World Wide Web (créé par Tim Berners-Lee au laboratoire de recherche du CERN – Organisation européenne pour la recherche nucléaire – financé par un consortium de pays), les secteurs de la pharmacie et des biotechnologies modernes, ainsi que les applications commerciales de nouveaux matériaux, tel le graphème, trouvent tous leur origine dans la recherche fondamentale et un développement initial financé par les pouvoirs publics. Les écrans tactiles et la souris d’ordinateur sont également le résultat d’une recherche financée par les pouvoirs publics aux États-Unis.8

1.7 Le rôle des institutions et des droits de propriété

Le terme « capitalisme » – que nous définirons bientôt – était à peine connu il y a un siècle, mais comme vous pouvez le constater sur le Graphique 1.7, son usage a explosé depuis. Le graphique montre la part de tous les articles du New York Times (à l’exclusion des articles sportifs) qui utilisent le mot « capitalisme ».

Boîte à outils 1 :

Comment calculer, lire et interpréter une proportion ou pourcentage de répartition.

Boîte à outils 7 :

Comment lire et interpréter des représentations graphiques de séries chronologiques.

Citation du mot « capitalisme » dans les articles du New York Times (1851-2015).

Graphique 1.7 Citation du mot « capitalisme » dans les articles du New York Times (1851-2015).

Adapté de la Figure 1.7 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

capitalisme
Un système économique dans lequel la propriété privée, les marchés ainsi que les entreprises jouent un rôle-clé.
institutions
Les lois et coutumes sociales régissant l’interaction des individus dans la société.

Le capitalisme est un système économique caractérisé par une combinaison particulière d’institutions. Un système économique est une façon d’organiser la production et la distribution de biens et de services dans l’ensemble d’une économie. Par institutions, nous entendons les différents ensembles de lois et de coutumes sociales qui régulent la production et la distribution de différentes manières dans les familles, les entreprises privées et le secteur public.

Une définition du capitalisme : propriété privée, marchés et entreprises

Dans un système capitaliste, la production est effectuée dans le cadre des entreprises. Une entreprise est une forme d’organisation de la production possédant les caractéristiques suivantes :

Les marchés sont une façon d’établir un lien entre des individus qui pourraient tirer un avantage mutuel, en échangeant des biens et services, à travers un processus d’achat et de vente. Les marchés sont un moyen de transférer des biens et des services d’une personne à une autre. Dans la vie de tous les jours, un marché peut également être un lieu.

droits de propriété
Protection légale de la propriété, qui inclut le droit d’en exclure l’usage à des tiers, la jouissance ou le droit de vendre le bien possédé. Voir également : institutions.

Si quelque chose doit être vendu et acheté, alors il doit être possible d’exiger le droit de le posséder : un achat est simplement un transfert de droits de propriété du vendeur vers l’acheteur.

propriété privée
No definition available.

La propriété privée peut être détenue par un individu, une famille, une entreprise ou une autre entité différente de l’État. Elle signifie que vous pouvez profiter de vos biens de la manière souhaitée, en exclure l’usage par d’autres si vous le souhaitez, en disposer pour les offrir ou les vendre à quelqu’un qui deviendra leur propriétaire.

La propriété privée est une condition essentielle au fonctionnement des marchés : les acheteurs ne voudront pas payer pour des biens, à moins d’avoir le droit de les posséder. Vous hésiteriez à payer quelque chose à moins de croire que les autres reconnaîtraient (et si besoin, protégeraient) votre droit de le garder.

contrat
Un document juridique ou un accord qui spécifie l’ensemble des actions que les parties au contrat doivent entreprendre.
norme sociale
Un accord commun entre la plupart des membres d’une société sur ce que les individus devraient faire dans une situation donnée, quand leurs actions affectent les autres.

Ainsi, pour qu’un marché fonctionne bien (voire pour qu’il existe), d’autres institutions et normes sociales doivent exister. Les États, par exemple, fournissent un système de lois et d’exécution de ces lois qui garantissent les droits de propriété et font entrer en vigueur les contrats. Les normes sociales imposent le respect des droits de propriété d’autrui, même lorsque l’exécution en semble improbable ou impossible.

Les marchés et la propriété privée sont des éléments essentiels au fonctionnement des entreprises pour deux raisons. D’une part, les facteurs de production et la production relèvent de la propriété privée : les locaux des entreprises, les équipements, les brevets, les autres facteurs de production, appartiennent aux propriétaires, au même titre que la production résultante. D’autre part, les entreprises recourent aux marchés pour vendre leur production : les profits des propriétaires dépendent des marchés au sein desquels des clients achèteront volontairement les produits à un prix qui excédera les coûts de production.9

L’Illustration 1.1 montre que les trois composantes définissant un système économique capitaliste sont des concepts imbriqués.

Capitalisme : propriété privée, marchés et entreprises.

Illustration 1.1 Capitalisme : propriété privée, marchés et entreprises.

Adapté de la Figure 1.8 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Le cercle le plus à gauche décrit une économie composée de familles isolées qui détiennent leurs propres biens d’équipement ainsi que les biens qu’elles produisent, mais qui n’échangent pas ou peu avec les autres. Dans le cercle du milieu, l’essentiel de la production est soit réalisé par des individus (des cordonniers ou des forgerons, par exemple) ou des familles (par exemple, dans une ferme). Avant 1600, plusieurs grandes économies mondiales ont fonctionné ainsi.

Dans d’autres sociétés, l’État était l’institution contrôlant la production et décidant comment les biens seraient distribués et à qui. C’est ce qu’on appelle un « système d’économie centralisée et planifiée ». Ce système a existé, par exemple, en Union soviétique, en Allemagne de l’Est et dans de nombreux autres pays d’Europe de l’Est jusqu’à la fin des régimes communistes au début des années 90.

Bien que les États et les familles demeurent des rouages essentiels au fonctionnement de toute économie, les économies actuelles sont majoritairement capitalistes.

La manière dont les institutions du capitalisme – la propriété privée, les marchés et les entreprises – se combinent entre elles, avec les familles, le secteur public et les autres institutions, diffère grandement selon les pays. Le « capitalisme » ne fait pas référence à un système économique spécifique, mais à une catégorie de systèmes partageant ces caractéristiques.

Exercice 1.1 Capitalisme

Retournez au Graphique 1.7.

  1. Pouvez-vous proposer une explication pour l’utilisation du terme « capitalisme » au moment des pics ?
  2. Selon vous, pourquoi l’utilisation du terme est restée si importante depuis la fin des années 80 ?

Les institutions sont-elles importantes pour la croissance du revenu ?

Nous pouvons remarquer que l’émergence du capitalisme a coïncidé avec, ou s’est produite juste avant, la Révolution industrielle et le coude vers le haut de la crosse de hockey.

Mais pouvons-nous conclure que le capitalisme a causé le coude de la crosse de hockey ?

Boîte à outils 16 :

Comment lire et interpréter une corrélation et une causalité.

Tous les pays capitalistes n’ont pas connu le même succès économique, identifié dans le Graphique 1.1a, que celui rencontré par le Royaume-Uni, et plus tard le Japon. Le Graphique 1.8 représente l’évolution d’une sélection de pays au cours du 20e siècle.

PIB par habitant dans sept pays (1928-2015).

Graphique 1.8 PIB par habitant dans sept pays (1928-2015).

Adapté de la Figure 1.11 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Il montre, par exemple, le contraste saisissant en Afrique, entre le Botswana, qui est parvenu à atteindre une croissance soutenue, et l’échec relatif du Nigeria. Ces deux pays sont richement dotés en ressources naturelles (le Botswana en diamants et le Nigeria en pétrole), mais ils diffèrent dans la qualité de leurs institutions – s’agissant de la corruption et du détournement des fonds publics, par exemple –, ce qui explique leurs trajectoires contrastées.

Les performances tardives de certaines économies du Graphique 1.8 prouvent que l’existence d’institutions capitalistes ne suffit pas pour créer une économie dynamique, c’est-à-dire une économie assurant une croissance durable des conditions de vie.

Le pays le plus performant du Graphique 1.8 est la Corée du Sud. En 1950, son PIB par habitant était identique à celui du Nigeria. En 2013, la Corée du Sud était devenue dix fois plus riche.

Boîte à outils 4 :

Comment calculer, lire et interpréter un coefficient multiplicateur.

État développementaliste
Un État qui tient un rôle majeur dans la promotion du développement économique via des investissements publics, la subvention de certains secteurs, l’éducation ainsi que d’autres politiques publiques.

Son décollage eut lieu sous des institutions et des politiques radicalement différentes de celles que connut le Royaume-Uni aux 18e et 19e siècles. La différence la plus importante est que les pouvoirs publics en Corée du Sud (de concert avec un petit nombre de très grandes entreprises) jouèrent un rôle primordial en dirigeant le processus de développement. Ils promurent intentionnellement certaines industries, exigeant des entreprises qu’elles deviennent compétitives sur les marchés étrangers, et fournirent une éducation de haute qualité à leur main-d’œuvre.

On parle aujourd’hui d’État développementaliste au sujet du rôle majeur de l’État coréen dans le décollage économique du pays, et cette notion comprend aujourd’hui tout État intervenant de la sorte dans son économie. Le Japon et la Chine fournissent d’autres exemples.10

Le Graphique 1.8 montre également qu’en 1928, lorsque le premier plan quinquennal de l’Union soviétique (ex-URSS) fut introduit, le PIB par habitant y valait un dixième de celui de l’Argentine, était égal à celui du Brésil et était bien plus élevé que celui de la Corée du Sud. La planification centralisée en Union soviétique a produit une croissance régulière mais peu spectaculaire pendant près de cinquante ans. Le PIB par habitant de l’Union soviétique a largement devancé celui du Brésil, et surpassa même brièvement celui de l’Argentine juste avant l’effondrement du régime communiste en 1990.

Pourtant, les variétés de capitalisme qui remplacent la planification centrale dans les pays qui ont autrefois constitué l’Union soviétique ne fonctionnent pas très bien non plus. Cela ressort clairement de la forte baisse du PIB par habitant de l’ex-Union soviétique après 1990.

L’une des raisons pour lesquelles le capitalisme prend un si grand nombre de formes est qu’au cours de l’Histoire, et encore aujourd’hui, les économies capitalistes ont coexisté avec de nombreux systèmes politiques. Un système politique, comme la démocratie ou la dictature, détermine comment les gouvernements seront sélectionnés, et comment ces gouvernements vont prendre et mettre en place les décisions qui affectent la population.

Le capitalisme est apparu au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, et dans la plupart des pays aujourd’hui riches, bien avant l’adoption de la démocratie. La majorité des adultes n’avaient pas le droit de vote dans l’essentiel des pays avant la fin du 19e siècle (la Nouvelle-Zélande fut le premier pays). Encore récemment, le capitalisme a prospéré avec des régimes non démocratiques, comme au Chili de 1973 à 1990, au Brésil de 1964 à 1985, et au Japon jusqu’en 1945. La Chine moderne a opté également pour une variante du régime capitaliste, mais son régime politique n’est pas une démocratie au sens de notre définition. Cependant, dans la plupart des pays aujourd’hui, capitalisme et démocratie coexistent. Les deux systèmes s’influençant mutuellement.

Question 1.3 Choisissez la bonne réponse

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la propriété privée, les marchés et les entreprises ont quasiment disparu en Allemagne de l’Est (RDA) à la suite de l’instauration de la planification centralisée. L’Allemagne de l’Ouest (RFA), elle, est demeurée une économie capitaliste.

Le graphique suivant représente les trajectoires différentes des deux Allemagnes ainsi que les évolutions de deux autres économies à partir de 195011. Il s’agit d’un graphique semi-logarithmique.

Les deux Allemagnes : planification et capitalisme (1950–1989).

Adapté de la Figure 1.10 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

À l’aide de ces informations, laquelle de ces affirmations est correcte ?

  • La performance initiale plus faible en 1950 est la raison principale de la maigre performance de l’Allemagne de l’Est par rapport à l’Allemagne de l’Ouest.
  • Le fait que le Japon et l’Allemagne de l’Ouest aient les PIB par tête les plus élevés en 1990 suggère qu’ils ont trouvé le système économique optimal.
  • L’Espagne a crû à un taux plus élevé que l’Allemagne entre 1950 et 1990.
  • La différence de performances entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest prouve que le capitalisme promeut toujours une croissance économique rapide, tandis que l’économie planifiée est une recette pour la stagnation.
  • Le Japon avait un point initial encore plus bas que celui de l’Allemagne de l’Est et a pourtant réussi à rattraper l’Allemagne de l’Ouest dès 1990.
  • Différents systèmes économiques peuvent être performants. L’économie japonaise avait sa propre combinaison particulière de propriété privée, de marchés et d’entreprises où l’État jouait un rôle fort en termes de coordination, ce qui était très différent du système économique en Allemagne de l’Ouest.
  • Le taux de croissance du PIB par tête d’une économie peut être déduit de l’inclinaison de sa courbe quand elle est représentée dans un graphique avec une échelle de rapport, comme c’est le cas dans le graphique précédent. Le fait que la pente de la courbe de l’Espagne soit plus forte que celle des deux Allemagnes de 1950 à 1990 indique que le pays a crû à un taux plus rapide.
  • En économie, nous ne pouvons pas utiliser une seule preuve pour faire la preuve d’une théorie. Ce que nous pouvons déduire ici c’est que durant la seconde moitié du 20e siècle, la divergence des institutions économiques a joué un rôle dans les conditions de vie du peuple allemand.

Question 1.4 Choisissez la bonne réponse

Regardez de nouveau le Graphique 1.8. Laquelle des conclusions suivantes est suggérée par le graphique ?

  • Le règne du Parti communiste dans l’ex-Union soviétique avant 1990 fut un échec total.
  • Les performances contrastées du Botswana et du Nigeria illustrent qu’un sol riche en ressources naturelles ne garantit pas seul une croissance économique plus élevée. Des institutions de meilleure qualité (gouvernement, marchés, entreprises) sont également nécessaires.
  • La performance impressionnante de l’économie sud-coréenne implique que les autres pays devraient copier son système économique.
  • L’expérience de la Fédération de Russie et de l’ex-Union soviétique avant 1990 montre que le remplacement d’une économie planifiée et centralisée par le capitalisme mène à une croissance économique immédiate.
  • L’ancienne Union soviétique a en fait connu des taux de croissance beaucoup plus élevés que le Brésil, et son PIB par tête a même brièvement dépassé celui de l’Argentine, juste avant la fin du régime soviétique en 1990.
  • Le Nigeria et le Botswana sont tous les deux riches en ressources naturelles. Cependant, la croissance du Nigeria est menacée par une corruption omniprésente et des pratiques économiques illégales, alors que le Botswana est souvent décrit comme le pays d’Afrique le moins corrompu et connaît les taux de croissance moyens du PIB les plus élevés au monde.
  • La Corée du Sud était un État développementaliste où les pouvoirs publics et quelques grandes entreprises ont joué un rôle majeur dans l’orientation du processus de développement. Cela ne signifie pas nécessairement que ce système soit optimal pour tous les pays.
  • Le PIB par tête des deux pays a baissé après 1990. Cela tient au fait que la propriété privée n’était pas garantie, les marchés n’étaient pas concurrentiels et leurs entreprises n’opéraient pas de manière compétitive dans la nouvelle économie capitaliste. Cette transition radicale d’une économie non capitaliste à un système capitaliste est souvent appelée la « thérapie de choc ».

1.8 L’intérêt et les limites du PIB

Pour comparer les niveaux de vie de chaque pays, nous utilisons une mesure appelée « PIB par habitant ». Souvenez-vous que le PIB mesure la quantité totale produite par une économie au cours d’une période donnée, souvent une année.

La vidéo « Le PIB et la croissance en questions » donne la parole à des économistes pour expliquer la mesure du PIB et l’intérêt économique du calcul de la croissance.

L’intérêt du PIB

Comparer les revenus à différentes périodes et entre différents pays

Les Nations Unies collectent (auprès des bureaux statistiques du monde entier) et publient des estimations du PIB. Ces estimations, parallèlement à celles réalisées par des historiens de l’économie, nous permettent de construire des graphiques, comme le Graphique 1.1a, qui comparent les niveaux de vie entre pays et à différentes périodes temporelles et déterminent si l’écart entre les pays riches et pauvres s’est réduit ou s’est creusé au cours du temps.

Ainsi, nous pouvons tracer les courbes du Graphique 1.1a grâce au travail d’Angus Maddison qui a consacré sa carrière à rechercher les maigres données disponibles pour faire des comparaisons utiles entre les modes de vie des individus sur plus de 1 000 ans (son travail se poursuit au sein du Maddison Project). Une série de projets encore plus ambitieux a calculé le PIB par habitant depuis le Moyen Âge.

Mesurer l’économie agrégée : les composantes du PIB

Dans la France du 18e siècle, un groupe d’économistes, appelés les physiocrates, ont étudié l’économie et comparé son fonctionnement au flux circulaire du sang dans le corps humain. Ils furent les précurseurs de notre manière actuelle de penser le flux circulaire de l’économie, qui nous permet de calculer le PIB. L’argent circule de celui qui le dépense au producteur, du producteur à ses salariés ou actionnaires, avant d’être dépensé à nouveau en vue d’une nouvelle production, ce qui perpétue le cycle.

Le PIB peut être défini par chacune de ces trois approches :

Séquences animées Apprendre avec l’Insee : de la valeur ajoutée au PIB.

valeur ajoutée
Pour un processus de production, c’est la valeur de la production moins la valeur de tous les facteurs de production (appelés les biens intermédiaires). Les biens d’équipement et le travail utilisés dans la production ne sont pas des biens intermédiaires. La valeur ajoutée est égale aux profits avant impôt et aux salaires.

Cela tient au fait que toute dépense dans un bien ou un service, qui a nécessairement été produit, constitue un revenu pour celui qui l’a vendu. Cette analyse est très utile, car nous avons une connaissance approfondie des déterminants de la dépense, ce qui en conséquence va nous aider à comprendre la production, comme nous le verrons au Chapitre 2.

Boîte à outils 1 :

Comment calculer, lire et interpréter des proportions et des pourcentages de répartition.

Le Tableau 1.2 présente les différentes composantes du PIB dans l’approche par la dépense, en se fondant sur les comptes nationaux d’économies de trois continents différents : les États-Unis, la zone euro et la Chine.

  États-Unis Zone euro
(19 pays)
Chine
Consommation 68,4 % 55,9 % 37,3 %
Dépense publique 15,1 % 21,1 % 14,1 %
Investissement 19,1 % 19,5 % 47,3 %
Variation de stocks 0,4 % 0,0 % 2,0 %
Exportations 13,6 % 43,9 % 26,2 %
Importations 16,6 % 40,5 % 23,8 %

Décomposition du PIB de 2013 pour les États-Unis, la zone euro et la Chine.

Tableau 1.2 Décomposition du PIB de 2013 pour les États-Unis, la zone euro et la Chine.

OCDE. 2015. OECD Statistics ; Banque mondiale. 2015. World Development Indicators. L’OCDE rapporte un écart statistique de -3,1 % pour le PIB chinois.

La consommation comprend les biens et services achetés par les ménages. Les biens comme les voitures, les appareils ménagers et les meubles qui ont une durée de vie de trois ans au moins sont appelés des biens durables. Ceux dont la durée de vie est inférieure sont des biens non durables. La dépense des ménages en biens durables, comme les voitures et appareils ménagers, est intégrée dans la partie « consommation » de la comptabilité nationale, même si, comme nous le verrons, la décision d’acheter ces biens durables s’apparente plus, en termes économiques, à une décision d’investissement.

L’investissement comprend, d’une part, la dépense des entreprises visant à acquérir de nouveaux équipements et bâtiments commerciaux et, d’autre part, la dépense en construction immobilière (construction de nouveaux logements). L’investissement sous la forme de production non vendue des entreprises est enregistré dans un poste spécifique des comptes nationaux. Celui-ci est appelé « variation des stocks ».

Inclure la variation de stocks est essentiel pour garantir que, lorsque l’on calcule le PIB à travers l’approche par la production (ce qui est produit), on obtienne bien un montant égal au PIB, lorsqu’il est mesuré à travers l’approche par la dépense (ce qui est dépensé, y compris l’investissement des entreprises sous forme de stocks d’invendus).

La santé et l’éducation sont les principaux postes de dépense publique en biens et services. Il s’agit de la consommation et de l’investissement de l’État (c’est-à-dire des administrations centrales et locales, connues sous le nom d’administrations publiques). L’État achète des biens (comme du matériel de bureau, des logiciels et des voitures) et des services (comme les salaires des fonctionnaires, des forces armées, de la police, des enseignants, des scientifiques). Les dépenses d’investissement de l’État ont pour objet la construction de routes, d’écoles, d’équipements de défense.

Les exportations sont les biens et services produits par l’économie domestique qui sont achetés par les ménages, les entreprises et l’État dans d’autres pays. Les importations sont les biens et services achetés par les ménages, les entreprises et l’État de l’économie domestique, mais qui sont produits dans d’autres pays. Ainsi, les exportations sont intégrées au PIB parce qu’elles font partie de la production domestique, mais ce n’est pas le cas des importations puisqu’elles sont produites hors du territoire.

Pour calculer le PIB, qui correspond à la demande agrégée pour ce qui est produit au sein du pays, nous sommons les achats émanant d’autres pays (exportations) et y soustrayons les achats par les résidents de biens et services produits à l’étranger (importations). En prenant l’exemple de la Chine, son PIB est la demande agrégée pour la production de la Chine, qui comprend ses exportations moins ses importations.

La division du PIB par la population nous donne le PIB par habitant – le revenu moyen des habitants dans un pays. Néanmoins, est-ce la bonne manière de mesurer leur niveau de vie ou bien-être ?

Les limites du PIB

Les limites statistiques

Lorsque les statisticiens estiment la valeur générée par la production d’une économie dans son ensemble, à une période donnée (par exemple, une année), ils utilisent les prix auxquels les biens et services sont vendus sur le marché. Pour les biens et services achetés par les individus, leur prix est considéré comme une mesure approximative de leur valeur (si vous estimiez que la valeur d’une coupe de cheveux était inférieure à son prix, vous vous seriez simplement laissé pousser les cheveux).

Mais les biens et services produits par l’État, eux, ne sont généralement pas vendus. Les ménages obtiennent des biens et des services fournis par l’État sans les payer au moment de leur consommation. L’enseignement primaire fournit un bon exemple. Dans la plupart des pays, l’enseignement primaire est gratuit pour tous les enfants et financé par l’impôt. Les soins de santé de base (du moins les soins d’urgence) sont souvent également accessibles à tous, indépendamment de la capacité à payer. Dans la plupart des pays, il en va de même pour l’aide juridictionnelle lors d’un procès : une personne ne pouvant pas payer un avocat se voit assigner une représentation juridique gratuitement. La sécurité personnelle (la protection contre les agressions criminelles ou les incendies domestiques, par exemple) est généralement en partie assurée par les services de police secours et des sapeurs-pompiers fournis par l’État.

La production de biens et de services a également lieu au sein des ménages, mais, contrairement aux entreprises, leurs produits ne sont pas nécessairement vendus sur le marché.

Le défi des économistes est double : d’abord sélectionner ce qui doit être inclus, puis assigner une valeur à chacun de ces éléments. Il s’agit d’une mesure conventionnelle de la taille d’une économie.

Le PIB inclut les biens et les services fournis par l’État, comme l’éducation, l’armée et la justice, mais la seule mesure disponible de leur valeur est leur coût de production. Les services publics n’étant pas vendus sur le marché, nous devons faire l’hypothèse supplémentaire selon laquelle la valeur ajoutée de la production de l’État est égale aux coûts de production pour l’État. Il en résulte que si la productivité augmente dans le secteur public, le PIB va sous-estimer la production.

Le PIB inclut également tous les biens qui sont produits par les ménages pour leur usage propre. En revanche, mis à part les loyers que les propriétaires auraient à payer s’ils étaient locataires du logement qu’ils occupent, qui sont inclus dans le PIB au moyen d’estimations, sont exclus tous les services volontaires (par opposition à la production volontaire de biens), comme les repas ou la garde des enfants, fournis principalement par les femmes.

Par ailleurs, le récent grand déplacement de l’emploi s’est opéré de la production de biens (manufacturés et agricoles) vers la production de services (on parle de « tertiarisation » de l’économie). Or, il est plus difficile de mesurer leurs prix et leurs volumes que ceux des biens. En effet, les biens sont en principe des choses tangibles. En revanche, les services sont des choses généralement intangibles achetées par les ménages, telles que les transports, le logement (paiement d’un loyer), une adhésion à un club de gym, un traitement médical.

Les services de vente au détail constituent un exemple représentatif. En règle générale, les services de statistiques se servent des données sur le volume des ventes comme indicateurs du volume des services commerciaux. Cette méthode laisse cependant de côté la majeure partie des changements qualitatifs intervenus dans les services commerciaux offerts.

Les activités non déclarées, telles que les situations de travail irrégulier (sans déclaration en matière fiscale et de sécurité sociale), sont incluses dans le PIB au moyen d’estimations. Il faut également procéder à des estimations pour les activités illégales impliquant un paiement monétaire, comme l’achat de marchandises contrefaites, de cigarettes de contrebande, de la prostitution et de drogues prohibées. Les personnes impliquées dans ce type d’activités font partie de ce que l’on appelle « l’économie souterraine ».

Les limites conceptuelles

flux
Une quantité mesurée par unité de temps, telle que le revenu annuel ou le salaire horaire.

Puisqu’il est mesuré sur une période de temps (trimestrielle ou annuelle, par exemple), le PIB est une variable de flux. C’est le message de la description de l’Illustration 1.2. C’est le flux d’eau dans la baignoire. Cet afflux est mesuré en litres par minute.

Richesse, revenu, dépréciation et consommation : l’analogie de la baignoire.

Illustration 1.2 Richesse, PIB et dépréciation : l’analogie de la baignoire.

Adapté de la Figure 10.1 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

stock
Une quantité mesurée à un instant T. Ses unités ne dépendent pas du temps. Voir également : flux.

La quantité d’eau dans la baignoire est la richesse. La richesse est une variable de stock, ce qui signifie qu’elle n’a pas de dimension temporelle : elle (le stock) existe à tout moment. Le stock d’eau est mesuré en litres à un instant donné.

dépréciation
La perte de valeur d’une forme de richesse qui a lieu, soit à cause de l’utilisation (usure) ou du passage du temps (obsolescence).

La valeur de cette richesse a tendance à décliner à cause de l’usage que l’on en fait ou tout simplement avec le passage du temps. Cette diminution de la valeur du stock de richesse au cours du temps est appelée la dépréciation. Dans l’exemple de la baignoire, ce flux correspondrait à la quantité d’eau qui s’évapore, car le PIB ne tient pas compte de la dépréciation, notamment des biens d’équipement.

Les biens d’équipement et le travail utilisés dans la production ne sont pas des consommations intermédiaires. En effet, les machines comme les autres biens d’équipement ne disparaissent pas en un an dans le processus de production. Cependant, en utiliser une partie sans compter la dépréciation engendrée surestime la vitesse à laquelle la richesse croît véritablement.

Mais de combien ? Pour prendre en compte cette dépréciation des biens d’équipement, nous devons trouver combien cela coûterait (par an) pour remplacer ces facteurs de production déprécié et ensuite le soustraire du PIB annuel. Leur coût est réparti sur le nombre d’années d’utilisation, c’est ce qu’on appelle l’amortissement.

Par ailleurs, les revenus générés par la production dans un pays peuvent ne pas rester dans ce pays ou être utilisés par des personnes vivant dans le pays. Une partie des revenus peut être affectée par des sociétés étrangères rapatriant les bénéfices de leurs filiales. Ainsi, en 2017 l’Irlande a décidé de délaisser le PIB au profit du revenu national brut (RNB) pour mesurer son économie.

Puisque le RNB est défini comme le revenu national, le RNB d’un pays est constitué de son PIB (les revenus domestiques), plus les revenus gagnés par les nationaux vivant dans des pays étrangers (les revenus nationaux mais non domestiques), moins les revenus des non nationaux gagnés sur le territoire intérieur (les revenus domestiques mais non nationaux).

Écoutez Diane Coyle parler (en anglais) des avantages et limites de la mesure du PIB.

Le revenu a une influence majeure sur le bien-être, car il nous permet d’acheter les biens et services dont nous avons besoin ou que nous apprécions. Mais il ne suffit pas, car de nombreuses dimensions de notre bien-être ne sont pas liées à ce que nous pouvons acheter.12

indice de développement humain (IDH)
Indice pondéré considérant, avec le même poids, le niveau de vie (mesuré par le revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d’achat), les connaissances (mesurées par la durée attendue et moyenne de scolarisation) et la santé (mesurée par l’espérance de vie à la naissance). Il varie entre 0 (développement humain faible) et 1 (développement humain très élevé).

Depuis 1990, l’indice de développement humain (IDH) du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) résume avec un indicateur unique des indicateurs relatifs à la santé, à l’éducation et aux revenus de la population :

Pour en savoir plus :

Prendre en compte les différences de prix entre pays : prix internationaux et pouvoir d’achat.

L’espérance de vie à la naissance mesure la capacité à vivre longtemps et en bonne santé. La durée moyenne de scolarisation et la durée attendue de scolarisation mesurent la capacité à acquérir des connaissances. Le RNB par habitant mesure la capacité à avoir un niveau de vie décent.

Boîte à outils 3 :

Comment calculer, lire et interpréter un indice simple et pondéré.

L’IDH est un indice pondéré compris entre 0 et 1. L’ONU classe les pays en quatre groupes en fonction de leur IDH, comme le montre le Tableau 1.3.

Classification IDH
Développement humain très élevé 0,800 à 1
Développement humain élevé 0,700 à 0,799
Développement humain moyen 0,550 à 0,699
Développement humain faible 0 à 0,449

Classification des pays en fonction de leur valeur IDH.

Tableau 1.3 Classification des pays en fonction de leur valeur IDH.

L’IDH est un moyen de mesurer le bien-être, mais vous pouvez penser qu’il n’utilise pas les mesures les plus appropriées pour les aspects non matériels du bien-être (santé et éducation).

En effet, les individus interagissent les uns avec les autres, ainsi qu’avec la nature, en produisant leurs moyens de subsistance. Par ailleurs, des éléments du système écologique, comme l’air, l’eau, le sol et le climat ont été altérés par les hommes d’une manière plus radicale que par le passé, comme nous le verrons au Chapitre 5.

Pour autant, cet indice pondéré omet la qualité de notre environnement social et physique, telle que les amitiés et un air sain, la quantité de temps libre dont nous disposons pour nous détendre ou passer du temps avec des amis ou la famille.

De plus, le revenu absolu compte dans l’évaluation du bien-être, mais les travaux de recherche ont établi que les individus se soucient également de leur position relative dans la distribution des revenus. Ils rapportent un niveau de bien-être plus faible s’ils découvrent qu’ils ont un salaire inférieur à leurs pairs du groupe.

Considérez un groupe au sein duquel chacun dispose initialement d’un revenu disponible mensuel de 5 000 €. Le revenu disponible correspond à la somme des salaires, des profits, des rentes, des intérêts et des revenus de transfert versés par l’État (comme les allocations chômage ou les pensions d’invalidité) ou d’autres individus (cadeaux, par exemple) qui sont reçus au cours d’une période donnée (une année, par exemple), moins les sommes versées à des tiers (ce qui inclut les impôts payés à l’État).

Imaginez que le revenu de tous les individus du groupe augmente, sans que les prix varient. Nous conclurions alors que le niveau moyen de bien-être de ce groupe a augmenté.

Considérez maintenant un autre cas. Dans un second groupe, le revenu disponible mensuel est de 10 000 € pour la moitié des membres. L’autre moitié a seulement 500 € à dépenser chaque mois. Le revenu moyen du second groupe (5 250 €) est plus élevé que celui du premier groupe (5 000 € avant l’augmentation de revenu). Mais dirions-nous que son bien-être est plus élevé que celui du premier groupe, où chacun dispose de 5 000 € par mois ?

Puisque, d’une part, la distribution des revenus affecte le bien-être et que, d’autre part, le même revenu moyen peut être tiré de distributions de revenus très différentes entre les riches et les pauvres au sein d’un groupe, le revenu moyen peut refléter imparfaitement la situation d’un groupe d’individus par rapport à un autre.

Dans l’Exercice 1.4, nous vous présentons un outil que vous pouvez utiliser pour réfléchir à la manière dont l’on peut comparer le bien-être global d’un pays donné à celui d’autres pays. Quelle est votre recette pour une meilleure qualité de vie dans votre pays ? Quelle importance accordez-vous au chômage ? D’autres facteurs sont-ils aussi ou plus importants, par exemple une éducation de qualité, un air sain, un niveau de confiance élevé entre les citoyens, un revenu élevé, ou encore un niveau modéré d’inégalités ?

Les différences entre ce que nous entendons par bien-être, d’une part, et ce que le PIB par habitant mesure, d’autre part, devraient nous inciter à nous montrer prudent quant à l’usage du PIB par habitant pour mesurer la qualité des conditions de vie des individus.

Mais quand les changements dans le temps ou les écarts entre pays pour cet indicateur sont aussi importants que ceux du Graphique 1.1a, il est opportun de penser que le PIB par tête nous renseigne sur les différences en termes de disponibilité de biens et services.

Question 1.5 Choisissez la bonne réponse

Le PIB par tête du Royaume-Uni mesure :

  • Le niveau de satisfaction des habitants du Royaume-Uni.
  • Le revenu disponible moyen d’un résident du Royaume-Uni.
  • La production totale des résidents du Royaume-Uni, divisée par le nombre de résidents.
  • La production totale de l’économie britannique divisée par la population du pays.
  • Ce n’est pas la définition du PIB par tête.
  • Le revenu disponible est le revenu d’une personne (par exemple, les salaires, les intérêts reçus sur l’épargne, les profits) moins les transferts (par exemple, les impôts). Le PIB inclut les biens et les services produits par l’État, comme l’éducation, la défense nationale et le maintien de l’ordre public qui ne sont pas inclus dans le revenu disponible.
  • Il s’agit du PNB (produit national brut) par tête. Le PNB est calculé en additionnant au PIB la production des résidents du Royaume-Uni réalisée à l’étranger et en retirant la production réalisée par les résidents établis à l’étranger.
  • Il s’agit de la définition correcte du PIB par tête.

Question 1.6 Choisissez la bonne réponse

Laquelle de ces affirmations à propos de la mesure du PIB est correcte ?

  • Le PIB peut être mesuré comme la dépense totale effectuée sur des biens et services produits dans l’économie domestique, ou comme la valeur ajoutée totale de la production domestique, ou encore comme la somme de tous les revenus tirés de la production domestique.
  • À la fois les exportations et les importations sont prises en compte dans la mesure du PIB.
  • La production de l’État n’est pas incluse dans le PIB.
  • La valeur ajoutée de la production de l’État est calculée en utilisant le prix auquel les biens et les services publics sont vendus sur le marché.
  • Ces trois mesures différentes du PIB sont détaillées dans la Section 1.6.
  • Les exportations font partie de la production domestique ; ce n’est pas le cas pour les importations. D’où la prise en compte des exportations mais pas des importations (les importations sont soustraites dans l’équation de la demande agrégée).
  • Les services publics, comme l’enseignement primaire, sont inclus.
  • Les services publics, comme l’enseignement primaire, ne sont pas vendus sur le marché. On fait donc l’hypothèse que leur valeur ajoutée est égale au coût de leur production pour les administrations publiques.

Question 1.7 Choisissez les bonnes réponses

Lesquels des événements suivants conduiraient à une augmentation du PIB ?

  • Une baisse des importations, en maintenant constantes toutes les autres composantes du PIB.
  • Une augmentation des versements aux résidents de l’économie domestique effectués par leurs proches vivant à l’étranger.
  • Une augmentation des dépenses publiques.
  • Une baisse des exportations.
  • Les importations représentent les dépenses en biens et services étrangers, donc une baisse des importations implique qu’une plus grande part de C, I et G, qui sont supposés constants, est dépensée dans la production domestique. Rappelez-vous que le PIB mesure la dépense sur la production domestique.
  • Cela augmentera les revenus de l’économie domestique parce que les résidents de l’économie domestique sont plus riches, mais cela n’implique pas d’augmentation de la production de l’économie domestique.
  • Cela implique de plus grandes dépenses en termes de production domestique.
  • Cela implique une réduction des dépenses des étrangers dans la production domestique, ce qui fait baisser le PIB.

Exercice 1.2 Que devrions-nous mesurer ?

En campagne pour les élections présidentielles américaines, le sénateur Robert Kennedy prononça le 18 mars 1968 un discours célèbre dans lequel il remettait en cause « la simple accumulation de biens matériels » au sein de la société américaine, et se demandait pourquoi la pollution de l’air, la publicité pour les cigarettes et les prisons, entre autres choses, étaient prises en compte dans la mesure américaine du niveau de vie, alors que la santé, l’éducation ou le dévouement à sa patrie ne l’étaient pas. D’après lui, « cela mesurait tout, sauf ce qui donne du sens à nos vies ».

Lisez son discours en entier ou écoutez son enregistrement.

  1. Dans la version complète du texte, quels biens Robert Kennedy inclut-il dans la liste des éléments entrant dans le calcul du PIB ?
  2. Pensez-vous que ces biens devraient être pris en compte dans un tel indicateur ? Pourquoi ?
  3. Quels biens inclut-il dans la liste des éléments ignorés par cet indicateur ?
  4. Pensez-vous qu’ils devraient y être inclus ? Pourquoi ?

Boîte à outils 16 :

Comment lire et interpréter une corrélation et une causalité.

Exercice 1.3 PIB par habitant et IDH

Le graphique ci-dessous montre un nuage de points du classement de chaque pays selon le PIB par habitant et l’IDH.

Adapté de la Solution figure 4.11 de Eileen Tipoe and Ralf Becker, Doing Economics : Empirical Projects, Core Econ.

  1. Existe-t-il une forte corrélation entre ces deux variables ?
  2. Donnez une explication pour la tendance observée dans ce graphique.

Exercice 1.4 L’indicateur du vivre mieux de l’OCDE

L’OCDE est une organisation internationale dont le siège se situe à Paris et qui comporte 35 pays membres, dont la plupart ont des niveaux de PIB par habitant élevés. Elle fut fondée en 1948 afin de faciliter la reconstruction d’après-guerre en Europe de l’Ouest. L’OCDE est une source importante de données statistiques, comparables entre pays, sur les performances économiques et sociales.

L’indicateur du vivre mieux fut créé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il vous permet de concevoir une mesure de la qualité de vie d’un pays en décidant du poids que vous accordez à chacune des composantes de l’indicateur.

  1. Un indicateur du vivre mieux devrait-il inclure les éléments suivants : revenu, logement, emploi, liens sociaux, éducation, environnement, engagement civique, santé, satisfaction, sécurité et équilibre vie professionnelle-vie privée ? Justifiez votre réponse pour chacun de ces éléments.
  2. Utilisez l’outil de l’indicateur du vivre mieux pour créer votre propre indicateur du vivre mieux pour le pays dans lequel vous vivez. Quelles sont les performances de ce pays s’agissant des facteurs les plus importants pour vous ?
  3. Classez les pays de la base de données en utilisant votre nouvel indicateur du vivre mieux, et comparez votre classement avec celui fondé exclusivement sur le revenu.
  4. Pour les deux indicateurs, choisissez deux pays présentant des classements très différents et suggérez brièvement les raisons de ces écarts.

1.9 Conclusion

Au cours de l’Histoire, les niveaux de vie ont été similaires dans le monde et ont peu varié d’un siècle à l’autre. À partir de 1700, ils ont augmenté rapidement dans certains pays. Ce décollage a coïncidé avec un progrès technologique rapide et l’avènement d’un nouveau système économique, le capitalisme, dans lequel la propriété privée, les marchés et les entreprises ont joué un rôle majeur.

Le recours croissant aux machines et autres biens d’équipement dans le processus de production ainsi que le progrès technologique, rendu possible par l’accroissement des connaissances, ont constitué le socle de l’amélioration du niveau de vie à long terme.

Les individus ou entreprises qui développent des innovations bénéfiques pour la société sont récompensés par des profits excédant le coût d’opportunité du capital, appelés rentes d’innovation. Les rentes d’innovation sont à terme dissoutes par la concurrence d’imitateurs qui diffusent la connaissance en l’utilisant. Mais les entreprises innovantes ne sont pas capables de capturer tous les bénéfices des innovations qu’elles génèrent et risquent ainsi de ne pas investir suffisamment dans l’innovation.

Les politiques publiques cherchent ainsi à diffuser les innovations bénéfiques pour la société, tout en procurant des récompenses suffisantes à ceux qui innovent. Les pays diffèrent dans l’efficacité de leurs institutions et de leurs politiques publiques : toutes les économies capitalistes n’ont pas connu une croissance durable.

Le PIB mesure la quantité totale produite par une économie au cours d’une période donnée, comme une année. Les différences entre ce que nous entendons par bien-être, d’une part, et ce que le PIB par tête mesure, d’autre part, devraient nous inciter à nous montrer prudent quant à l’usage du PIB par habitant pour mesurer la qualité des conditions de vie des individus.

Notions introduites au Chapitre 1

Avant de continuer, revoyez ces définitions :

1.10 Références bibliographiques

  1. Ibn Battûta, Voyages, (trois tomes), Traduction de l’arabe de C. Defremery et B. R. Sanguinetti (1858). 

  2. Jean-Baptiste Tavernier, Les Six Voyages de Jean-Baptiste Tavernier, écuyer, Baron d’Aubonne, qu’il a faits en Turquie, en Perse et aux Indes (1675). 

  3. Diane Coyle. 2014. GDP: A Brief but Affectionate History. Princeton, NJ: Princeton University Press. 

  4. Angus Deaton, La Grande Évasion. Santé, richesse et origine des inégalités, PUF, 2016. 

  5. Richard R. Nelson et Gavin Wright. 1992. ‘The Rise and Fall of American Technological Leadership: The Postwar Era in Historical Perspective’. Journal of Economic Literature 30 (4) (December): pp. 1931–1964. 

  6. Paul M. Romer. 1994. “The Origins of Endogenous Growth.” Journal of Economic Perspectives, 8 (1): pp. 3-22. 

  7. Jerome S. Engel. 2015. ‘Global Clusters of Innovation: Lessons from Silicon Valley’. California Management Review 57 (2). University of California Press: pp. 36–65. 

  8. William H. Janeway. 2012. Doing Capitalism in the Innovation Economy: Markets, Speculation and the State. Cambridge: Cambridge University Press. 

  9. Paul Seabright. 2010. The Company of Strangers: A Natural History of Economic Life (Revised Edition). Princeton, NJ: Princeton University Press. 

  10. World Bank, The. 1993. The East Asian miracle: Economic growth and public policy. New York, NY: Oxford University Press. 

  11. Conference Board, The. 2015. Total Economy Database. Maddison, Angus. 2001. ‘The World Economy: A Millennial Perspective.’ Development Centre Studies. Paris: OECD. 

  12. ‘Quality of Life Indicators—Measuring Quality of Life’. Eurostat. Mis à jour le 5 novembre 2015.